Du saumon transgénique a été produit au Canada pour la première fois

Baptisé AquAdvantage, ce saumon transgénique grandirait deux fois plus vite qu’un saumon de l’Atlantique selon des déclarations antérieures de l’entreprise qui l’a développé.
Photo: Darryl Dick La Presse canadienne Baptisé AquAdvantage, ce saumon transgénique grandirait deux fois plus vite qu’un saumon de l’Atlantique selon des déclarations antérieures de l’entreprise qui l’a développé.

Les premières tonnes de saumon transgénique élevé au Canada ont été mises en marché dans les derniers mois. L’entreprise AquaBounty a confirmé avoir produit du saumon génétiquement modifié dans ses installations de Rollo Bay, à l’Île-du-Prince-Édouard, dans son rapport de résultats du troisième trimestre publié jeudi.

AquaBounty écrit dans ce document avoir récolté 84 tonnes de ce poisson dans deux sites, dont sa pisciculture en Atlantique et l’autre en Indiana, aux États-Unis, pour une valeur de vente de 402 000 dollars américains.

Au moins une partie de ce total provient du territoire canadien, sans que la compagnie ne l’ait quantifiée. La récolte à l’Île-du-Prince-Édouard a commencé en juin, et « la production hebdomadaire est en augmentation constante », lit-on dans ce document destiné aux investisseurs. AquaBounty n’avait pas répondu aux questions du Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.

En fonctionnant à capacité maximale, son usine canadienne pourra produire 250 tonnes métriques de ce poisson par année.

Baptisé AquAdvantage, ce saumon transgénique grandirait deux fois plus vite qu’un saumon de l’Atlantique, selon des déclarations antérieures de l’entreprise qui l’a créé. Une récente vidéo promotionnelle ne fait cependant aucune mention de cet avantage. Santé Canada mentionne pour sa part dans un document d’information que la croissance rapide a été rendue possible par l’ajout d’« un gène de l’hormone de croissance du saumon quinnat dans un saumon atlantique ».

La même compagnie a déjà commercialisé une certaine quantité de saumon transgénique en 2017 et 2018, qui provenait d’un plus petit élevage situé au Panama.

C’est donc la première fois qu’il est produit en sol canadien, « et à une échelle industrielle », dit Thibault Rehn, coordonnateur de Vigilance OGM. Cette organisation dénonce l’absence d’étiquetage obligatoire des aliments génétiquement modifiés : « Qui peut savoir aujourd’hui où ce saumon est vendu ? Le gouvernement refuse toujours la transparence aux citoyens canadiens », dit-il.

La confirmation qu’il se trouvait maintenant dans l’assiette des Canadiens n’a été faite qu’à travers un rapport peu consulté par le public en général, selon lui. « C’est une autre preuve flagrante de non-transparence », poursuit-il.

Le produit a fait l’objet de trois évaluations distinctes avant d’être officiellement approuvé au Canada en 2019 pour la consommation humaine et la production sur le territoire. Les trois instances gouvernementales « se sont cependant basées principalement sur les études de l’industrie […] et on n’y a pas accès à ces études », déplore M. Rehn. Vigilance OGM a en effet demandé de les consulter, sans succès.

D’autres groupes écologistes s’inquiètent aussi que ces spécimens modifiés se retrouvent dans la nature et se reproduisent avec l’espèce sauvage, bousculant l’équilibre des écosystèmes.

Pour toutes ces raisons, Thibault Rehn insiste : l’acceptabilité sociale de la production et de la vente de ce produit « n’est pas encore gagnée ». Un sondage réalisé par la firme Léger en 2020 concluait que 85 % des répondants québécois désiraient un étiquetage obligatoire des OGM. Ce sont aussi 78 % des Canadiens qui ne seraient pas prêts à manger du saumon génétiquement modifié, selon un coup de sonde de la même firme.

Sur son site Internet, AquaBounty écrit que son saumon est « sécuritaire » et un choix « responsable ». Dans son rapport aux investisseurs de jeudi, l’entreprise parle aussi d’une « forte demande » pour son produit, qui vient prouver « l’acceptation du marché ».

À voir en vidéo