Montréal est-elle une ville dangereuse?

Le nombre de crimes violents perpétrés à Montréal ainsi que leur gravité a diminué de façon constante depuis le début du siècle.
Photo: Josie Desmarais iStockphoto Le nombre de crimes violents perpétrés à Montréal ainsi que leur gravité a diminué de façon constante depuis le début du siècle.

La sécurité des rues de Montréal est au centre de la campagne électorale municipale qui se conclut dimanche. Le candidat à la mairie Denis Coderre affirme que la ville est dangereuse, tandis que la mairesse actuelle, Valérie Plante, réitère qu’elle est sûre. L’analyse des données brosse un portrait plus nuancé de la criminalité dans la métropole.

Le Devoir a comparé l’Indice des crimes avec violence de Statistique Canada, qui tient compte à la fois du volume et de la gravité des crimes, pour plusieurs régions métropolitaines de recensement (RMR) du pays. Le nombre de crimes violents perpétrés à Montréal et leur gravité ont diminué de façon constante depuis le début du siècle, une tendance qui reflète celle de plusieurs autres régions métropolitaines du pays.

Avec un indice de gravité des crimes violents de 73,2 en 2020, la métropole québécoise s’en tire mieux que Winnipeg, Vancouver et Calgary et que la moyenne du pays, établie à 87.


 

À l’échelle canadienne — et même mondiale —, Montréal est une ville très sécuritaire, croit Marc Ouimet, professeur de criminologie à l’Université de Montréal. « Les gens marchent dans la rue, ils n’ont pas peur de sortir le soir, le niveau d’insécurité me semble assez bas. Dans les villes où les gens ont peur, ils se barricadent chez eux », observe-t-il.

Depuis une trentaine d’années, plusieurs crimes contre la personne, comme les homicides et les voies de fait, ont d’ailleurs connu une diminution dans la métropole, ajoute le professeur.

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C’est le nombre de tentatives de meurtre à Montréal en 2020. En 2017, on en dénombrait 89.

« Un Montréalais n’est pas vraiment en danger, atteste aussi Rémi Boivin, professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Ses chances de subir quoi que ce soit de désagréable dans la vie de tous les jours sont à peu près nulles. » Selon lui, la gravité des crimes n’a pas nécessairement diminué à Montréal depuis le début du siècle, mais on en compte beaucoup moins.

Contre toute attente, l’indice de Toronto se situe en deçà de celui de Montréal. La Ville Reine a pourtant été le théâtre de nombreuses fusillades ces dernières années. Leur nombre a bondi de 60 % entre 2015 et 2020.

Criminalité stable

 

Montréal a elle aussi vu une recrudescence de la violence au cours de la dernière année : elle répertorie plus d’une centaine de fusillades survenues sur son territoire au cours des neuf premiers mois de 2021, soit presque autant que pendant toute l’année 2020. La moitié d’entre elles seraient liées à des gangs criminels.

L’accessibilité accrue des armes à feu et l’utilisation des réseaux sociaux des jeunes de 16 à 20 ans expliquent entre autres la récente flambée de violence par arme à feu, explique Guy Ryan, ex-enquêteur au SPVM. L’imprévisibilité de leurs agissements complique également la prévention de ces violences. « Ces jeunes [utilisent des armes à feu] à n’importe quelle heure et n’importe quel jour. »

Les escouades spéciales du SPVM devraient faire baisser la criminalité à Montréal, selon l’ancien policier. « En mettant des gens d’expérience qui connaissent le milieu, ils pourront, avec le temps, développer des contacts privilégiés avec des sources d’information. Ça va faire en sorte de prévenir les coups et procéder aux arrestations avant que ça arrive », croit M. Ryan.

Entre 2017 et 2020, les tentatives de meurtre ont bel et bien connu une augmentation : elles sont passées de 89 à 131, selon le SPVM.


 

Le bilan des homicides de cette année pourrait lui aussi surpasser le précédent. En date du 22 octobre, 25 homicides avaient été commis sur le territoire montréalais, alors qu’on en comptait 27 pour toute l’année 2020.

Malgré tout, il n’est toujours pas possible d’affirmer s’il y a une hausse de la criminalité à Montréal en ce moment, indique Rémi Boivin. « Il faut faire attention. Il y a eu quelques événements très violents à Montréal, mais il y a des milliers d’infractions qui sont enregistrées chaque année. Ce n’est pas parce qu’il y en a cinq de plus que ça va avoir un effet global sur la sécurité des gens. […] Les niveaux de criminalité n’ont jamais été aussi bas que ces dernières années. »

25
C’est le nombre d’homicides qui avaient été commis sur le territoire montréalais en date du 22 octobre, alors qu’on en comptait 27 pour toute l’année 2020.

Le nombre d’introductions par effraction, le seul indicateur relatif aux crimes contre la propriété, est lui aussi en baisse. Il chute depuis 1996. Plus de 33 000 cas ont été signalés en 1997, alors qu’on n’en comptait plus que 6000 en 2020.

Ce type de crime est intéressant à observer, puisqu’il nourrit le sentiment d’insécurité de la population, estime Marc Ouimet. « D’une part, c’est fréquent, d’autre part, ça affecte beaucoup le sentiment de sécurité [de la population]. »

Quartiers chauds

 

Le nombre de crimes varie au sein même de la métropole ; certains quartiers sont ainsi plus dangereux que d’autres.

Le territoire du poste de quartier regroupant le centre-ville (Ville-Marie Est), l’île Notre-Dame, l’île Sainte-Hélène et le Vieux-Montréal est de loin le plus touché de la métropole, avec un taux de 62,1 crimes par1000 habitants. En comparaison, l’arrondissement de Montréal-Nord est au 4e rang, avec 18,9 crimes par 1000 habitants.

Ce taux de criminalité élevé est typique des quartiers centraux, qui comptent peu de résidents et une forte population « flottante », le taux étant calculé sur le nombre de résidents, peut-on lire dans le profil de criminalité de 2019 pour ce poste de quartier.

6000
C’est le nombre d’introductions par effraction signalés auprès du SPVM en 2020. Un chiffre en forte baisse puisqu’en 1997 pas moins de 33 000 avaient été signalées.

« II n’y a pas que la population résidente qui est susceptible de commettre ou de subir un crime, précise Rémi Boivin. Au centre-ville et sur le Plateau, on trouve plus de commerces, de bars, donc plus de gens qui sont de passage. »

Il ajoute par ailleurs que les données décrivent une situation d’ensemble dans chaque quartier, ce qui dissimule des « poches d’insécurité » dans certains secteurs. « Ce n’est pas l’ensemble de Montréal-Nord qui est problématique, mais c’est probablement certains sous-quartiers. On compare des unités qui ne sont pas homogènes. » 

Promesses des partis

Ensemble Montréal compte embaucher 250 policiers supplémentaires au SPVM, doubler les équipes spécialisées en approche communautaire et munir les patrouilleurs de caméras portatives.

 

Projet Montréal promet aussi d’embaucher 250 policiers supplémentaires au SPVM, compte pérenniser le financement des équipes qui luttent contre le crime organisé et veut implanter une unité de sécurité publique locale dans les arrondissements qui le désirent.

 

Mouvement Montréal souhaite plutôt réaffecter une partie du budget du SPVM vers le logement, la santé et les services sociaux ainsi que les infrastructures de sports et de loisirs.

Méthodologie

Le Devoir a comparé l’Indice des crimes avec violence, qui tient compte à la fois du volume et de la gravité des crimes, de plusieurs régions métropolitaines de recensement (RMR) du pays. Statistique Canada attribue d’abord une pondération relative à la gravité de chaque infraction, puis multiplie le nombre d’événements déclarés par la police par la pondération attribuée à cette infraction. L’organisme additionne ensuite les infractions pondérées, et divise le total par la population correspondante.

 

Les données utilisées pour créer les graphiques sur les homicides, les tentatives de meurtre, les voies de fait et les introductions par effraction et la carte de Montréal ont été tirées des rapports annuels du SPVM. Les données de population servant aux calculs proviennent du recensement de 2016 et ont été fournies par la Ville de Montréal par postes de quartier de 2020.



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