Le patron d’Air Canada ne s’exprime qu’en anglais, le tollé est unanime

L’entreprise, dont le siège social se trouve à Montréal, est assujettie à la loi canadienne les langues officielles. Michael Rousseau, qui habite la métropole depuis 14 ans, est unilingue anglophone.
Photo: Cole Burston Getty Images via Agence France-Presse L’entreprise, dont le siège social se trouve à Montréal, est assujettie à la loi canadienne les langues officielles. Michael Rousseau, qui habite la métropole depuis 14 ans, est unilingue anglophone.

Quelques phrases dans un français cassé. C’est tout ce que le nouveau p.-d.g. d’Air Canada, Michael Rousseau, a prononcé avant de passer à l’anglais lors de son premier discours en public. Cette insuffisance linguistique n’a pas manqué de soulever l’ire de toute la classe politique.

L’entreprise, dont le siège social se trouve à Montréal, est assujettie à la loi canadienne les langues officielles. Pourtant, Michael Rousseau, qui habite la métropole depuis 14 ans, est unilingue anglophone.

« J’ai toujours pu vivre à Montréal sans parler français et je pense que c’est à l’honneur de la ville de Montréal », a-t-il expliqué aux journalistes après son allocution. « Si vous voyiez mon horaire de travail, […] vous comprendriez que c’est sur quoi je dois me concentrer. »

Officiellement, l’homme « aux origines françaises » était venu discourir devant la communauté d’affaire réunie par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour vanter « l’efficacité de sa flotte renouvelée, l’ajout de nouveaux services internationaux et la refonte de son programme Aéroplan ».

Avant d’arriver chez le transporteur en février 2021, Michael Rousseau était président de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Le dernier dirigeant d’Air Canada, Calin Rovinescu, s’exprimait dans un excellent français. La rémunération du chef de direction d’Air Canada tourne autour de 10 millions de dollars par année.

Un monde politique outragé

Par ses propos, l’homme d’affaires s’est attiré les foudres de toute la classe politique québécoise et canadienne.

Ginette Petitpas Taylor, la ministre canadienne des Langues officielles, a intimé le dirigeant à inclure l’apprentissage du français dans son horaire. « Nos deux langues officielles sont notre richesse et nos leaders se doivent d’en faire la promotion. Je vous invite à faire l’effort d’apprendre la magnifique langue qu’est le français », a-t-elle gazouillé.

« Vraiment désolant de voir aussi peu de considération pour les francophones. Le déclin du français est bien réel. Il faut montrer l’exemple et agir », a renchéri le porte-parole du Parti conservateur du Canada en matière de langues officielles, Alain Rayes.

À l’Assemblée nationale, le discours en anglais du dirigeant canadien a fait bondir le député du Parti québécois dans Matane-Matapédia, Pascal Bérubé. « Air Canada, comme d’autres entreprises au Canada, se rit des Québécois depuis trop longtemps. Est-ce qu’il va y avoir des conséquences à ce qui s’est passé cet après-midi ? »

Il s’adressait surtout à Simon Jolin-Barrette, le ministre responsable de la Langue française. Son projet de loi 96 vise à renforcer la prééminence du français.

« Le grand patron d’Air Canada exprime tout ce que nous avons rejeté il y a des décennies : le mépris pour notre langue et notre culture chez nous au Québec. Ces propos sont indignes des fonctions qu’il occupe », a commenté le ministre sur les réseaux sociaux.

Dans son long discours, Pascal Bérubé a enjoint son collègue à mettre les bouchées doubles. « Si on ne fait pas plus que ce qu’on fait avec la loi 96, je ne dis pas qu’on est complice, je dis qu’on a abandonné. »

La dirigeante du Quebec Community Groups Network – un réseau qui rassemble les communautés anglaises –, a elle aussi déploré l’unilinguisme de Michael Rousseau. « Le p.-d.g. d’Air Canada fait honte tant à sa compagnie, qu’à la communauté minoritaire anglophone du Québec, qu’à tous les Québécois », a gazouillé Marlene Jennings.

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