«Elle est morte»: le jury a écouté la déclaration du frère de 5 ans de la «fillette de Granby»

Le procès se déroule au palais de justice de Trois-Rivières. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le procès se déroule au palais de justice de Trois-Rivières. 

« Elle est morte », a dit d’une petite voix le garçon de 5 ans à un policier qui l’interrogeait au sujet de sa sœur, désormais connue comme « la fillette de Granby », le jour même où elle a été retrouvée inconsciente chez elle.

Les 14 jurés au procès criminel de sa belle-mère, accusée de la séquestration et du meurtre de la petite fille de 7 ans, ont écouté mercredi après-midi la vidéo de cet interrogatoire policier, enregistré le 29 avril 2019. Le son avait été effacé pour certains extraits.

Les jurés ont vu le garçonnet dans une petite salle du poste de police de Granby, assis sur l’un des deux fauteuils, qui répondait aux questions de l’enquêteur Simon Guérard. Il avait emmené un chien entraîné pour ce genre d’exercice, destiné à rassurer et calmer l’enfant.

Le bambin, qui ne peut être identifié, a écouté avec attention les directives du policier tout en flattant le labrador noir.

 

Interrogé sur les membres de sa famille, il les a énumérés, en omettant sa sœur.

Le policier est revenu à la charge, lui demandant qui habitait avec lui. Il a alors ajouté sa sœur à la maisonnée, en précisant :

« Mais elle écoutait pas les consignes et faisait des grosses crises. Elle a été kostée avec du kost tape. Elle respire pu, elle a pu de voix (… ) Elle parle pas, elle est morte ! »

Il a raconté que ce matin-là, les policiers et les ambulanciers sont arrivés « pour la réveiller, pour la guérir, pour qu’elle soit vivante », a-t-il raconté de sa petite voix enfantine.

« Je l’aimais beaucoup, beaucoup, ma sœur ».

Il a aussi confirmé certaines parties du témoignage du fils de l’accusée, rendu la veille au palais de justice de Trois-Rivières, là où se déroule le procès. Ce dernier, un adolescent désormais âgé de 16, a dit que la fillette avait été « momifiée » avec du ruban adhésif.

Le bambin a aussi déclaré au policier que sa sœur avait été entourée de papier collant : « Y’en avait plein ». Appelé à préciser, il a décrit qu’il y en avait sur ses jambes, son ventre, ses pieds, son dos, et sa main.

Elle essayait de se détacher les bras mais elle n’était pas capable, a-t-il expliqué.

Selon l’enfant, ce n’était pas la première fois que du scotch tape était utilisé pour restreindre la fillette.

Pendant le questionnement de l’enfant, on a cogné à la porte et le policier Guérard est sorti, a-t-on vu dans la vidéo. Quand il est revenu, il a dit au bambin que c’était presque fini : quelqu’un avait besoin de la salle. Mais avant, il voulait clarifier une chose : sa sœur avait-elle du scotch tape ailleurs ? a-t-il demandé une autre fois en faisant un geste allant de sa tête vers le bas. L’enfant a opiné. À quel endroit ? a demandé le policier. « Sur la tête ».

L’enquêteur a été questionné à ce sujet par l’avocate de l’accusée, Me Pénélope Provencher. Il s’agissait d’un geste et d’une question suggestive, lui a-t-elle lancé.

Non, a rétorqué le policier : l’enfant a mentionné qu’il y avait du ruban adhésif « partout ». Et puis, son geste visait à décrire une extrémité du corps à une autre, a-t-il ajouté.

L’avocate lui a aussi signalé qu’il avait ensuite demandé à l’enfant : « parle-moi de sa bouche ». Or, le bambin n’avait jamais parlé de lui-même de la « bouche », a-t-elle relevé.

Contrairement au fils de l’accusée, l’enfant, qui a maintenant 7 ans, n’a pas été interrogé dans le cadre du procès. Seule la vidéo enregistrée par les policiers le 29 avril 2019 a été montrée au jury.

Contre-interrogatoire du fils de l’accusée

Mercredi matin, Me Provencher a terminé son contre-interrogatoire du fils de l’accusée, qui a offert une version plus nuancée de sa description des portions du corps de l’enfant recouvertes de ruban adhésif transparent.

La veille, il avait confirmé à la cour en avoir vu sur le nez de la fillette ainsi que sur sa bouche, ses oreilles, ses yeux et ses cheveux. « Oui », avait-il répondu à chaque partie du corps énumérée par le procureur de la Couronne.

Mais mercredi, en contre-interrogatoire, il a dit avoir vu du ruban au niveau du front et des cheveux quand il est arrivé dans la chambre de l’enfant. Le tape sur les yeux et la bouche, « c’était déjà enlevé », a-t-il relaté.

Des interdits de publication empêchent les journalistes de rapporter des témoignages entiers ou des parties de témoignages. L’identité de certaines personnes impliquées dans ce drame ne peut pas non plus être dévoilée, incluant le nom de l’accusée de 38 ans. Le procès se poursuit jeudi.

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