Le 1er juillet s’étire à Drummondville

Patricia Gamelin et ses deux chats ont trouvé un toit grâce à l’aide des services d’urgence. Touchée par plusieurs troubles neurologiques, la Drummondvilloise a été forcée de changer de logement parce qu’elle ne pouvait plus habiter au deuxième étage.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Patricia Gamelin et ses deux chats ont trouvé un toit grâce à l’aide des services d’urgence. Touchée par plusieurs troubles neurologiques, la Drummondvilloise a été forcée de changer de logement parce qu’elle ne pouvait plus habiter au deuxième étage.

À Drummondville, la crise du logement frappe comme jamais, quatre mois après le 1er juillet. Cette année, plus de 660 ménages ont contacté les services de relogement d’urgence de l’office d’habitation locale, à peine 200 de moins qu’à Montréal, une ville 20 fois plus populeuse.

« On s’attendait à ce que ça soit pire que l’année passée, mais jamais à cette hauteur-là. » Depuis le 1er juillet, à l’Office d’habitation Drummond (OHD), le téléphone n’arrête pas de sonner. De l’autre côté d’un plexiglas, le directeur général de l’organisme, David Bélanger, a trouvé une demi-heure dans sa journée pour parler au Devoir. Il devra vite revenir à ses dossiers : en ce début du mois de novembre, les conséquences de la traditionnelle journée des déménagements ébranlent toujours la petite ville du Centre-du-Québec.

« C’est très intense. Cet été, ç’a été des semaines de fou », lance-t-il.

Dans les jours précédant la première journée de juillet, des dizaines de locataires ont contacté l’OHD. Parmi les ménages inscrits à son service d’aide, environ 70 se sont retrouvés sans bail au 1er juillet. On les a envoyés vers des amis, des membres de la famille, ou dans des chambres d’hôtel.

À Montréal, dans une ville de deux millions d’habitants, le nombre de ménages accompagnés qui n’avait pas de bail ce jour-là s’élevait à 130. Proportionnellement à la population, environ dix fois plus de Drummondvillois que de Montréalais se sont retrouvés pris dans cette situation à la mi-année.

Et entre le 1er juillet et le mois d’octobre, le nombre de personnes accompagnées par le service d’aide de l’Office de Drummondville a presque doublé. « Ce n’est plus le 1er juillet. C’est rendu octobre, novembre, décembre… », constate Mélanie Landry, intervenante sociale à l’OHD.

À la mi-octobre, l’Office était toujours en contact avec plus de 120 ménages. À Montréal, ce chiffre s’était réduit pour passer sous la barre des 80.

« Abus de prix »

Patricia Gamelin a vécu de près la pénurie d’unités locatives à Drummondville. Touchée par plusieurs troubles neurologiques, la Drummondvilloise a été forcée de se trouver un logement au début de l’année, parce qu’elle ne pouvait plus habiter au deuxième étage de son bloc. Sans l’aide des services d’urgence, « j’aurais été dans la marde », affirme-t-elle sans détour.

Installée au rez-de-chaussée d’un petit immeuble à logements du nord de la ville, Mme Gamelin s’estime chanceuse. Le petit deux et demi qu’elle s’est vu confier a des cadres de porte assez larges pour qu’elle y passe avec sa marchette. Et l’inondation qu’elle a récemment vécue dans le salon n’a pas fait trop de dégâts. Elle et ses deux chats y ont trouvé un toit ; c’était la priorité, raconte-t-elle au Devoir.

« C’est sûr que si tu as besoin d’un spa, tu n’es pas à la bonne place », rigole la locataire. Aujourd’hui, Mme Gamelin paie presque autant pour son logement trouvé en urgence que pour le quatre et demi qu’elle habitait précédemment.

« C’est difficile d’avoir des loyers abordables, observe-t-elle. J’ai une amie qui est rendue à Laval. Elle me dit que, si elle quitte, elle ne veut pas venir à Drummond parce que les loyers sont trop chers. »

« Il y a un abus de prix », résume-t-elle.

Kim Mailloux-Parent a « habité à Drummond quasiment toute [sa] vie ». Jamais elle n’avait vécu la pénurie d’espaces locatifs d’aussi près. Quand un incendie s’est déclaré à l’intérieur de son appartement, elle a vite dû se tourner vers une aide d’urgence.

« Quand j’ai commencé à faire mes recherches, j’ai vu que les prix avaient vraiment beaucoup changé. Moi toute seule, je ne pouvais pas me les payer », avance celle qui a réussi à trouver une unité dans une habitation à loyer modéré pour l’automne en appelant l’OHD.

« J’ai des problèmes d’anxiété. Ça ne m’a pas aidé. J’ai été vraiment dépassée par les événements », poursuit-elle.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement évalue qu’en 2020, le loyer moyen à Drummondville tournait autour de 670 dollars. « On voit qu’il y a beaucoup de mises en chantier, mais ce sont des logements qui ne sont pas abordables. C’est des 700, 800, 900, 1000 dollars par mois », analyse David Bélanger.

Au plus fort de la crise, cet été, Mélanie Landry travaillait par moments 80 heures par semaine. Sur le terrain, la vulnérabilité des locataires transparaissait plus que jamais, constate-t-elle.

« Je vais voir des dépressions, des gens qui ont des pensées négatives », raconte-t-elle.

Pour émerger de sa situation locative précaire, la Ville de Drummondville s’est engagée à construire 300 unités de logement social d’ici 2027. Mais elle a « accumulé un retard », soutient David Bélanger. Sur la même période, croit-il, il faudra construire le double des unités promises.

Entretemps, la croissance démographique met énormément de pression sur les organismes communautaires, ajoute M. Bélanger. Si bien que pour la première fois en plusieurs années, Drummond vit de l’itinérance visible.

« Si on retourne en arrière de deux ans, à Drummondville, oui, on avait de l’itinérance, mais jamais ça, ajoute-t-il. Là, on se retrouve vraiment avec de l’itinérance sur les bancs de parc. »

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