Renforcer le leadership des femmes isolées, de la Colombie au Togo

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
Un groupe de femmes colombiennes lors d’un atelier de formation donné dans le cadre du projet Voix et leadership des femmes
FENSUAGRO Un groupe de femmes colombiennes lors d’un atelier de formation donné dans le cadre du projet Voix et leadership des femmes

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

Outiller des femmes qui vivent dans des régions isolées pour qu’elles développent leur leadership, c’est le mandat que se donnent certaines organisations d’ici, qui souhaitent que ces femmes arrivent à mieux faire entendre leur voix.

Le projet Voix et leadership des femmes d’Oxfam se déploie dans plusieurs pays ; en Colombie, il s’articule plus particulièrement autour de la situation des rurales en appuyant financièrement une quinzaine d’organisations féministes locales, dont deux réseaux nationaux qui œuvrent auprès de 3000 femmes vivant en campagne.

Si les organisations locales jouent un rôle de premier plan dans la défense des droits des femmes, leurs moyens sont souvent limités.

« Notre objectif, c’est qu’elles fassent des revendications. Que ce soit pour l’accès à la terre, pour changer les mentalités et redistribuer le travail de soin ou encore pour lutter contre les violences faites aux femmes, peu importe, on veut qu’elles le fassent de façon plus efficace, qu’elles atteignent plus de gens, qu’elles aient une plus grande portée et qu’elles puissent le faire pour longtemps », explique Julie Perreault, chargée de programmes Amérique latine pour Oxfam-Québec.

Ce projet, qui a débuté en 2019 et qui devrait s’échelonner sur cinq ans, vise à ce que les voix des rurales soient entendues et fassent partie des objectifs politiques des autorités autant au niveau local, régional et national.

« Le manque de perspectives et le manque d’autonomie financière sont caractéristiques des inégalités et de l’exclusion des Colombiennes qui vivent en milieu rural. Elles manquent de moyens propres pour exercer un leadership et une participation politique plus forte », explique Indira López, coordonnatrice du projet pour Oxfam-Colombie.

Oxfam fait le pari qu’en aidant ces femmes à prendre part à la vie politique, elles pourront améliorer leurs conditions.

« Ce que les femmes revendiquent, c’est un développement rural inclusif avec le droit à l’éducation, à la santé, à la terre. Ce sont des choses très simples, mais ici, ce n’est pas garanti », ajoute Mme López.

Reconnaître sa valeur et gagner en confiance

L’équipe de ce projet en Colombie fait entre autres de la sensibilisation quant au travail de soin non rémunéré des femmes afin qu’elles prennent conscience de l’importance de ce qu’elles accomplissent au quotidien.

« Pour beaucoup de femmes, ça a été très important d’être sensibilisées à cette reconnaissance. Pour beaucoup d’entre elles, c’est une prise de conscience vraiment importante. Que le travail qu’elles font a une valeur, qu’il devrait être redistribué et que l’État a aussi un rôle majeur en matière d’offre de services », précise Indira López.

Les tâches ménagères sont souvent prises en charge par les femmes et les filles dans le monde. En assumant seules ces responsabilités, elles ont moins de temps pour occuper un emploi ou aller à l’école.

Les organisations qui travaillent avec Oxfam ont donc mis sur pied une boîte à outils comprenant notamment un « journal de journée type », avec lequel les femmes peuvent mesurer leur charge de travail non rémunéré et surtout la redistribuer.

Un rôle pour les épouses de chefs de village

Au Togo, Carrefour International partage le même genre de relation avec une organisation locale.

Carrefour travaille avec La Colombe sur un projet en lien avec les épouses de chefs de village (chefs cantons).Pendant longtemps, ces dernières détenaient un pouvoir honorifique, mais sans véritable mot à dire dans la défense des droits des femmes et des filles. Le projet Fiosron, qui signifie « épouses de chefs de village », a débuté en janvier 2021 avec des ateliers donnés à ce groupe pour accroître sa connaissance des droits des femmes.

« Après chaque rencontre, je fais un compte rendu de ce que nous avons appris à mon mari. Il a toujours apprécié ce qu’on nous enseigne. Il a même appelé la coordinatrice [du projet] pour lui demander de former aussi les chefs de village. Je suis intervenue dans trois ménages dans lesquels les hommes étaient violents. J’ai fait la médiation en demandant à mon mari de convoquer les hommes. Cela a été fait, et les violences physiques ont cessé dans les ménages », confie Mme Rafiétou, épouse d’un chef canton.

Depuis cette initiative, 100 % des chefs cantons ont décidé de soutenir leurs épouses (la polygamie est légale et pratique courante au Togo, surtout parmi les élites) dans ce nouveau rôle et d’appliquer le Code des personnes et de la famille qu’elles ont élaboré.

En 2017, le Canada a lancé une politique d’aide internationale féministe, fondée sur l’égalité des sexes et le renforcement du pouvoir des femmes. C’est en partie grâce à cette politique que le projet Voix et leadership des femmes d’Oxfam et les initiatives de Carrefour International ont pu être financés. 

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