Lutter pour les droits des peuples autochtones

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Le 12 octobre dernier, des centaines de Guatémaltèques ont défilé dans les rues de Guatemala City pour protester contre le racisme à l'endroit des Autochtones.
Photo: Orlando Estrada Agence France-Presse Le 12 octobre dernier, des centaines de Guatémaltèques ont défilé dans les rues de Guatemala City pour protester contre le racisme à l'endroit des Autochtones.

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

Plusieurs ONG québécoises travaillent pour améliorer les droits des peuples autochtones à l’étranger. Elles s’y affairent en soutenant financièrement des organismes locaux ou encore en oeuvrant sur le terrain, toujours côte à côte avec des partenaires du pays.

En septembre dernier, une cour de justice du Guatemala a condamné un professeur à 27 ans de prison ferme pour des abus sexuels répétés sur une jeune adolescente autochtone. Il s’agissait d’une première sentence prononcée contre l’un des 22 professeurs et employés du ministère de l’Éducation de ce pays accusés de crimes sexuels par autant de femmes autochtones.

« Cette condamnation historique a fait grand bruit là-bas, note Me Pascal Paradis, directeur général d’Avocats sans frontières (ASF). Elle a lancé un message fort et suscité des débats dans le système d’éducation et au sein du gouvernement quant aux changements à apporter pour éliminer les abus sexuels à l’endroit de jeunes autochtones, malheureusement très fréquents dans le réseau scolaire de plusieurs régions du Guatemala. »

Depuis 2018, ASF collabore au projet DEMUJERES, qui vise à améliorer l’accès des filles et des femmes autochtones à la justice au Guatemala. « Cela passe par le renforcement de la capacité des femmes autochtones à connaître, à comprendre et à exercer elles-mêmes leurs droits, mais aussi à recevoir l’appui en cas de besoin de professionnels de la justice capables de les accompagner dignement devant les tribunaux », ajoute Me Paradis.

ASF soutient également depuis dix ans le développement du cabinet d’avocates féministes de Me Lilian Vásquez. Cette dernière appuie aujourd’hui plusieurs des 22 victimes d’abus sexuels qui luttent courageusement pour que justice soit rendue.

Changer les choses représente toutefois un travail de longue haleine. ASF, ses partenaires locaux et les femmes autochtones se heurtent à plusieurs obstacles, dont des menaces à leur sécurité, l’inflexibilité de réseaux soucieux de protéger leurs privilèges, la corruption et la fragilité de certaines institutions, mais aussi la discrimination et le racisme.

Il serait difficile de ne pas tisser de liens entre cette réalité et nos propres débats pas toujours apaisés sur le racisme systémique ou le sort réservé aux enfants des Premiers Peuples du Canada dans les pensionnats pour Autochtones. « Cela montre bien que la coopération, ce n’est pas unidirectionnel, mais plutôt multilatéral, rappelle Me Paradis. Nous avons tous à apprendre les uns des autres. »

Le tout dernier forum d’ASF, qui s’est tenu les 3 et 4 novembre, portait d’ailleurs sur le thème des regards croisés sur les pensionnats pour Autochtones.

Revendiquer des terres au Cambodge

De son côté, l’ONG Développement et paix — l’agence officielle de développement international de l’Église catholique au Canada — soutient financièrement l’Indigenous Community Support Organization (ICSO) au Cambodge. « Nous aimons particulièrement l’approche de ce groupe, qui n’est pas composé de personnes autochtones, mais qui travaille en étroite collaboration avec eux », note Micheline Lévesque, chargée de programmes pour l’Asie.

Fondé en 2007, l’ICSO utilise la méthode CREDO, qui repose sur une volonté de s’installer dans les communautés autochtones, d’apprendre d’elles et de coconstruire des savoirs qui aideront ces communautés à nommer et à revendiquer leurs droits.

Cette méthode est notamment employée dans les revendications au sujet des titres de propriété des terres des communautés autochtones au Cambodge. Ce pays compte 24 peuples autochtones, qui représentent environ 400 000 personnes, soit entre 2 et 3 % de la population nationale. En 2001, le gouvernement y a adopté une loi qui reconnaît des droits de propriété collective à ces peuples, qui ont dû attendre 2009 avant que des directives soient adoptées pour encadrer la revendication de ces droits.

« Le processus choisi comporte 29 étapes, partagées entre trois ministères différents, raconte Micheline Lévesque. C’est un cheminement très difficile à faire pour des personnes autochtones qui vivent souvent dans des communautés isolées et dont plusieurs ne parlent pas le khmer — la langue officielle du pays. »

ICSO s’engage donc auprès de ces communautés afin de les accompagner dans la revendication de leurs droits de propriété. Si le résultat — la reconnaissance éventuelle de ces droits — demeure important, le processus l’est tout autant, car il produit des effets qui dépassent cette revendication. Les communautés autochtones doivent élire des membres au sein d’un comité destiné à les représenter. Ces comités finissent souvent par être interpellés sur toutes sortes de questions et ils deviennent un groupe ressource. Ils créent parfois des sous-comités, sur des thèmes comme la jeunesse ou la violence domestique.

« Ça motive et mobilise les gens, précise Micheline Lévesque. C’est justement parce que nous valorisons le processus encore plus que le résultat que nous appuyons cette cause de la revendication des titres de propriété, même si c’est un travail à très long terme. »

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