Comment sensibiliser les jeunes à l’importance de la solidarité internationale?

Flavie Boivin-Côté
Collaboration spéciale
Des jeunes manifestant pour la justice climatique à Montréal, le 24 septembre dernier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des jeunes manifestant pour la justice climatique à Montréal, le 24 septembre dernier

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

La jeunesse québécoise s’est montrée plus bruyante que jamais au cours des dernières années. Qu’il s’agisse de changements climatiques, de racisme systémique ou encore d’égalité hommes-femmes, les jeunes Québécois manifestent de plus en plus et ont su montrer qu’ils forment une communauté engagée dans leur milieu et dans la société au sein de laquelle ils évoluent. Certains organismes travaillent depuis leur création à initier les jeunes aux enjeux de la solidarité internationale et à l’engagement citoyen. C’est notamment le cas d’Oxfam-Québec et du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke (CSI).

« La solidarité internationale, pour moi, c’est une conscience de l’interdépendance des communautés et des individus pour atteindre une vie plus digne. C’est reconnaître que nos frontières ont peut-être des raisons fonctionnelles d’exister, mais qu’il faut absolument prendre soin les uns des autres entre nations pour atteindre un bien-être collectif en matière, par exemple, de changements climatiques, de santé et d’économie », explique Catherine Caron, agente principale de campagnes pour Oxfam-Québec.

Fraternité entre les nations, ouverture d’esprit et union des forces dans le but de relever des défis à l’échelle mondiale. Ce ne sont là que quelques valeurs et principes que l’équipe d’Oxfam-Québec tente de transmettre aux jeunes qui assistent à leurs ateliers et à leurs conférences.

Qu’il s’agisse de missions humanitaires dans des pays en voie de développement ou de conférences ayant pour principal objectif d’informer le public quant aux divers enjeux internationaux, le choix d’Oxfam-Québec de faire participer les jeunes à ses événements et de les rallier à des causes est clair : ce sont les citoyens de demain et ils ont un réel désir de changer les choses. C’est à travers leurs luttes que se dessine l’avenir de nos communautés.

Éducation à la citoyenneté mondiale

Lors de la création du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke (CSI), plusieurs questions se sont posées. Comment réussir à impliquer les jeunes de l’Estrie dans la lutte contre les changements climatiques si les manifestations se déroulent surtout en milieu urbain ? Comment sensibiliser les citoyens à l’importance de la solidarité internationale ?

« Au CSI, on mobilise des gens en Estrie, que ce soit des groupes, des individus ou des institutions, pour des actions de solidarité internationale outremer. C’est vraiment notre mission première, explique Dominique Forget, agente d’éducation au Carrefour de solidarité internationale. Nous travaillons en partenariat avec des organismes dans des pays du Sud, comme le Mali et le Nicaragua, et nous offrons notamment des stages de trois à six mois sur le terrain pour les gens de moins de 35 ans qui souhaitent appuyer la mission de nos partenaires. »

À propos de cet objectif, Mme Forget ajoute qu’un volet spécial de l’organisme est entièrement consacré à l’éducation à la citoyenneté mondiale. Ce volet a pour but de sensibiliser et de mobiliser les gens en Estrie pour qu’ils développent une meilleure conscience des inégalités internationales et des moyens d’action qui sont à leur portée pour créer un monde plus égalitaire.

Un public de choix

Dominique Forget et Catherine Caron s’entendent toutes deux pour dire que, lorsqu’il est question de changements climatiques, les jeunes sont majoritairement déjà sensibilisés. Que ce soit à travers les réseaux sociaux, dans des conférences ou encore par l’actualité, ils entendent parler du réchauffement climatique beaucoup plus que les générations précédentes.

« Les jeunes sont particulièrement sensibles aux changements climatiques, et ce, sous plusieurs angles, explique Catherine Caron. Que ce soit physiquement ou psychologiquement, ils vont être très affectés, ne serait-ce que parce qu’ils sont presque systématiquement exclus des processus de décision qui affectent leur avenir. »

Pour les deux expertes, travailler auprès des jeunes est un privilège, et surtout, cela se fait en toute connaissance de cause. Pour Dominique Forget, le tout relève de la logique : plus tôt les jeunes seront conscientisés, plus rapidement ils auront le désir de s’impliquer dans leur communauté et d’influencer leurs proches à s’impliquer eux aussi. De plus, une implication des jeunes dans la communauté peut servir de point de départ, de motivation, pour ensuite s’impliquer à l’international et améliorer les choses dans un pays différent du nôtre.

Photo: Jocelyn Riendeau Chaque année, le CSI organise une simulation de l'Assemblée générale des Nations unies afin de sensibiliser les jeunes à l'importance des relations diplomatiques entre les pays.

Saisir l’ampleur des relations internationales n’est pas simple, et pourtant, pour ces jeunes qui veulent changer le monde, il s’agit d’une base importante. C’est pour cette raison que l’équipe du CSI a mis sur pied un jeu de société grandeur nature nommé Globopoly, autour duquel un atelier sur la coopération internationale a été bâti.

« C’est une grande carte du monde, un jeu coopératif. Le but de ce jeu est que les jeunes puissent prendre conscience des inégalités, des concepts de privilège et d’oppression, explique Dominique Forget. Ils doivent ensuite être capables de voir à quel point des gestes faits à un endroit dans le monde ont des conséquences ailleurs, dans d’autres pays. Souvent, on ne peut pas voir ces conséquences, étant donné qu’un voyage en avion est nécessaire pour cela. Mais lorsqu’ils ont une carte devant eux, les jeunes peuvent directement voir l’effet de chacune de leurs actions, même les plus banales, comme l’achat d’un nouveau téléphone cellulaire, et en comprendre les répercussions ailleurs dans le monde, dans le pays fabricant par exemple. »

Bien que le jeu semble d’emblée destiné aux jeunes, plusieurs fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada, du ministère des Relations internationales et de la Francophonie ainsi que du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ont suivi cet atelier innovant et en sont sortis surpris de constater à quel point un travail éducatif important est en train de s’opérer au sein de la jeunesse québécoise.

Vivre dans un monde meilleur et y contribuer

« Notre but, c’est d’amener les citoyens et les citoyennes à vivre dans le bien-être, dans la dignité, et de leur permettre de contribuer à opérer un changement social positif. Le problème du réchauffement climatique doit absolument être traité de front puisqu’il menace la possibilité des jeunes de vivre dans un monde plus équitable, plus juste et d’y contribuer à la hauteur de leurs capacités », explique Catherine Caron.

Alors qu’ils forment la génération la plus sensibilisée à la solidarité internationale, l’engagement social des jeunes dans le dossier du réchauffement climatique, que ce soit par le militantisme ou par l’éducation, n’est plus une option : c’est une nécessité.

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