COVID-19 en CHSLD: aucune «euthanasie» n’a été faite, selon une spécialiste

L’enquête de la coroner se penche sur les morts de personnes âgées ou vulnérables survenues dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’enquête de la coroner se penche sur les morts de personnes âgées ou vulnérables survenues dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19.

Les protocoles de détresse respiratoire ne causent pas la mort, a martelé la Dre Marjorie Tremblay, mardi, lors de son passage aux audiences de la coroner Géhane Kamel sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la première vague de COVID-19.

Lundi, le Dr Vinh-Kim Nguyen, qui a travaillé en CHSLD durant cette période, avait qualifié ces traitements d’« euthanasie » durant son témoignage. Ce sentiment faisait écho à des inquiétudes exprimées par divers témoins lors de séances précédentes.

C’est la Dre Tremblay, spécialiste en soins palliatifs, qui a développé le protocole utilisé au CISSS de Laval, et qui a ensuite été repris dans de nombreux autres établissements québécois pendant la crise. Pour son engagement dans la lutte contre la COVID-19, elle a reçu une médaille de l’Assemblée nationale.

Il s’agit simplement d’un mélange de médicaments administrés aux patients en fin de vie afin de soulager leurs souffrances, a-t-elle expliqué. Ils servent entre autres à « contrôler le rythme respiratoire », « gérer l’anxiété », « changer l’état de conscience » et « prévenir et contrôler les râles », et peuvent être retirés si le patient se rétablit.

Dans le cas de la COVID-19, ces traitements faisaient aussi « diminuer le risque de contamination », puisqu’ils calmaient la toux.

« Il faut arrêter de penser que la morphine tue, a-t-elle lancé. C’est la COVID qui a tué les patients. »

Situation de crise

 

Le cadre mis en place par la Dre Tremblay demandait une évaluation continue de l’état du patient selon plusieurs critères et la supervision d’un médecin.

L’assesseur de la coroner, le Dr Jacques Ramsay, a exprimé des inquiétudes quant au respect de ces directives en situation de crise. Les symptômes surveillés « ressemblent à ceux de la déshydratation », a-t-il fait valoir. « Votre protocole implique une présence médicale, qui n’était pas toujours nécessairement en place. On aurait pu passer par-dessus des cas de déshydratation », qui auraient pourtant été facilement réglés.

Puisque le protocole de détresse respiratoire ne guérit pas la maladie elle-même, il ne devait être donné qu’à des patients dont les dossiers prescrivaient des niveaux de soins plus bas, par refus d’acharnement thérapeutique.

La coroner Kamel a toutefois rappelé que « les niveaux de soins ont été revus, dans la plupart des cas à la hâte », au début de la crise.

Lors des séances précédentes, plusieurs témoins avaient raconté que les CHSLD avaient téléphoné aux familles des résidants pour les convaincre d’abaisser le niveau de soins de leur proche, souvent sans expliquer en profondeur les conséquences d’un tel choix.

« Vous mettez des prémisses qui sont très importantes », a dit la coroner à la Dre Tremblay, en « prenant pour acquis que les familles ont été impliquées, que les niveaux de soins ont été revus » adéquatement. Mais sur le terrain, « les médecins n’étaient pas présents pour la plupart » et les familles n’avaient plus accès aux résidences.

Elle a fortement suggéré de durcir « les prérequis pour utiliser ces protocoles-là ».

Le contexte de l’enquête

L’enquête de la coroner se penche sur les morts de personnes âgées ou vulnérables survenues dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19.

Pendant cette période, du 25 février au 11 juillet 2020, les Québécois de 70 ans et plus ont compté pour 92 % des décès dus à la COVID-19, d’après des données de l’Institut national de santé publique du Québec.

Son objectif n’est pas de désigner un coupable, mais bien de formuler des recommandations pour éviter de futures tragédies.

Six CHSLD et une résidence pour personnes âgées ont été désignés comme échantillon. Un décès a été examiné pour chaque établissement. Depuis lundi, la coroner se penche sur la gestion provinciale de la crise.

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