Une nouvelle génération de producteurs agricoles pour lutter contre l'insécurité alimentaire

Caroline Rodgers
Collaboratrice spéciale
Au Honduras, l’organisme SUCO travaille en collaboration avec une association de femmes autochtones, dont l’objectif est de favoriser la sécurité alimentaire en misant sur la participation des femmes.
Photo: Jean-Philippe Gélinas Au Honduras, l’organisme SUCO travaille en collaboration avec une association de femmes autochtones, dont l’objectif est de favoriser la sécurité alimentaire en misant sur la participation des femmes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Solidarité internationale

Conflits, situation géographique, climat, problèmes de distribution, pénuries de main-d’œuvre agricole, infrastructures routières déficientes : au-delà de la pauvreté, l’insécurité alimentaire découle de multiples facteurs. Pour les organismes qui interviennent sur le terrain, les projets passent par l’éducation, l’amélioration des méthodes de travail et une plus grande autonomie des femmes et des familles.

« Dans les pays où nous intervenons, les conflits peuvent mettre tout le système sous pression, et les populations vont faire face à une grande insécurité lorsque la production et l’approvisionnement sont touchés, dit Marina Pelch, agente au volontariat à la Fondation Paul Gérin-Lajoie.

« D’autre part, quand il n’y a pas beaucoup de structures et que l’alimentation est axée sur les cultures et l’élevage, l’alimentation dépend du climat. Les sécheresses, par exemple, menacent la production. Finalement, l’organisation des chaînes du producteur jusqu’au consommateur peut manquer de structures, de routes pour livrer ou se procurer des aliments, ce qui cause des déserts alimentaires, un phénomène qui se produit partout dans le monde, et les populations vulnérables sont les plus touchées. »

De plus, dans les pays d’Afrique où la Fondation Paul Gérin-Lajoie collabore, il y a souvent des pénuries de travailleurs agricoles.

« Ces emplois dans le secteur agroalimentaire et agricole n’offrent pas les meilleures conditions et n’attirent pas la nouvelle génération, explique Marina Pelch. La production en souffre. Il devient crucial de former de nouveaux agriculteurs et de les former aux nouvelles techniques. Le secteur a évolué, notamment en raison des changements climatiques, alors il faut utiliser de nouvelles façons de produire. Qui plus est, l’entrepreneuriat n’est pas aussi développé là-bas qu’en Amérique du Nord, et on essaie d’encourager le développement de nouvelles entreprises dans le secteur agricole, pour passer d’une agriculture de survie à une agriculture qui crée des opportunités. »

L’autonomisation économique

La participation des femmes au développement économique des communautés est également en cause, car elles sont souvent mises à l’écart. Pour lutter contre l’insécurité alimentaire, en 2021, l’autonomisation économique des individus, des femmes et des filles est un enjeu fondamental.

On essaie d’encourager le développement de nouvelles entreprises dans le secteur agricole, pour passer d’une agriculture de survie à une agriculture qui crée des opportunités

 

Au Bénin, la Fondation Paul Gérin-Lajoie mène le projet Appui à la lutte contre le double fardeau nutritionnel et la COVID-19 avec un organisme local, l’Association des personnes rénovatrices des technologies traditionnelles (APRETECTRA).

« Comme la mobilité internationale n’était plus possible pour envoyer des volontaires sur place, à cause de la COVID-19, nous avons adapté les programmes et mis sur pied des actions de lutte contre l’insécurité alimentaire, notamment en fournissant du matériel médical pour dépister la malnutrition et en outillant les familles pour leur permettre d’aménager des jardins, afin qu’elles puissent produire leurs propres aliments et avoir accès à des produits de qualité. »

Des haricots toute l’année

Au Honduras, l’organisme Solidarité Union Coopération (SUCO) travaille en collaboration avec l’AMIR (Asociación de mujeres intibucanas renovadas), une association de femmes autochtones de la région Intibuca, dont l’objectif est de favoriser la sécurité alimentaire par l’autonomisation et la formation en misant sur la participation des femmes.

« Cette région du Honduras compte une population majoritairement autochtone, ce qui représente des défis additionnels, précise Jean-Philippe Gélinas, coordonnateur du pôle Amériques de SUCO. À travers les projets que nous appuyons, notre approche d’accompagnement est basée sur deux axes. Comme la production principale de cette région rurale est le haricot, on travaille sur le renforcement de cette chaîne à toutes les étapes de la production, des semailles à l’entreposage et au séchage. »

« Des infrastructures de séchage et d’entreposage ont été mises en place, car l’un des problèmes rencontrés est que, si les gens n’ont pas d’endroit pour entreposer les haricots, ceux-ci se perdent plus rapidement et les gens consomment un aliment de mauvaise qualité, ce qui a des répercussions directes sur la nutrition. Jusqu’à maintenant, nous avons mis en place sept séchoirs qui vont bénéficier à ces départements, et 70 familles ont été appuyées en ce qui concerne les techniques d’entreposage et l’implantation de parcelles importantes. L’objectif principal, c’est de cultiver pour avoir des aliments toute l’année. »

On veut renforcer chaque étape de la production pour que les femmes produisent des haricots de meilleure qualité, et l’AMIR a mis en place des infrastructures de transformation de base, afin que les femmes puissent vendre directement leurs récoltes à l’organisme pour lequel elles travaillent, ce qui leur permet d’obtenir un prix plus juste.

Cette méthode leur permet ainsi d’éviter de vendre à des intermédiaires qui profitent de la précarité de ces populations pour proposer des prix moindres et, souvent, inférieurs à la valeur réelle de la production.

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