Sur la «fillette de Granby», du ruban adhésif de la tête aux pieds, comme une momie, selon un témoin

La Couronne entend démontrer que l’accusée a séquestré la fillette en l’entourant de ruban adhésif, et qu’elle est morte par la suite. Un amas de papier collant avait été retrouvé près du corps de la fillette.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne La Couronne entend démontrer que l’accusée a séquestré la fillette en l’entourant de ruban adhésif, et qu’elle est morte par la suite. Un amas de papier collant avait été retrouvé près du corps de la fillette.

Lorsqu’elle a été retrouvée inanimée, la « fillette de Granby » avait du ruban adhésif partout sur son corps : « des pieds à la tête », y compris sur son visage et sa bouche, comme une « momie », a-t-il été relaté mardi au procès criminel de la belle-mère de l’enfant.

C’est le fils de l’accusée qui a ainsi décrit cette horrible scène aux policiers, lors de deux déclarations vidéo qu’ils ont enregistrées le jour même.

Le jeune, dont l’identité ne peut être révélée, n’avait alors que 14 ans. Il était présent dans la maison familiale de Granby le matin du 29 avril 2019.

Il a raconté le drame qui s’y est déroulé. Accourant du sous-sol vers l’étage principal, il a vu l’intérieur de la chambre de la fillette de 7 ans, et le corps de celle-ci complètement recouvert de ruban adhésif transparent. « Partout, partout, même sur la bouche. »

« Je voyais qu’on était en train d’enlever le scotch tape de son visage. »

La fillette ne bougeait plus, elle avait le visage « figé ».

Initialement, le jeune avait rapporté, dans sa première déclaration enregistrée par les policiers, que la petite fille n’avait du ruban qu’aux bras et aux jambes, et qu’il n’était pas serré.

Mais peu après, l’adolescent a signalé à l’intervenante de la DPJ qui l’accompagnait au poste qu’il voulait parler à nouveau aux policiers.

Devant ceux-ci, le garçon leur a dit : « Il y a une information très, très importante que je n’avais pas dite », pour ne pas faire de tort à qui que ce soit, a expliqué l’élève de deuxième secondaire, dans une seconde vidéo montrée aux jurés.

Des interdits de publication empêchent les journalistes de rapporter des témoignages entiers ou des parties de témoignages. L’identité de certaines personnes impliquées dans ce drame ne peut pas non plus être dévoilée.

La Couronne entend démontrer que l’accusée de 38 ans a séquestré la fillette en l’entourant de ruban adhésif, et qu’elle est morte par la suite. Un amas de papier collant avait été retrouvé près du corps de la fillette.

Pendant que les jurés visionnaient mardi matin les deux vidéos datant de 2019, ils pouvaient aussi voir l’adolescent, présent dans une salle de cour adjacente à la leur, au palais de justice de Trois-Rivières, où se déroule procès de sa mère. Cette dernière, accusée de meurtre et de séquestration, doit écouter son fils depuis le box des accusés. Il n’a pas eu de contacts avec elle depuis son arrestation.

Dans les deux enregistrements vidéo, on l’entend décrire l’enfant de 7 ans comme « une petite fille vraiment spéciale », mais « pas dans le bon sens ». On lui a rapporté qu’elle n’écoute pas les professeurs, fait des crises, « frappe les amis » et qu’elle vole les boîtes à lunch des autres élèves pour en manger le contenu. Elle est d’ailleurs, selon lui, « dépendante » de la nourriture : « c’est tout ce qui lui importe dans la vie ». Il entendait souvent dire dans la maison qu’elle « volait de la nourriture à la famille ». Selon lui, l’école l’a mise à la porte.

« Elle utilise toute son intelligence, mais pour faire du mal », a même laissé tomber le jeune de 14 ans devant les policiers.

La fillette était embarrée dans sa chambre la nuit — parce qu’elle « volait » de la nourriture — et y passait aussi le plus clair de ses journées. « On la sort pour des activités et pour manger », a-t-il résumé.

La veille du 29 avril 2019, elle a tenté de se sauver à plus d’une reprise par la fenêtre de sa chambre, a-t-il rapporté. Il l’a notamment vue suspendue au-dessus du vide, coincée par la tête dans la fenêtre. Puis, en pleine nuit, elle a finalement réussi à sortir de chez elle, nue. Un récit en partie confirmé par un voisin qui a déjà témoigné au procès.

La fillette aurait alors dit qu’elle était « tannée d’être dans sa chambre », ne plus vouloir être « dans cette famille », répétant aussi qu’elle avait faim et voulait de la nourriture.

Après sa dernière tentative de fugue, les bras et les jambes de la fillette ont été attachés avec du papier collant, a déclaré l’adolescent aux policiers, alors que le débit de sa voix devenait beaucoup plus rapide. Elle suppliait de se faire détacher, promettant de se tenir tranquille. Elle fut néanmoins attachée, a-t-il dit.

Témoignage en cour

 

Après la projection des vidéos datant de 2019, le fils de l’accusée a également témoigné mardi. Plus grand, le visage affiné, âgé maintenant de 16 ans, il a livré son récit d’une voix posée et calme, et apporté d’importantes précisions.

Le matin en question, il a vu que la fillette avait été « momifiée », avec du papier adhésif provenant d’un « gros rouleau ».

« C’était comme une momie. Je ne la voyais pas à travers le tape », a-t-il dit, décrivant plusieurs épaisseurs de papier collant.

Interrogé par le procureur de la Couronne, Me Jean-Sébastien Bussières, il a confirmé avoir vu du papier adhésif sur son nez, sa bouche, ses oreilles, ses yeux et ses cheveux. « Oui », a-t-il répondu à chaque question.

On lui a demandé d’aller cacher le papier collant qui avait été retiré de la fillette, a-t-il révélé dans la salle de cour mardi. Il affirme avoir refusé. Les policiers sont arrivés peu après, suivis de près des ambulanciers. Le procès de l’accusée se poursuit mercredi.

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