Les nouveaux visages de la précarité en matière de logement

Jusqu’à tout récemment, très peu de familles sans logis frappaient à la porte de l’Association des locataires de Sherbrooke.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir Jusqu’à tout récemment, très peu de familles sans logis frappaient à la porte de l’Association des locataires de Sherbrooke.

Si le problème de l’itinérance familiale est particulièrement critique à Gatineau, il commence à se manifester également dans d’autres villes du Québec, comme à Sherbrooke, à Trois-Rivières et à Rimouski, a pu constater Le Devoir.

Jusqu’à tout récemment, très peu de familles sans logis frappaient à la porte de l’Association des locataires de Sherbrooke. « Aujourd’hui, la moitié des ménages qui nous appellent sont des familles, constate le porte-parole de l’organisme, Mario Mercier. C’est une situation complètement nouvelle. »

Il note également qu’il faut plus de temps qu’avant pour reloger les ménages. « Normalement, ça durait environ deux semaines autour du 1er juillet, mais là, on est rendus à la fin octobre, et il reste encore une famille hébergée à l’hôtel. »

Le militant déplore le manque de services spécifiques pour les familles sans logis. « On a mis sur pied une garderie cette année pour aider les familles qui cherchent un logement, mais on n’a pas d’expertise, et on improvise un peu », avoue-t-il.

Familles en panique

 

À Trois-Rivières, la situation commence également à devenir inquiétante, constate Carol-Ann Côté, d’InfoLogis Mauricie. « Les familles nous appellent en grande panique. Elles font des recherches, mais on leur refuse les logements. La discrimination a explosé. »

Le profil même des familles qui demandent de l’aide a changé, constate-t-elle. « Avant, les familles qui faisaient appel à nos services étaient dans une situation financière très précaire. Mais là, on voit même des gens avec des salaires décents qui se retrouvent à la rue. »

Elle raconte qu’une dame a vécu chez sa mère dans une salle de lavage avec sa fille de 18 mois. Une autre a vécu dans une tente-roulotte tout l’été. « Les gens sont débrouillards, et certains ont trouvé à se reloger. Mais plusieurs doivent revoir leurs critères et acceptent de vivre dans des logements trop petits ou trop chers pour leur budget. »

À l’Office municipal d’habitation de Trois-Rivières, on n’a pas de statistiques précises sur les familles sans logis, mais on constate qu’elles sont de plus en plus nombreuses à demander de l’aide depuis deux ans. « C’est un phénomène qui est plus fréquent, on remarque des demandes pour de plus grands logements », affirme la conseillère en communication, Marie-Ève Croteau.

Incertitude pour l’avenir

À Rimouski, qui est devenue une ville d’accueil pour l’immigration, on se retrouve dans la même situation. Tant dans les demandes pour une place dans une habitation à loyer modique que pour le service d’aide à la recherche de logement, on voit de plus en plus de grandes familles, explique Daniel Bélanger, de l’Office d’habitation de Rimouski-Neigette.

Il faut dire que le taux d’inoccupation dans le secteur est de 0,9 %. Et pour les grands logements, on est à 0,2 %. « En juin, sept familles de trois enfants ou plus étaient considérées comme à risque », explique M. Bélanger. La majorité ont obtenu un logement de dépannage et ont réussi, depuis, à se replacer. Mais certaines ont dû aller dans une autre MRC parce qu’elles n’ont pas été capables de se replacer à Rimouski, déplore-t-il. « Avec l’augmentation considérable des coûts des loyers, on ne sait pas ce qui va se passer l’an prochain. Certaines familles risquent d’avoir des surprises, c’est sûr. » 



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