La coroner conclut à l’homicide de Norah et Romy

Le 8 juillet 2020, Martin Carpentier est disparu en soirée avec ses deux filles après les avoir emmenées manger une crème glacée. Les dépouilles des deux fillettes ont été retrouvées le 11 juillet dans la forêt. 
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir

Le 8 juillet 2020, Martin Carpentier est disparu en soirée avec ses deux filles après les avoir emmenées manger une crème glacée. Les dépouilles des deux fillettes ont été retrouvées le 11 juillet dans la forêt. 

Martin Carpentier, le père des petites Norah et Romy qui avaient tenu le Québec en haleine lors d’une longue alerte Amber en juillet 2020, aurait vécu un épisode de dépression majeure accompagnée de « symptômes psychotiques probables » lorsqu’il a pris la fuite avec les deux fillettes avant de leur enlever la vie, révèle le rapport de la coroner.

Le 8 juillet 2020, Martin Carpentier est disparu en soirée avec ses deux filles après les avoir emmenées manger une crème glacée. Son véhicule a été retrouvé accidenté le soir même sur l’autoroute 20 près de Saint-Apollinaire, à l’ouest de Lévis.

Une alerte Amber est alors lancée et les recherches se concentrent dans un secteur boisé à proximité.

Les dépouilles des deux fillettes ont été retrouvées le 11 juillet dans la forêt. Norah, âgée de 11 ans, et sa sœur Romy, âgée de 6 ans, ont été tuées avec un objet contondant, est-il écrit dans le rapport de la coroner, Me Sophie Régnière, consulté jeudi par Le Devoir.

Le corps de Martin Carpentier n’a été retrouvé que le 20 juillet. L’homme de 44 ans s’est enlevé la vie.

Comme rien n’indiquait qu’il pouvait présenter un danger pour ses filles — la famille ayant notamment confirmé un niveau de dangerosité « nul » —, l’alerte Amber a tardé et la découverte des trois corps a laissé beaucoup de questions dans son sillage : pourquoi Martin Carpentier a-t-il tué les fillettes avant de s’enlever la vie ?

Discours « décousu »

Le rapport de la coroner contient des pistes de réponse puisqu’une « autopsie psychologique » a été réalisée par l’équipe du Groupe McGill d’études sur le suicide.

Me Régnière écrit s’être penchée sur deux scénarios possibles pour expliquer le drame : un réel accident de voiture qui aurait toutefois constitué « le point de rupture » pour le père, ou encore des gestes intentionnels de sa part.

L’autopsie psychologique révèle que le médecin de Martin Carpentier s’interrogeait sur une possible dépression. L’homme redoutait qu’on lui enlève ses filles. Il n’était pas le père biologique de Norah, même s’il l’avait adoptée dès sa naissance. Lorsqu’il s’est séparé de sa mère, cette anxiété est remontée à la surface, puis a été ranimée lorsque celle-ci a fait des démarches pour que l’enfant ait des contacts avec son père biologique.

Les semaines précédant sa mort, il tenait un discours « décousu », persuadé qu’on lui enlèverait ses enfants. Des proches ont parlé de « craintes obsessionnelles ».

À cela se sont ajoutés d’autres stress : Martin Carpentier avait entrepris des démarches pour divorcer de la mère des fillettes. Le jour de sa fuite, il avait reçu de son avocate un projet de demande de divorce, « ce qui a pu être un déclencheur des événements », selon la coroner. Il a aussi envoyé à sa conjointe des textos « s’apparentant à des messages d’adieu ». Selon le rapport, la scène de l’accident peut laisser croire que Martin Carpentier cherchait à entrer en collision avec un autre véhicule.

Pour toutes ces raisons, la coroner tranche qu’elle ne peut écarter le geste intentionnel : « L’échec de cette tentative de mourir avec ses filles constitue un point de non-retour pour M. Carpentier. »

Il « aurait donc présenté, selon les conclusions de l’autopsie psychologique, un épisode de dépression majeure avec des symptômes psychotiques probables, et c’est dans cet état d’esprit qu’il aurait mis fin aux jours de ses filles et de lui-même ».

Une possible « différence »

Me Régnière suggère au ministère de la Sécurité publique de revoir ses critères pour déclencher une alerte Amber : ils doivent viser toute disparition d’enfant et non pas uniquement les enlèvements, suggère-t-elle, après avoir souligné que l’alerte aurait dû être lancée plus rapidement.

Elle incite de plus la Sûreté du Québec à analyser tout son processus d’enquête pour déterminer ce qui n’a pas fonctionné, ainsi qu’à revoir ses protocoles de communication en situation d’urgence. Elle estime que plus de renforts auraient dû être déployés au cours des premières heures de recherches, ce qui « aurait peut-être pu faire une différence ».

Elle recommande au Collège des médecins d’évaluer les actes du médecin de famille de M. Carpentier, qui a refusé initialement de dévoiler de l’information sur sa condition médicale aux policiers pour les aider à déterminer le risque qu’il présentait. Au ministère de la Santé, elle suggère d’élaborer une directive claire pour que les médecins saisissent bien leurs obligations en contexte d’urgence.

Besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

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