Une formation pour aider au changement de carrière d’ex-élus municipaux

Les lendemains d’un départ de la politique peuvent être difficiles pour certains élus.
Photo: Sidhartha Banerjee La Presse canadienne Les lendemains d’un départ de la politique peuvent être difficiles pour certains élus.

Une première formation sera bientôt offerte au Québec pour les élus municipaux ayant décidé de quitter la vie politique ou qui seront battus à l’issue du scrutin du 7 novembre. L’objectif est de préparer les ex-politiciens à leur transition de carrière, qui suivra des années exaltantes.

Après deux mandats comme conseiller municipal à Montréal, Christian Dubois a connu la défaite en 2013. Il sait que faire le deuil de la politique peut être ardu.

«Le téléphone ne sonne plus, les gens sont moins intéressés à vous. Pour un certain temps, ça m’a disons quand même affecté mentalement parce que du jour à l’autre on passe de la vie publique à la vie privée», raconte l’ex-élu de Pierrefonds-Roxboro qui a siégé au comité exécutif.

La piqûre et la déception politique sont disparues au bout de deux ans, mentionne M. Dubois, qui s’est réorienté dans le milieu communautaire comme directeur d’une résidence et d’un centre en santé mentale.

L’initiative de l’Association québécoise des anciennes élues et anciens élus municipaux (AQAÉM) découle du constat que les lendemains d’un départ de la politique peuvent être difficiles pour les élus et qu’aucun soutien particulier n’existe pour eux, contrairement aux niveaux fédéral et provincial.

«C’est comme s’ils quittaient un travail dans lequel ils se sont investis beaucoup, mais il n’y a rien qui leur permet de faire une transition avec la vie civile ou de reprendre un certain nombre d’activités. Dans même des cas, il y a des gens qui ne sont plus capables de se trouver un emploi», relate le président de l’AQAÉM, Denis Lapointe, ex-maire de Salaberry-de-Valleyfield.

La formation transmise en mode virtuel a été conçue par le Centre de services aux entreprises du Cégep Marie-Victorin, également en partenariat avec l’Union des municipalités du Québec. Sur le thème «La politique: et après?», le programme donnera des outils sur différents thèmes comme se redéfinir sur le plan personnel et professionnel.

«C’est pour pouvoir mieux atterrir», mentionne Véronique Coutu, coordonnatrice du Centre de services aux entreprises du cégep.

Il vise à montrer qu’«il y a moyen de continuer sans la politique», soutient pour sa part M. Dubois, aussi membre du conseil d’administration de l’AQAÉM.

Impact des médias sociaux

Habitué d’offrir des formations préparatoires à la retraite pour des fonctionnaires provinciaux ou fédéraux, l’établissement collégial a développé un programme sur mesure pour les élus, dans lequel le volet psychosocial occupe une place importante. Il prend en compte plusieurs particularités de la vie publique, dont l’impact des réseaux sociaux.

«Si on se fait critiquer pendant quatre ans sur les médias sociaux, ça peut atteindre quand même notre estime de soi. Si on décide de se trouver un autre emploi, il faut faire la part des choses et mettre de côté cet aspect», fait valoir Mme Coutu.

Les participants apprendront à se reconstruire sans le regard du public, mentionne-t-elle.

Les formateurs du cégep parleront aussi de gestion de temps et de changement ainsi de l’aspect de passer d’une personne publique à anonyme.

«Il y a une vie et des échanges intenses qui se font avec les gens de la communauté. Tout ça disparaît, ce n’est plus toi qu’on invite. Comment on peut absorber ce choc-là, expose M. Lapointe. Je connais des gens qui ont fait des petites dépressions, qui ont mis une ou deux années à se réorganiser. On n’est pas nécessairement prêt à quitter un monde aussi intense.»

«Ambitieux»

La formation abordera également des questions légales et financières. En tout, elle s’étendra sur quatre ou cinq jours, selon si le participant envisage la retraite ou non. Chaque séance prévoit une durée de trois heures pour un total de 15 heures.

Professeur et chercheur au département d’éducation et pédagogie de l’UQAM, Louis Cournoyer qualifie le contenu du programme de «fort pertinent» et «bien balancé». Le spécialiste en développement et counseling de carrière le trouve toutefois «ambitieux» en ce qui a trait au temps consacré au volet psychosocial.

«On accorde environ deux fois trois heures pour des éléments qui demandent passablement une grande introspection, observe M. Cournoyer. Travailler sur les peurs liées et les stratégies pour y faire face, c’est souvent le contenu d’une rencontre complète d’une heure avec la personne.»

Mais «si l’intention est uniquement de transmettre de l’information sur ces enjeux et au besoin de référer à des professionnels compétents pour de l’accompagnement subséquent, ça m’apparaît intéressant», affirme le conseiller d’orientation.

Le but est plutôt que les participants sortent de la formation avec une réflexion déjà bien entamée pour la suite, précise le centre des services aux entreprises du cégep. Le programme prévoit offrir de l’accompagnement individuel sur demande.

M. Cournoyer indique qu’un processus de transition de carrière prend du temps, et qu’il s’accompagne d’expériences de vide, d’incertitude, de doute et de désespoir.

La formation accueillera début novembre une première cohorte d’une dizaine d’anciens élus ayant eux-mêmes décidé de quitter la politique. Un deuxième groupe pourra profiter du programme deux semaines plus tard.

Un second parcours de formation est prévu à l’hiver 2022 pour les élus qui seront défaits à l’issue du scrutin du 7 novembre.

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