Valérie Plante en quête d'un second mandat

Valérie Plante garde le cap sur les projets de mobilité lancés au cours de son mandat, notamment en ce qui a trait aux pistes cyclables et aux Réseau express vélo.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Valérie Plante garde le cap sur les projets de mobilité lancés au cours de son mandat, notamment en ce qui a trait aux pistes cyclables et aux Réseau express vélo.

La « mairesse de la mobilité », portée au pouvoir il y a quatre ans, se retrouve aujourd’hui dans une position inconfortable qui la force à envisager des réductions de services à la Société de transport de Montréal (STM) pour sortir celle-ci de son pétrin financier. En entrevue éditoriale au Devoir vendredi, Valérie Plante dit s’attendre à ce que Québec se porte à nouveau au secours des sociétés de transport durement touchées par la pandémie.

« Une rupture de service, pour moi, c’est la mauvaise chose à faire parce qu’on veut inciter les gens à quitter leur auto solo et à revenir dans le transport collectif », explique celle qui tentera de se faire réélire le 7 novembre prochain.

Aux prises avec un manque à gagner de 62 millions de dollars en 2022, la STM a déjà considéré plusieurs scénarios de réduction de l’offre, dont l’un consiste à diminuer de 30 % le service dans le métro. Mais Valérie Plante croit qu’il est possible d’aller chercher ici et là des économies tout en limitant les effets pour les usagers. « Ce que j’ai demandé à la STM, c’est de faire de l’acupuncture. Ça ne peut pas être du mur-à-mur », explique-t-elle, sans écarter la possibilité de compressions de personnel et de services.

La mairesse sortante fonde beaucoup d’espoir sur une aide du gouvernement du Québec dans ce dossier, non seulement pour la STM, mais aussi pour les sociétés de transport de Longueuil et de Laval et pour Exo. « On sait que c’est que le transport collectif de la région métropolitaine qui va permettre au gouvernement du Québec d’atteindre ses cibles de réduction de gaz à effets de serre », fait-elle valoir.

Valérie Plante affirme que ses relations avec la ministre de la Métropole, Chantal Rouleau, sont bonnes. Sauf que les relations ne semblent pas très harmonieuses.

Et au mois de mars dernier, la ministre avait fustigé la mairesse Plante dans une entrevue à La Presse, dénonçant la lenteur de la Ville de Montréal à procéder aux travaux de décontamination de terrains dans l’Est et pour lesquels Québec a consenti 100 millions de dollars. Et la semaine dernière, l’entourage de la ministre Rouleau reprochait à la STM d’avoir perdu le contrôle des coûts de ses grands projets.

« Ce que je peux vous dire, c’est que quand Mme Rouleau m’écrit, je lui réponds dans l’heure, et vice versa. On est là pour trouver des solutions », soutient Valérie Plante.

La mairesse garde le cap sur les projets de mobilité lancés au cours de son mandat, notamment en ce qui a trait aux pistes cyclables et au Réseau express vélo (REV). « Il a venté fort. Je comprenais que pendant la pandémie, c’était dur pour les commerçants. Mais je suis contente de l’avoir fait pendant la pandémie parce que là, on sort de la crise et ça roule. » Elle garde aussi un œil sur le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est qui, avec ses structures aériennes, suscite de vives inquiétudes.

Des taxes plafonnées

Lors du lancement de la plateforme électorale de Projet Montréal il y a deux semaines, Valérie Plante s’était engagée à maintenir les hausses de taxes au niveau de l’inflation si elle est reportée au pouvoir. En entrevue au Devoir, la mairesse apporte une modulation à sa promesse : à l’instar de Denis Coderre, elle limitera les augmentations de l’impôt foncier à un maximum de 2 % pour la première année compte tenu de l’incertitude quant au taux d’inflation anticipé pour 2022.

Reste que sur le plan budgétaire, Valérie Plante est la cible de nombreuses critiques. Son adversaire à la mairie de Montréal Denis Coderre clame sur toutes les tribunes que Montréal est au bord du gouffre financier et que l’administration Plante a dépensé sans compter au cours de son mandat. Valérie Plante tempère. « On a fait preuve de beaucoup de condescendance à mon endroit en disant que je ne connaissais pas ça, les finances, mais on travaille avec des experts qui font des audits et des prévisions et qui nous disent ; c’est bon », rétorque-t-elle.

En août dernier, le cadre budgétaire préliminaire de la Ville faisait état d’un manque à gagner totalisant 780 millions de dollars pour les trois prochaines années. Selon Valérie Plante, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. « Quand je suis arrivée en poste en 2017, l’écart était de 300 millions. On a trouvé des solutions. On est capables de trouver des solutions, affirme-t-elle. Mais je n’ai pas l’intention d’utiliser la taxation pour combler le déficit. »

Même dans ce contexte, elle ne croit pas que sa proposition d’offrir des « boîtes bienvenue bébé », remplies « d’objets incontournables » pour les nouveaux parents, soit farfelue. « L’idée de la boîte bébé, dont je suis extrêmement fière, c’est de créer un sentiment d’appartenance. J’aurais pu faire une campagne de publicité de deux millions, mais il y a plein de familles qui sont dans le besoin », explique-t-elle.

L’habitation au cœur de la campagne

Si la ligne rose était la promesse phare de Valérie Plante en 2017, c’est maintenant autour des 60 000 logements abordables d’ici 10 ans que sa campagne s’articule, bien que son administration n’ait pas réussi à réaliser l’objectif de 12 000 logements sociaux et abordables promis il y a quatre ans. Le volet des logements abordables a été atteint, mais pas celui des logements sociaux. À l’heure actuelle, seuls 1082 sur les 6000 promis sont construits et habités.

Valérie Plante considère toutefois que son administration a réussi à accroître la capacité d’action du Service de l’habitation avec l’achat de terrains pour la réalisation de nouveaux projets. Elle s’engage aussi à prendre les mesures nécessaires pour que l’abordabilité de ces nouveaux logements soit maintenue pendant 40 ans. Et alors que Denis Coderre entend abolir le Règlement pour une métropole mixte (aussi connu sous le nom de 20-20-20) s’il est porté au pouvoir, Valérie Plante voit plutôt celui-ci comme un outil indispensable pour attirer les familles et les travailleurs. Un modèle qu’elle aimerait bien voir s’étendre dans les banlieues.

Il reste deux semaines avant le scrutin et la course demeure toujours aussi serrée entre Valérie Plante et Denis Coderre qui, selon un sondage CROP-Radio-Canada, sont toujours au coude-à-coude.

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