Le port du masque suscite la confusion sur les plateaux de télévision

Sur le plateau de «Tout le monde en parle», les personnes dans le public étaient en nombre réduit, en plus d’être séparées par d’énormes plexiglas, mais au moins elles ont pu retirer leur masque.
Photo: Radio-Canada Sur le plateau de «Tout le monde en parle», les personnes dans le public étaient en nombre réduit, en plus d’être séparées par d’énormes plexiglas, mais au moins elles ont pu retirer leur masque.

Les plateaux de télévision bénéficient-ils d’un traitement de faveur en ce qui a trait au port du masque ? La question se pose quand on voit que les gens dans l’assistance en sont dépourvus dans la plupart des émissions, alors que les salles de spectacle, elles, sont maintenant tenues de l’exiger même quand la distanciation entre les spectateurs est possible.

« Pourquoi moi, dans ma salle de diffusion [pour la danse contemporaine], qui est exactement comme un studio d’enregistrement, les spectateurs doivent porter le masque pendant toute la représentation, eux ? » s’est interrogée la directrice générale et artistique de l’Agora de la danse, Francine Bernier, lorsqu’elle a regardé Tout le monde en parle dimanche dernier.

Certes, les personnes dans le public étaient en nombre réduit, en plus d’être séparées par d’énormes plexiglas. Mais, au moins, elles ont pu retirer leur masque, lors de cette émission où était notamment invité le ministre de la Santé, Christian Dubé. Ironie de l’histoire : c’est son ministère qui avait réimposé une semaine plus tôt le port du masque en tout temps dans les salles de spectacle.

Confusion

Entrée en vigueur le 8 octobre, la nouvelle réglementation permet aux salles d’être remplies au maximum de leur capacité. Par contre, les spectateurs doivent dorénavant garder leur couvre-visage, même quand les billets n’ont pas tous trouvé preneur et que la distanciation peut donc être maintenue.

Après vérifications auprès du ministère de la Santé, les studios de télévision sont également soumis à la nouvelle consigne sanitaire, au grand étonnement de Guillaume Lespérance, producteur de Tout le monde en parle. « La Santé publique a approuvé notre plan, insiste-t-il. Dans chaque bulle [entre les plexiglas], c’est une même famille, et on s’assure qu’effectivement les personnes vivent à la même adresse. On vérifie aussi la preuve vaccinale de tout le monde. »

Qu’importe, les gens qui assisteront en direct cette fin de semaine à la messe dominicale de Radio-Canada auront encore le droit de retirer leur couvre-visage une fois assis, a réitéré la télévision publique vendredi. Idem pour ceux qui participeront aux prochains tournages de 1res fois et des Enfants de la télé.

« Le public de Tout le monde en parle, des Enfants de la télé et de 1res fois se limite à une vingtaine de personnes, dans de grands studios qui peuvent en contenir beaucoup plus. Les mesures prises dans nos émissions vont donc nettement plus loin que le port du masque, qui est exigé comme allègement pour permettre de réunir des centaines, voire des milliers de personnes dans une même salle », a justifié par courriel Marc Pichette, porte-parole de Radio-Canada.

Le masque, un obstacle

La directrice générale de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU), Julie-Anne Richard, ne reproche pas à Radio-Canada de s’octroyer un passe-droit. Au contraire, elle envie la société d’État et souligne que beaucoup de gens dans le monde de la scène aimeraient suivre cet exemple s’ils y étaient autorisés.

En d’autres mots, les salles de spectacle préfèrent avoir le choix. Soit elles remplissent tous leurs sièges et exigent le port du masque en tout temps, soit elles limitent le nombre de places afin de garder une distanciation dans le public, permettant ainsi aux spectateurs d’enlever leur couvre-visage lorsqu’ils seront assis. La deuxième option était en vigueur avant le 8 octobre, mais elle est proscrite depuis en raison de l’obligation universelle du masque dans les endroits culturels.

« La réglementation actuelle est une absurdité. Pourquoi le 7 octobre, les gens pouvaient-ils enlever leur masque avec distanciation, et que le lendemain ils ne pouvaient plus ? Ça n’a rien à voir avec la santé publique. On a juste voulu mettre en place une réglementation simple qui s’applique à tout le monde, mais ça s’avère plus compliqué », déplore Mme Richard.

Comme le rapportait Le Devoir plus tôt cette semaine, le masque obligatoire semble être un sérieux frein à la reprise culturelle. Même en ayant plus de billets à vendre, certaines salles de spectacle peinent à remplir autant de sièges qu’avant le 8 octobre.

« Il y a eu quelques annulations à cause du masque. Il y a aussi des gens qui n’étaient pas prêts à être coude à coude avec leur voisin après un an et demi de distanciation », rapporte la directrice de RIDEAU.

Avec la participation de Catherine Lalonde.

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