Les universités échappent à la quatrième vague

Sur le terrain de l’Université de Sherbrooke, le professeur adjoint Michael Blondin enseigne à deux étudiants. Au total, l’établissement a recensé 26 cas de COVID-19 depuis la rentrée, à la fin du mois d’août.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Sur le terrain de l’Université de Sherbrooke, le professeur adjoint Michael Blondin enseigne à deux étudiants. Au total, l’établissement a recensé 26 cas de COVID-19 depuis la rentrée, à la fin du mois d’août.

Deux mois après le retour en présence sur les campus universitaires, l’anxiété a fait place au soulagement. Des sourires se cachent derrière les masques des professeurs et des étudiants. La quatrième vague de COVID-19 épargne les universités, qui restent à l’abri des éclosions ayant perturbé les écoles primaires et secondaires.

Loin d’être un espace de propagation du virus, les campus sont un lieu plus sûr que le reste de la société, affirme Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke (UdeS). L’établissement a recensé 26 cas de COVID-19 depuis la rentrée, à la fin du mois d’août. Il n’y a eu aucune éclosion. Ça veut dire que ces 26 personnes ont été infectées chacune de leur côté, ailleurs qu’à l’université.

À l’échelle du Québec, à peine cinq éclosions sont survenues dans les universités depuis le début du semestre d’automne en présence. Près de 317 000 étudiants fréquentent le réseau universitaire. « On est capables de gérer la COVID, dit Pierre Cossette. Nos ingénieurs savent gérer de l’acide sulfurique, ils savent gérer la radioactivité, ils savent gérer des pièces de béton qui risquent de les écraser, et ils savent gérer la COVID. »

On rencontre le recteur autour d’une des 250 tables à pique-nique installées au cours des derniers mois sur le vaste terrain de l’établissement où convergent chaque jour 20 000 personnes. Des dizaines d’étudiants et de membres du personnel prennent leur repas du midi sous le soleil d’automne. Des classes ont aussi été aménagées à l’extérieur : les risques d’infection diminuent en plein air.

Pierre Cossette est médecin. S’il y a quelqu’un qui connaît les dangers de la COVID-19, c’est lui. Le recteur insiste pourtant : les risques associés au confinement à la maison sont plus grands que ceux du retour sur les campus. C’est pour cela que, depuis l’automne 2020, même au cœur des deuxième et troisième vagues, il s’est assuré avec la Santé publique qu’une portion importante des activités de l’Université de Sherbrooke se déroule en présence.

« Je veux être clair : on n’est pas dans le négationnisme [de la COVID]. Notre priorité est la sécurité. Mais ma petite phrase-choc que je dis tout le temps, c’est que, pour un homme de 24 ans, une dépression majeure, en moyenne, c’est beaucoup plus grave qu’une COVID. Une dépression majeure, c’est plus long et il y a un risque réel de mortalité associé à ça », affirme Pierre Cossette.

L’effet de la vaccination

Il est aussi président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), regroupant les 18 universités québécoises. Les échos qu’il a de ses membres, c’est que le retour en présence, après un an et demi d’enseignement virtuel, se passe bien partout, malgré une anxiété légitime de certains étudiants et certains membres du personnel.

« La vaccination a changé la donne », dit Pierre Cossette. Il révèle que 91,7 % des étudiants universitaires au Québec sont doublement vaccinés. Ce n’est pas une estimation, mais un constat : le ministère de l’Enseignement supérieur a fait parvenir au ministère de la Santé les coordonnées des étudiants inscrits à la session d’automne, qui ont été croisées avec les données sur la vaccination.

Le taux de vaccination des employés est de la même ampleur. À l’Université de Sherbrooke, 94,1 % des membres du personnel ont reçu leurs deux doses.

Pour le reste, le port du masque est obligatoire en tout temps à l’intérieur, sauf pour les professeurs lorsqu’ils sont à deux mètres de leurs étudiants. Officiellement, la distanciation est d’un mètre (avec masque). Mais dans les faits, personne ne se promène avec un ruban à mesurer pour éloigner les gens qui se trouveraient à 32 centimètres les uns des autres.

L’UdeS a quand même créé une « brigade » d’étudiants chargés de veiller aux mesures sanitaires. Mélissa Champagne, étudiante en adaptation scolaire, fait partie de cette escouade. On la rencontre à l’intersection de trois corridors à la Faculté d’éducation, assise à un bureau où se trouvent deux bouteilles de savon désinfectant et deux boîtes de masques. Elle n’a pas à jouer à la police : « Juste en me voyant, les gens qui portent le masque en dessous du nez le remontent automatiquement. C’est devenu un réflexe. »

Attention aux fêtes

La grande crainte associée au retour sur les campus, c’est les fêtes étudiantes. Certaines villes canadiennes ont été le théâtre de gigantesques rassemblements qui ont dérapé. Pas moins de 8000 étudiants ont fait du grabuge en pleine rue à Kingston, la semaine dernière. Au Québec, il semble que les fêtes étudiantes soient assez discrètes, pour ne pas attirer l’attention…

La consommation d’alcool a été encadrée dans les événements étudiants, y compris dans les initiations. Il est question de relancer les fameux 5 à 8 du jeudi, explique Yaomie Dupuis, vice-présidente de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke. D’ici là, un concert de Fouki et Koriass, vendredi, soulève les passions : les 2000 billets se sont envolés en 30 minutes. On rapporte que les jetons pour la bière se vendent plutôt bien.

« Les étudiants ont besoin de se retrouver. Le confinement a été très difficile pour la santé mentale. On a eu énormément de témoignages de détresse », dit Yaomie Dupuis. Le service d’aide psychologique de l’UdeS a ouvert deux postes supplémentaires en travail social.

« Il était temps qu’on revienne en présence. On est toutes vaccinées. La prochaine étape devrait être d’enlever le masque en classe », souhaite Claudia Beaulieu, étudiante en éducation préscolaire et primaire. Découragée par l’enseignement à distance, elle a abandonné ses études au milieu de la session d’hiver. Une pause salutaire : elle a réorienté ses études en orientation vers un domaine qui l’intéresse davantage.

Angélique Laurent, professeure à la Faculté d’éducation, constate que ses étudiants avaient bien besoin de revenir en classe. « J’accorde une grande importance au lien pédagogique avec mes étudiants, c’est tellement plus facile en présence », dit-elle. Elle rêve aussi du jour où elle pourra voir le visage des 35 personnes assises dans sa classe. Mais la patience est de mise par les temps qui courent.

Les universités épargnées

Aucune éclosion n’est signalée à l’heure actuelle dans les 18 universités. En comparaison, il y avait en date du 17 octobre 244 éclosions actives dans les écoles préscolaires et primaires, 34 au secondaire, au professionnel et dans les autres milieux scolaires, 4 au collégial et 63 dans les services de garde.



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