«Fillette de Granby»: un technicien en scène de crime témoigne de ce qu’il a vu

La mort de celle que l'on connait comme la «fillette de Granby» en avril 2019 avait ébranlé la province.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La mort de celle que l'on connait comme la «fillette de Granby» en avril 2019 avait ébranlé la province.

Un technicien en scène de crime a témoigné au quatrième jour du procès criminel de la belle-mère de l’enfant désormais connue comme étant la « fillette de Granby ».

Le spécialiste de la Sûreté du Québec (SQ), Charles Camiré, a identifié bon nombre d’objets d’intérêt pour l’enquête dans la maison familiale de Granby, en Estrie, où l’enfant de 7 ans a été retrouvée inanimée le matin du 29 avril 2019. Il a aussi pris des photos pour « mettre en image la scène », a-t-il dit.

La belle-mère, âgée de 38 ans et ne pouvant pas être identifiée, est accusée de séquestration et de meurtre au deuxième degré de l’enfant. Son procès devant jury se déroule au palais de justice de Trois-Rivières. Elle a plaidé non coupable aux crimes qui lui sont reprochés et est détenue depuis son arrestation.

Le technicien en scène de crime a rapporté avoir été appelé ce soir-là pour un dossier dans lequel un enfant était impliqué et qui se trouvait «entre la vie mort». Arrivé sur les lieux en début de soirée, il a constaté que des rubans policiers étaient déjà installés sur le terrain et que deux patrouilleurs surveillaient les alentours.

Pièce vide

Charles Camiré a témoigné d’une maison propre et en ordre, avec un frigo bien rempli. Des biscuits et des bonbons se trouvaient dans la cuisine. On voit beaucoup de jouets sur ses photos. Le contraste est grand avec la pièce où a été retrouvée la fillette le 29 avril 2019.

Elle semble vide, car tous les meubles ont été empilés contre le mur où se trouvent les fenêtres, les bloquant en partie. Un petit lit rose d’enfant a été placé de côté sur le dessus d’un classeur. Une chaise de bois avait été déposée par-dessus.

Sur le plancher se trouvaient une petite lampe de chevet, une toilette d’enfant, deux paires de ciseaux, une tuque rose à pompons et une chemise d’adulte vert kaki.

Celle-ci a été déployée par le technicien en scène de crime pour bien en montrer « tous les détails ». La chemise était mouillée dans le bas ainsi que sur l’épaule droite. Les deux manches étaient attachées ensemble d’un nœud double : « bien attachées », a précisé M. Camiré.

Les procureurs de la Couronne ont fait connaître leurs intentions lundi, au premier jour du procès : ils veulent démontrer que l’accusée a séquestré la fillette en l’entourant de ruban adhésif. « Nous ferons la preuve, c’est notre objectif, que la nature des gestes posés par l’accusée et les circonstances dans lesquelles ils furent posés constituent un meurtre au second degré. »

Le technicien en scène de crime a d’ailleurs relevé de petits morceaux de papier adhésif transparent dans cette pièce. Il a repéré juste à l’extérieur de celle-ci un rouleau de papier collant du type qu’on utilise pour sceller des boîtes. Et par terre, dans le corridor, il a vu — et photographié — un amoncellement de ruban adhésif de 13 cm par 41 cm « un peu moulé »: ça avait « une forme », a-t-il ajouté. Sur ce papier collant, il a noté que des fibres roses y étaient collées, ainsi que des cheveux bruns. « Il y en avait pas mal. »

Lundi, les premiers répondants ont témoigné qu’ils avaient retrouvé la petite fille nue sur le plancher de la pièce, et l’avaient décrite comme « très maigre » et même « rachitique ». Du liquide et des vomissures se trouvaient sur le plancher, selon leur témoignage, et l’amas de ruban adhésif se trouvait alors à proximité d’elle.

Ce soir-là, M. Camiré a aussi été mandaté pour se rendre à l’hôpital Fleurimont de Sherbrooke afin de prendre des photos de la fillette plongée dans le coma ainsi que des marques sur son corps. La cause de ces marques n’a toutefois pas encore été expliquée aux 14 jurés. C’est dans cet hôpital que la petite fille est décédée le lendemain.

À noter que des interdits de publication empêchent les journalistes de révéler l’identité de l’accusée et celle d’autres personnes qui témoigneront. Certains éléments de preuve qui seront révélés lors du procès ne pourront pas non plus être rapportés dans l’immédiat. Le procès, qui doit durer au moins 6 semaines, se poursuit vendredi.

À voir en vidéo