Nouveau coup de pouce pour les parents d’handicapés adultes

Les jeunes adultes handicapés ne subiront pas de baisse de revenu une fois sur l’aide sociale.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les jeunes adultes handicapés ne subiront pas de baisse de revenu une fois sur l’aide sociale.

Québec va officialiser jeudi une aide supplémentaire aux parents d’enfants lourdement handicapés. À partir de cet automne, ils pourront recevoir des prestations d’aide sociale se rapprochant de ce qu’ils recevaient lorsque leurs enfants étaient mineurs.

Mélodie Houle a fait une hémorragie cérébrale deux semaines après sa naissance, il y a 19 ans. Elle souffre aujourd’hui d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) doublé d’une déficience intellectuelle. Sa vie est comparable à celle d’un enfant de trois ans.

Pour son père, Martin, la hausse des prestations de 187 $ par mois est providentielle. « Ça va nous permettre de respirer », dit le porte-parole de l’organisme Parents pour toujours. « Ça va me permettre de faire des économies pour son futur, de mieux arriver à la fin du mois, d’être moins stressé. »

Sans cet ajustement, la famille aurait dû attendre cinq ans et demi après la majorité de Mélodie avant qu’elle ait accès à des prestations complètes de solidarité sociale pour personne inapte à l’emploi, l’équivalent de 1300 $ par mois.

Annoncée dans le budget 2020, cette mesure n’était pas encore entrée en vigueur et s’appliquera de façon rétroactive à partir du 1er octobre. Il en coûtera à l’État deux millions de dollars cette année, mais cinq fois plus dans cinq ans avec l’ajout de nouveaux prestataires.

« Ça va bénéficier à 800 jeunes handicapés, et après il va s’en rajouter 300 par année », a déclaré le ministre de la Solidarité sociale, Jean Boulet, en entrevue avec Le Devoir. « Ça permet d’atténuer le fardeau sur le dos des parents. »

La mesure vise en quelque sorte à ériger un pont avec le programme d’un autre ministère, le Supplément pour enfant handicapé nécessitant des soins exceptionnels (SEHNSE), qui relève de Retraite Québec.

Créé par les libéraux en 2016, le SEHNSE permet de soutenir les parents dont les enfants ont des besoins exceptionnels.

En temps normal, les nouveaux prestataires de la solidarité sociale qui sont lourdement handicapés doivent attendre cinq ans et demi avant d’avoir accès à de pleines prestations puisque le gouvernement souhaite s’assurer entretemps que leur état est définitif.

La nouvelle passerelle fera en sorte qu’on tienne compte des années passées dans le programme SEHNSE dans le calcul des cinq ans et demi.

Changement de ton

Ces dernières années, les associations de parents d’enfants handicapés ont fait beaucoup de bruit dans les médias en reprochant au gouvernement de les laisser tomber quand les jeunes atteignaient la majorité.

En mars 2019, M. Houle et d’autres avaient vivement reproché au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de ne pas avoir prévu de mesures pour eux dans le budget. « M. Legault, nos familles se sentent trahies par votre gouvernement », dénonçait-il dans une lettre publique.

Mais aujourd’hui, le porte-parole de Parents pour toujours dit qu’il est « vendu » à la CAQ « parce qu’ils ont respecté leurs promesses auprès des personnes handicapées ».

Nathalie Richard, la directrice de l’organisme L’Étoile de Pacho, qui aide les parents d’enfants de moins de 18 ans, se réjouit des progrès, mais fait valoir qu’il y a encore fort à faire. Les programmes de soutien à domicile et de gardiennage (les chèques emploi-service) se heurtent à « plusieurs lacunes » sur le terrain et dans les CLSC, selon elle. « Présentement, c’est très déficient. »

Beaucoup de parents surveillent aussi avec intérêt l’évolution du projet pilote SASEFA (services adaptés en santé et en éducation de la formation aux adultes). Financée par le gouvernement depuis 2018, cette école montréalaise est vouée aux handicapés lourds de 21 à 35 ans. Or, beaucoup espèrent que l’initiative sera implantée dans autres régions.

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