La recherche universitaire s’ouvre à la diversité

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
En novembre dernier, l’UQAM s’est engagée à mieux baliser les étapes du processus d’embauche du personnel enseignant pour assurer davantage de diversité. 
Photo: Alice Chiche Le Devoir En novembre dernier, l’UQAM s’est engagée à mieux baliser les étapes du processus d’embauche du personnel enseignant pour assurer davantage de diversité. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) poursuit ses efforts pour assurer davantage d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI) dans ses unités de recherche. Elle s’est notamment dotée d’un plan pour rendre plus représentatifs ses titulaires de Chaires de recherche du Canada (CRC).

Photo: UQAM Christian Agbobli

Christian Agbobli agit comme vice-recteur à la Recherche, à la création et à la diffusion à l’UQAM depuis juillet 2020. Pour lui, l’EDI fait partie de l’ADN de l’institution. « L’UQAM a été fondée en 1969 pour démocratiser l’accès aux études supérieures et à la recherche, rappelle-t-il. La volonté actuelle d’ouvrir les activités de recherche à des groupes sous-représentés est dans la même veine. »

Il considère la diversité comme un atout majeur en recherche, qui permet la confrontation des idées, salutaire dans la production de nouvelles connaissances. La présence de chercheurs de genres, d’origines et de profils différents réduit également les risques de voir des sujets ou des populations oubliés dans les thématiques de recherche.

Ce qui est vrai pour la recherche l’est aussi pour la formation à la recherche. Le Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM favorise depuis le début des années 1980 l’arrimage entre les universitaires et des partenaires actifs sur le terrain comme les groupes communautaires, les groupes de femmes et les syndicats. Il mise sur un important volet étudiant. Grâce à lui, des étudiants ont pu, par exemple, documenter les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur la vie quotidienne des résidents de Montréal-Nord.

« L’UQAM se veut proche des milieux et ses chercheurs comme ses étudiants mènent beaucoup de projets de recherche sur le terrain, explique Christian Agbobli. Ils vont donc eux-mêmes à la rencontre de la diversité de croyances, de valeurs, de principes et de parcours qui existe dans nos communautés. »

Un élan national

La sous-représentation de certaines populations dans l’octroi des CRC a fait l’objet de vives critiques assez rapidement après la création du Programme des Chaires de recherche du Canada (PCRC) en 2000. Une plainte officielle adressée à l’organisme en 2003 avait même mené à une première entente, dont des problèmes d’interprétation ont toutefois réduit la portée. En mai 2017, le PCRC a finalement adopté un plan global en EDI.

Ce plan encourageait les universités à se doter de leur propre plan d’action et proposait des cibles à atteindre en 2019 pour quatre groupes parmi les détenteurs de CRC, soit les femmes, les minorités visibles, les personnes en situation de handicap et les membres des nations autochtones. Tous ces objectifs sont relevés en vue de 2029.

Il ne s’agit pas du tout de faire des compromis quant au niveau d’excellence des candidats, mais plutôt de reconnaître que, pendant longtemps, nous avons eu une vision assez étroite de ce qui constituait l’excellence ainsi que des moyens de la mesurer

 

En novembre 2020, l’UQAM a présenté son propre plan d’action. L’institution atteignait et parfois même dépassait déjà les cibles fixées par le PCRC pour 2019. Elle a aussi ajouté un cinquième groupe, soit les LGBTQ2+. Cette addition survient dans la foulée de la signature, en août 2019, de la Charte Dimensions, une façon de reconnaître que cette communauté peut également affronter des obstacles discriminatoires.

Le plan comporte plusieurs mesures et pistes d’action. Parmi les plus importantes, l’UQAM s’est engagée à mieux baliser les étapes du processus d’embauche du personnel enseignant ainsi que la poursuite de leur carrière. Elle promet aussi d’octroyer ses CRC disponibles en priorité à des personnes issues des groupes sous-représentés.

Traiter le problème à la racine

L’UQAM entend travailler sur deux éléments institutionnels qui expliquent en partie la sous-représentation de certains groupes dans les chaires de recherche : le manque de diversité dans le corps professoral — principal bassin de recrutement des titulaires de CRC — et les critères de sélection des détenteurs de CRC.

« Il ne s’agit pas du tout de faire des compromis quant au niveau d’excellence des candidats, mais plutôt de reconnaître que, pendant longtemps, nous avons eu une vision assez étroite de ce qui constituait l’excellence ainsi que des moyens de la mesurer », précise Christian Agbobli. Selon lui, cela écartait d’office plusieurs bons candidats qui avaient un profil ou une expertise atypiques.

Dans l’ensemble des universités canadiennes, à la fois les mises en candidature et la détention de chaires par des représentants des quatre groupes visés ont considérablement augmenté depuis l’adoption du plan par la PCRC en 2017. Les cibles de 2019 ont été très largement atteintes, ce qui semble indiquer un niveau d’adhésion assez élevé.

« À l’UQAM, non seulement nos communautés souscrivent à ces évolutions nécessaires, mais elles s’en sont saisies, par exemple en créant des comités EDI dans les facultés, les départements et les associations étudiantes, constate Christian Agbobli. Le changement n’est pas imposé d’en haut, tout le monde y croit. »

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