L'avocat de Roger Fréchette prétend que la victime s'est construit un scénario

Roger Fréchette est accusé d’avoir agressé sexuellement une détenue qu’il a accompagnée à sa chambre d’hôtel après l’avoir libéré en février 2019. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Roger Fréchette est accusé d’avoir agressé sexuellement une détenue qu’il a accompagnée à sa chambre d’hôtel après l’avoir libéré en février 2019. 

L’avocat de Roger Fréchette, ce policier du SPVM accusé d’avoir agressé sexuellement une détenue qu’il a accompagnée à sa chambre d’hôtel après l’avoir libéré, compare son cas à celui de Gilbert Rozon pour obtenir son acquittement.

« Il y a tout un contexte social présentement relativement à ces infractions-là [de nature sexuelle] », a soutenu Me Félix Rémillard-Larose lors de sa plaidoirie finale lundi matin au Palais de justice de Montréal.

Ce dernier a invité la juge Lori Renée Weitzman à se pencher sur la décision de sa collègue, la juge Mélanie Hébert, qui a « expliqué à merveille » la notion de la présomption d’innocence dans sa décision rendue dans le dossier de Gilbert Rozon en décembre dernier. « Cette décision-là est magnifique pour expliquer à tous ce qui se passe ici, ce matin, et ce qui se passe ici depuis le début du procès », a ajouté l’avocat.

Comme le célèbre magnat de l’humour, le policier Roger Fréchette n’a pas nié qu’il y a eu des attouchements de nature sexuelle dans la chambre d’hôtel de la plaignante, mais il prétend que c’est elle qui les aurait commis, et ce, contre son gré à lui.

Pendant près de trois heures, Me Rémillard-Larose a tenté de convaincre la juge que le témoignage de la plaignante, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, ne peut être retenu pour faire inculper son client. « La crédibilité et la sincérité avec laquelle madame a pu venir témoigner, c’est une chose, mais d’autre part, quelqu’un peut être persuadé de quelque chose qui est faux et livrer un témoignage qui paraît crédible mais qui ne sera pas fiable », a soutenu l’avocat.

Rappelons qu’en février 2019 la plaignante était venue passer une fin de semaine à Montréal avec son amoureux pour la St-Valentin. Vers minuit, le couple s’est fait arrêter pour intoxication sur la voie publique. La plaignante affirme que le policier avait des intentions sexuelles dès le début de son incarcération. À la fin de son quart de travail, le policier a fait libérer la plaignante et l’a attendu à sa sortie avant de la reconduire à son hôtel.

Selon la défense, le policier a agi dans un but altruiste, car celle-ci se retrouvait dans une ville inconnue, sans argent et sans manteau à -24 degrés Celsius, et non dans le but de profiter de la vulnérabilité de la détenue.

Il reconnaît que ça peut être « bizarre » ou même « niaiseux », comme l’a lui-même reconnu son client lors de son témoignage en juillet dernier, mais que cela ne constitue pas un acte criminel.

« Construire une vérité »

Dans son plaidoyer final, l’avocat de la défense mise beaucoup sur les trous de mémoire de la plaignante, qui souffre de choc post-traumatique et qui était fortement intoxiquée lors de cette soirée. Celle-ci a elle-même reconnu avoir perdu le fil de la soirée à plusieurs moments et avoir été « dans le brouillard » les jours suivants.

Lors du procès, en juillet dernier, elle se souvenait notamment d’événements qu’elle n’avait pas mentionnés aux enquêteurs du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) dans les jours suivant les événements, ce qui, selon l’avocat, sème un doute.

« Quand on lui a demandé comment est-ce que ces nouveaux détails sont arrivés, elle va dire qu’elle a eu beaucoup de temps pour réfléchir à certaines choses. Et on conçoit, avec les réponses qu’elle a données plus tôt, son besoin de comprendre ce qui s’est passé. Avec les nombreux problèmes de mémoire de la soirée, on peut comprendre qu’elle ait voulu repasser certaines choses jusqu’à se construire une vérité et trouver un sens. Et le sens, c’est que M. Fréchette l’a agressé sexuellement, alors que lorsqu’on regarde l’ensemble de la preuve, ça ne correspond pas. »

Une défense « invraisemblable »

En après-midi, la Couronne a plaidé que c’est plutôt la version de l’accusé qui est « invraisemblable » et « cousue de fil blanc ». Comme il y avait des témoins qui l’ont vu à l’hôtel et qui pouvait l’identifier, Me Andrée-Anne Tremblay affirme que l’accusé « n’avait pas le choix de trouver une histoire » pour expliquer sa présence dans la chambre d’une détenue qu’il venait tout juste de libérer.

En juillet dernier, celui-ci a soutenu qu’il avait accompagné la détenue jusque dans sa chambre pour s’assurer qu’elle allait pouvoir se mettre au chaud et qu’il y est entré par la suite parce qu’elle avait besoin de parler et qu’il avait « du temps à tuer » avant un rendez-vous médical. L’avocate est revenue sur cette notion de temps avec un malin plaisir. « À une quinzaine de reprises, monsieur va répondre : ben j’avais du temps. Comme si c’était la réponse magique à son histoire de dire : j’ai tout fait ça, je me suis embourbé dans une situation pas possible parce que j’avais du temps. »

Me Tremblay reconnaît que la plaignante a plusieurs trous de mémoire, mais elle estime que cela ne doit en aucun cas affecter la crédibilité et la fiabilité de son témoignage. « On a une victime qui est venue témoigner de façon candide au meilleur de son souvenir », plaide-t-elle, rappelant que certains souvenirs des victimes souffrant de choc post-traumatique peuvent ressurgir des semaines, des mois, voire des années plus tard.

« Oui, il y a des blancs, mais le principal, elle s’en souvient », résume l’avocate.

La juge Weitzman a pris la cause en délibéré. Elle rendra son verdict le 3 novembre en après-midi.

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