Le procès criminel de la belle-mère de la «fillette de Granby» a débuté

La fillette avait été retrouvée inanimée par un policier, avant d’être déclarée morte à l’hôpital le lendemain.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La fillette avait été retrouvée inanimée par un policier, avant d’être déclarée morte à l’hôpital le lendemain.

« C’est pour elle », cette petite fille de Granby morte en avril 2019 à l’âge de sept ans, « que nous serons dans cette salle de cour pour les prochaines semaines », a déclaré l’un des procureurs de la Couronne, Me ​Jean-Sébastien Bussières, aux 14 jurés choisis pour juger la belle-mère de l’enfant.

Le procès criminel de l’accusée a débuté lundi matin au palais de justice de Trois-Rivières, où les premiers témoins ont été entendus. La femme de 38 ans est accusée du meurtre au deuxième degré de la fillette, ainsi que de séquestration. Elle a plaidé non coupable aux crimes qui lui sont reprochés et est détenue depuis son arrestation.

Dans sa déclaration d’ouverture aux jurés, Me Bussières a tenu à leur dire à voix haute le prénom de la petite fille. C’était assurément la première fois qu’ils l’entendaient, car il ne pouvait pas être dévoilé depuis son décès, par ordre du tribunal. Et il les a déjà avertis : « Certains éléments de preuve seront difficiles à regarder et à entendre. »

La belle-mère de l’enfant écoute le procès du box des accusés. L’air fort jeune, avec un visage poupin et un gros chignon sur le dessus de la tête, elle a pleuré lorsque les jurés ont écouté l’appel à l’aide au 911, fait en panique le matin du 29 avril 2019. « Elle ne respire plus, vite une ambulance ! » ont-ils entendu. « Son cœur ne bat plus. » La fillette a été déclarée morte à l’hôpital le lendemain.

Les procureurs de la Couronne tenteront au cours des prochaines semaines de convaincre les jurés de déclarer l’accusée coupable du meurtre non prémédité de la petite fille. Dans ce but, ils feront entendre une vingtaine de témoins : les premiers répondants, soit des policiers et des ambulanciers, des membres de la famille et des témoins experts, dont des pathologistes judiciaires.

D’entrée de jeu, Me Bussières a campé la scène : il veut démontrer que l’accusée a séquestré la fillette en l’entourant de ruban adhésif. « Nous ferons la preuve, c’est notre objectif, que la nature des gestes posés par l’accusée et les circonstances dans lesquelles ils furent posés constituent un meurtre au second degré. »

Premiers répondants

Après le bref récit de la répartitrice du 911, le jury a entendu le témoignage du policier arrivé en premier dans la maison où la fillette a été retrouvée inanimée.

Une femme en pleurs et un jeune garçon l’ont accueilli dans la maison et l’ont dirigé vers la chambre où se trouvait la petite fille. L’agent Martin Noël a témoigné avoir vu le corps nu d’une fillette rachitique — qui lui rappelait les enfants affamés en Éthiopie, a-t-il dit — étendu au sol, sur le dos. Une personne que l’on ne peut nommer, animée d’un sentiment « d’urgence et de détresse », tentait déjà de ranimer l’enfant, a-t-il dit. Une chaleur se dégageait du corps de la victime, tout comme la pièce où elle se trouvait : « un mur de chaleur », dira-t-il au jury. Il a rapporté que sa peau était plissée, suintante et qu’elle avait « des marques » sur les avant-bras, les jambes et le bas-ventre. Du liquide et des vomissures se trouvaient au sol. « Elle n’avait pas de regard. »

Près d’elle se trouvaient une paire de ciseaux et un amas de matière plastique. Une photo déposée en preuve montre ce qui ressemble à un amoncellement de ruban adhésif transparent. « Une carapace », a pour sa part décrit sa collègue policière Linda Harpin, de la police de Granby, qui a pris le cliché en question. Elle a précisé qu’elle était de forme ondulée, en plastique transparent de 8 à 10 pouces de long et de 4 pouces de large. Elle a soulevé du sol une petite lampe de chevet pour aider son collègue, ce qui lui a fait voir le visage de l’enfant « toute maigre », a-t-elle relaté, la voix nouée en décrivant son état.

Cette dernière a pris des photos de la scène. Pourquoi ? « On n’était pas dans une situation normale. On venait de tomber dans une enquête criminelle. »

Le policier Noël a poursuivi les manœuvres de réanimation. Au juge Louis Dionne, de la Cour supérieure, qui préside le procès, il s’est aussi dit étonné de l’aspect de la pièce où se trouvait l’enfant : tous les meubles étaient empilés devant la fenêtre et les rideaux étaient tirés. La pièce était sombre : « c’était macabre », a ajouté l’agente Harpin, une policière d’expérience.

On n’était pas dans une situation normale. On venait de tomber dans une enquête criminelle.

 

L’un des avocats de l’accusée, Me Alexandre Biron, l’a contre-interrogéepour tenter de démontrer qu’elle n’avait pas utilisé de gants avant d’entrer dans la pièce et qu’elle avait modifié la scène en repoussant de son pied l’amas de plastique qui avait été déplacé puisqu’il avait collé aux pieds d’un premier répondant.

À noter que des interdits de publication prononcés par des juges empêcheront les journalistes de révéler l’identité de l’accusée et celle d’autres personnes qui témoigneront. Certains éléments de preuve qui seront révélés lors du procès ne pourront pas non plus être rapportés dans l’immédiat. Le procès se poursuit mardi.
 

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