La carotte ou le bâton pour les réfractaires ?

L’approche individualisée pourrait être la façon de convaincre les travailleurs de la santé qui ne veulent pas recevoir de vaccin.
Photo: Agence France-Presse L’approche individualisée pourrait être la façon de convaincre les travailleurs de la santé qui ne veulent pas recevoir de vaccin.

Faut-il adopter le bâton ou la carotte pour convaincre les travailleurs de la santé de se faire vacciner ? Le ministre Christian Dubé a tenté les deux au cours des dernières semaines. Il faudrait plutôt une approche individualisée, qui demande davantage d’énergie et de ressources, selon deux expertes.

« Si on veut essayer d’établir un dialogue avec les gens qui refusent pour l’instant la vaccination, on n’a pas le choix d’aller s’intéresser à ce qu’il y a derrière ce refus-là », affirme la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier en entrevue avec Le Devoir.

Celle qui est également professeure à l’Université du Québec à Montréal a récemment publié un texte sur les neuf barrières psychologiques qui expliquent pourquoi une personne refuse de se faire vacciner. Que ce soit la peur bleue des piqûres, la perplexité devant des avis contradictoires ou le manque de confiance envers les discours de Québec, les raisons varient d’une personne à l’autre.

Quelqu’un qui est anxieux face à la pandémie peut, par exemple, faire du déni inconsciemment pour arriver à gérer ses émotions. « La personne en a besoin de ce déni-là parce que sinon, elle va psychologiquement se défaire, explique-t-elle. Si je l’oblige, je la contrains à passer par-dessus ses mécanismes qui font en sorte qu’elle fonctionne, donc on n’a pas le choix d’aller s’intéresser à ce qu’il y a derrière et à être beaucoup plus à l’écoute. »

On n’a pas le choix d’aller s’intéresser à qu’est-ce qu’il y a derrière ce refus-là.

 

Elle note également que les jugements portés à l’égard des personnes qui refusent de se faire vacciner n’aident en rien, encore moins s’ils visent des personnes qui se sont déjà senties rejetées. « Quelqu’un qui a un vécu où il a eu des rejets répétés et ne se sent pas inclus dans la société va avoir tendance à beaucoup plus s’exclure, précise-t-elle. Dès qu’il se sent pointé du doigt ou qu’il y a des normes plus contrôlantes, ça va être encore pire. » Ainsi, le fait de traiter les réfractaires de « coucous » ou de les parodier ne fait qu’amplifier ce sentiment de rejet.

La méthode coercitive risque alors d’avoir peu d’effet sur eux. « Il y a beaucoup d’enjeux de confiance chez les personnes non vaccinées, et c’est beaucoup une méfiance envers le gouvernement et envers la Santé publique, explique l’anthropologue de l’Université Laval Ève Dubé, qui analyse l’attitude des Québécois envers la vaccination pour l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Si ce sont eux les messagers, déjà les gens se ferment et le message ne passe pas. Ça prend d’autres interlocuteurs pour convaincre ou pour parler à ces groupes-là. »

Elle donne pour exemple un groupe de médecins afro-américains aux États-Unis qui ont organisé des rencontres d’information et les brigades qui avaient été envoyées dans Chaudière-Appalaches et en Estrie au cours des derniers mois pour la vaccination.

C’est ce que tente de faire le député péquiste Pascal Bérubé en répondant aux questions des citoyens de sa circonscription. « J’y vais beaucoup par l’information scientifique qui est disponible et quand je ne l’ai pas sur le coup, je travaille fort pour l’obtenir pour avoir vraiment la réponse précise au questionnement », raconte l’élu de Matane-Matapédia.

« Je ne juge personne et je garde le contact avec tout le monde, sauf si la personne est trop agressive au point où la discussion n’est pas possible, ajoute-t-il. Je n’abandonne personne là-dedans parce qu’il va falloir continuer à vivre ensemble après. »

Les employeurs peuvent également jouer un rôle en fournissant des espaces de dialogue, selon Geneviève Beaulieu-Pelletier. « Que ce soit au niveau gouvernemental, d’une entreprise ou même en milieu hospitalier, est-ce qu’on peut avoir des lieux pour que les gens puissent s’exprimer ? C’est quoi, les réserves qui leur restent ? »

S’y intéresser pour garder le lien et trouver des « solutions créatives » qui pourraient atténuer une réticence ou une inquiétude. La psychologue cite en exemple la zoothérapie, qui peut aider les gens qui sont terrorisés à l’idée qu’une aiguille perce leur peau.

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