L’hôpital psychiatrique plutôt que la prison pour la mère qui a poignardé ses deux fillettes

La mère souffrait d’un trouble psychotique lorsqu’elle a posé ces gestes, ce qui a altéré sa perception de la réalité, a tranché la juge Lachance.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La mère souffrait d’un trouble psychotique lorsqu’elle a posé ces gestes, ce qui a altéré sa perception de la réalité, a tranché la juge Lachance.

La mère de famille de Montréal qui a tué l’une de ses fillettes et blessé gravement l’autre en avril 2020 ne prendra pas le chemin de la prison, mais plutôt celui d’un hôpital psychiatrique. Une juge l’a déclarée vendredi matin non criminellement responsable de ses actes pour cause de troubles mentaux.

« Je sais que c’est difficile d’attirer la sympathie de la population dans une affaire comme celle-ci », a déclaré son avocate, Me Véronique Robert, qui a immédiatement recadré la situation : sa cliente a « besoin de soins ». Il faut être très malade pour avoir posé de tels gestes, a-t-elle ajouté devant la salle de cour où le jugement a été prononcé.

La femme de 35 ans, qui ne peut être nommée afin de protéger l’identité des victimes, avait poignardé ses deux filles l’an dernier dans le logement de leur père, situé dans le quartier Villeray à Montréal. Les parents étaient séparés et se partageaient la garde.

Elle a été arrêtée sur les lieux et a été accusée de meurtre au deuxième degré et de tentative de meurtre. Sa fille aînée, âgée de 11 ans, est décédée peu après avoir été transportée à l’hôpital. Sa cadette, qui n’avait alors que 5 ans, a survécu à ses graves blessures.

Trouble psychotique

Le procès de la femme devait commencer au début du mois d’octobre, mais il n’aura finalement pas lieu, puisque les experts s’entendaient sur son état de santé mental : quand elle a poignardé ses filles, elle souffrait d’une grave psychose. Vendredi matin, la juge Myriam Lachance, de la Cour supérieure, l’a ainsi déclarée non criminellement responsable de ses actes pour cause de troubles mentaux.

Ce genre de consensus entre les experts est « plutôt rare » dans les cas de crimes violents intrafamiliaux, mais pas inédit, a commenté Me Robert.

Dans son jugement livré oralement dans une salle de cour du palais de justice de Montréal, la juge Lachance a estimé que la preuve apportée par les experts psychiatres ne laissait aucun doute : la femme souffrait d’un trouble psychotique lorsqu’elle a posé ses gestes, ce qui a altéré sa perception de la réalité.

Habitée de pensées « délirantes », croyant que sa vie et celle de ses filles étaient en danger, elle était incapable de savoir que ses gestes étaient « mauvais », pas plus qu’elle ne pouvait distinguer le bien du mal, a tranché la magistrate.

Selon les deux experts, la mère ne pouvait pas non plus avoir simulé son état pour éviter une condamnation criminelle.

Ils ont également noté que « le confinement et l’isolement résultant de la pandémie actuelle ont accentué l’investissement de Madame dans son délire de persécution et ses idées paranoïdes », est-il rapporté dans le jugement.

Celle-ci se trouvait vendredi matin dans le box des accusés. Pâle, elle a écouté d’un air absent la magistrate lire le jugement par lequel elle a scellé son sort.

« C’était une mère dévouée. Ses filles étaient toute sa vie. C’est très, très pénible ce qu’elle vit », a déclaré Me Robert. La femme ne pourra communiquer avec sa fille jusqu’à ses 18 ans, sauf selon des modalités d’accès prévues par un tribunal.

La juge Lachance a ainsi déterminé que la femme devra être détenue dans un hôpital psychiatrique pour une durée indéterminée. Elle devra prendre des antipsychotiques « à très long terme », a-t-elle ajouté. Elle juge que son état est encore aujourd’hui « très fragile ».

 C’est désormais la Commission d’examen des troubles mentaux qui sera responsable d’évaluer sa situation.

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