Cactus risque de perdre un million

Le groupe Cactus, qui vient en aide aux toxicomanes en leur offrant notamment des seringues, craint de perdre une subvention d'un million de dollars du gouvernement fédéral pour sa relocalisation, en raison de «l'obstruction» de l'arrondissement Ville-Marie.

Le 3 août dernier, l'arrondissement a refusé de céder une bande de terrain située à l'angle des rues Sanguinet et Sainte-Catherine, à côté de l'UQAM, s'appuyant sur les objections soulevées par des résidants et des commerçants du quartier. L'organisme soutient que tous les autres sites proposés par la Ville s'avèrent soit trop chers, soit trop éloignés de leur clientèle.

«L'arrondissement n'a pas de politique cohérente de santé publique lorsqu'il est question des personnes marginalisées, prostituées, toxicomanes ou itinérantes. Leur attitude constitue une intrusion directe dans le domaine de la santé, [commise] par des gens qui n'ont pas de compétences reconnues pour décider dans ce domaine comme ils le font présentement», dénonce le président du conseil d'administration de Cactus, Louis Letellier de Saint-Just.

Cette sortie publique surprend le président de l'arrondissement, Robert Laramée: «Ils ne me sont pas revenus sur les alternatives [sic] proposées il y a un mois. J'ai fait l'agent d'immeuble pour eux. Mais ils doivent oublier le site de la rue Sanguinet.»

La semaine dernière, l'arrondissement a adopté un règlement qui limite la prolifération des groupes communautaires, exigeant notamment des consultations publiques lors de l'ouverture ou de la relocalisation d'un groupe. Ce règlement fait dire à M. Letellier de Saint-Just que la Ville veut «repousser les organismes comme Cactus ailleurs, loin de leur clientèle».

Accusé d'avoir mené des consultations parallèles à celles de Cactus dans les arrière-cours des résidants, M. Laramée croit que le nouveau processus assurera une plus grande transparence et que la population fera preuve de «tolérance et de compréhension». En bout de piste, la décision finale reviendra aux élus.

Situé présentement rue Saint-Hubert dans des locaux jugés «exigus», Cactus compte sur une subvention d'un million de dollars du fédéral pour se reloger. L'organisme doit présenter ses plans au plus tard en mars, sans quoi la subvention pourrait s'envoler.

Le conseiller Robert Laramée assure cependant qu'il a entrepris les démarches nécessaires avec les politiciens fédéraux pour que ce million soit «gardé au chaud». Si les scénarios de rechange s'avèrent trop coûteux, il invite l'organisme à cogner à la porte de l'arrondissement, qui pourrait peut-être allonger des fonds supplémentaires.