La STM entrevoit des «coupures de service importantes» en 2022

Toujours aux prises avec un trou financier de 62 millions de dollars pour 2022, la Société de transport de Montréal (STM) pourrait devoir effectuer des « coupures de service importantes » l’an prochain. L’organisme, qui se dit au pied du mur, a déjà étudié différents scénarios de réduction de l’offre.

C’est ce qu’a constaté Le Devoir en consultant un document interne présenté en juin au conseil d’administration de la STM, et qui était jusqu’à maintenant passé sous silence.

Cette note, préparée par l’opérateur et intitulée « Scénarios — ajustement de l’offre de service bus et métro dès 2022 », avance différentes avenues afin que la STM rentre dans ses frais pour répondre aux exigences des autorités locales de transport collectif. L’une d’elles prévoit notamment réduire du tiers le passage des rames de métro en 2022 pour faire des gains de plus de 150 millions de dollars.

Mais le scénario priorisé par la société de transport est plus modéré. Il repose sur une réduction de 10 % des passages dans le métro et de 5 % des passages dans le réseau d’autobus en 2022, et permettrait à la STM de récupérer 28 millions de dollars l’an prochain.

Cette avenue laisse entrevoir des réductions de personnel d’environ 200 employés. Dans le réseau d’autobus, un tel ajustement du service mettrait fin à l’intervalle maximal de dix minutes que doivent respecter certaines lignes. Dans les tunnels du métro, le temps d’attente en soirée et entre les périodes de pointe passerait à sept minutes, à moins de l’adoption d’un « scénario plus pointu », qui permettrait « de minimiser le plus possible l’impact sur [la] clientèle ».

« Même si une réduction de l’offre bus (-5 %) et métro (-10 %) pourrait retarder ou annuler les efforts pour ramener les clients dans les réseaux bus et métro, [ce scénario] est tout de même recommandé dans le contexte financier actuel », peut-on lire à l’intérieur du document.

Dans le rouge

Contactée par Le Devoir, la STM a maintenu son souhait de « protéger au maximum le niveau de service offert aux clients ». « À l’heure actuelle, il n’y a pas de scénario arrêté pour 2022 », a assuré Philippe Déry, conseiller corporatif aux relations publiques de l’organisme.

Or, selon le directeur général de la STM, Luc Tremblay, l’opérateur n’a plus la capacité de combler ses déficits. À moins d’une injection d’argent de dernière minute, « c’est indéniable qu’il va y avoir des coupures de service importantes » en 2022, a-t-il lancé mercredi lors d’une entrevue avec Le Devoir.

Plus tôt cette année, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) demandait au transporteur de dénicher 62 millions de dollars pour équilibrer le budget en 2022. Un montant impossible à dégager « sans toucher au service », soutient la STM, qui appuie ses dires sur une analyse de son vérificateur général.

En déficit structurel depuis « très longtemps », la STM a fait « des efforts colossaux » pour ajuster le tir dans les dernières années, affirme Luc Tremblay. « Là, on est rendus qu’on n’a plus de marge », a-t-il convenu au téléphone.

« Notre modèle financier date des années 1990. La taxe sur l’immatriculation n’a pas été indexée depuis 1992, a-t-il ajouté. Là, avec les efforts qu’on nous demande, c’est indéniable qu’il va y avoir des coupures. »

Luc Tremblay montre du doigt le bilan de l’ARTM. À ses yeux, l’Autorité n’en a pas fait suffisamment depuis sa naissance, en 2017, pour trouver une porte de sortie « pérenne » aux déficits structurels des transporteurs du Grand Montréal.

En attendant 2022, M. Tremblay appelle Québec à renouveler ses aides d’urgence pour éviter des coupes, au moment où les derniers chiffres colligés par la STM font état d’un achalandage équivalent à 55 % des niveaux d’avant la pandémie.

Limiter les dépenses

L’an dernier, le gouvernement de François Legault avait débloqué 1,2 milliard de dollars pour voler au secours des sociétés de transport du Québec, fortement affectées par la crise pandémique. « Ça serait bien que ça continue, parce que l’achalandage n’est pas de retour », a fait remarquer Luc Tremblay.

« Ce que l’on demande à la STM n’est pas de diminuer ses dépenses, mais bien d’en limiter les hausses et de ne pas affecter les usagers », a répliqué en début de soirée le conseiller aux affaires publiques de l’ARTM, Simon Charbonneau, qui assure que les discussions entre l’organisation et le gouvernement se poursuivent pour trouver des solutions à cette question, touchant aussi les autres sociétés de transport de la grande région de Montréal.

Plusieurs sources dans l’entourage de la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, ont d’ailleurs déploré au Devoir cette semaine que la STM ait « perdu le contrôle » de ses dépenses entourant de grands projets dont la facture a gonflé au cours des dernières années, comme le prolongement de la ligne bleue du métro de Saint-Michel à Anjou.

« Ça va avoir un impact pour le futur, parce que ces projets auront besoin d’une gestion serrée des coûts pour éviter que les Montréalais soient écrasés sous la dette de la STM », qui est en forte augmentation annuellement, a d’ailleurs réagi jeudi le maire de Saint-Laurent et candidat à sa réélection pour Ensemble Montréal, Alan DeSousa. Selon lui, la Ville devrait « immédiatement » créer un « un comité de contrôle des coûts » afin de forcer la STM à limiter la hausse de la facture de ses grands projets.

« Bien que les travailleurs ne soient pas entièrement revenus dans les tours de bureaux, on constate déjà que la congestion routière reprend, notamment au centre-ville. Nous croyons donc qu’il est essentiel de maintenir le service pour encourager l’usage du transport collectif », a pour sa part réagi Marykim Gaudreault, l’attachée de presse de la cheffe de Projet Montréal, Valérie Plante. Elle assure d’ailleurs que la Ville travaille « activement » avec l’ARTM et Québec afin de « trouver des solutions à court et moyen terme » pour résoudre les défis financiers de la STM.

« On ne peut pas parler d’être carboneutre en 2050 et faire des coupes dans la STM alors qu’on doit inciter les gens à prendre le transport en commun », a également réagi le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, qui propose notamment qu’Hydro-Québec offre des tarifs d’électricité plus avantageux à la STM afin qu’elle alimente son réseau du métro à plus faible coût.

Avec Zacharie Goudreault

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