L’Ontario mise sur le tourisme chinois

Le nombre de touristes chinois au Canada a atteint des records en 2018: ils ont été 737 000 à visiter le pays cette année-là.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le nombre de touristes chinois au Canada a atteint des records en 2018: ils ont été 737 000 à visiter le pays cette année-là.

L’Ontario veut que le nombre de touristes chinois sur son territoire augmente. Dans un appel d’offres publié le 21 septembre, Destination Ontario définit clairement son objectif : faire de la province une marque forte dans l’Empire du Milieu afin que les visiteurs chinois délient les cordons de leur bourse.

L’agence responsable du marketing touristique de la province compte entre autres accroître sa portée sur les réseaux sociaux Weibo et WeChat, qui comptent des millions d’utilisateurs dans le pays asiatique. L’entreprise choisie par Destination Ontario aura aussi la responsabilité de gérer le site chinois de l’agence.

Le nombre de touristes chinois au Canada a atteint des records en 2018 : ils ont été 737 000 à visiter le pays cette année-là, selon Destination Canada, un nombre qui comprend les arrivées à bord d’avions et de bateaux de croisières. En 2019, le nombre d’arrivées en avion a toutefois diminué de 9,6 % par rapport à l’année précédente — la première baisse depuis 2003, année lors de laquelle Toronto a été frappée par le SRAS.

L’arrestation de Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, le 1er décembre 2018 à Vancouver, pourrait expliquer la diminution du nombre de touristes l’année suivante, pense Bruce Pan, dont la compagnie torontoise Zen Bus Lines accueille habituellement des touristes chinois. « Des utilisateurs chinois appellent au boycottage du tourisme au Canada », rapportait alors le Global Times, un journal associé au Parti communiste chinois. « On a dit aux Chinois que le Canada était dangereux, qu’il était un ennemi », souligne Frédéric Dimanche, directeur de l’École de tourisme Ted Rogers de l’Université Ryerson. Certains voyagistes en ont d’ailleurs payé le prix.

Ironie du sort, Mélanie Joly, alors ministre du Tourisme, devait être en Chine le 17 décembre 2018, 16 jours après l’arrestation de Meng Wanzhou, pour clore l’Année du tourisme Canada-Chine ; son voyage avait finalement été annulé.

Quel espoir pour l’après-COVID ?

Presque 20 ans après la crise du SRAS, une autre catastrophe sanitaire a brouillé les cartes de l’industrie touristique ontarienne, canadienne et mondiale : la COVID-19.

Depuis un an et demi, les Chinois ne peuvent essentiellement plus voyager à l’étranger et même, dans certains cas, à l’extérieur de leur propre région. Bruce Pan n’a d’ailleurs pas reçu de groupes de touristes chinois depuis février 2020, et la plupart de ses 10 autocars n’ont pas été utilisés depuis le début de la pandémie.

« Ça va être difficile de convaincre [les Chinois] de partir à l’étranger », estime le professeur Dimanche. Même si les efforts de Destination Ontario ne visent qu’à promouvoir l’Ontario spécifiquement, la flambée de cas en Alberta et en Saskatchewan pourrait les faire reculer, puisqu’ils sont maintenant habitués à une stricte politique « zéro COVID », explique l’expert en tourisme. « Il va falloir leur montrer que le Canada est une destination sécuritaire. Avant de les revoir, il faudra montrer que le nombre d’infections est en baisse, que la population est vaccinée », croit-il.

Les responsables de Destination Ontario n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevue.

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