Une fracture entre francophones et anglophones

Les divergences se manifestent aussi sur des points précis du projet de loi, parrainé par le ministre de la Langue française, Simon Jolin-Barrette.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les divergences se manifestent aussi sur des points précis du projet de loi, parrainé par le ministre de la Langue française, Simon Jolin-Barrette.

Le projet de loi visant à réformer la Charte de la langue française divise les francophones et les anglophones, et l’accueil qui lui est réservé varie d’une génération à l’autre, selon les résultats d’un récent sondage de l’Institut Angus Reid.

Le Devoir a obtenu copie des résultats d’un coup de sonde mené par l’organisme indépendant du 25 au 29 juillet auprès de 2103 Canadiens, dont 1080 répondants québécois. La publication officielle a lieu vendredi.

« On voulait vraiment mettre en contexte le débat qui se déroule au Québec », explique au Devoir l’associé de recherche principal au sein de l’Institut Angus Reid, Gregor Sharp.

Au lendemain de la dernière journée d’audiences entourant le projet de loi 96 du gouvernement Legault, qui vise à réformer la Charte de la langue française, adoptée en 1977, cette analyse permet surtout de montrer l’ampleur du fossé qui existe entre l’accueil que réservent à celui-ci les Québécois francophones et ceux dont la langue première est l’anglais.

Ainsi, à propos du passage où le projet de loi indique que le Québec est une « nation » et que « le français est la langue officielle du Québec », une mesure somme toute symbolique, 76 % des francophones sondés dans la province se disent d’accord, tandis que 82 % des anglophones sont en désaccord.

Ces divergences se manifestent aussi sur des points précis du projet de loi, parrainé par le ministre de la Langue française, Simon Jolin-Barrette. Par exemple, 88 % des Québécois francophones sondés se disent favorables à ce qu’un employeur doive prouver que la connaissance d’une autre langue que celle de Molière est nécessaire pour occuper un emploi s’il souhaite imposer cette exigence parmi ses critères d’embauche. Une mesure qui ne récolte l’appui que de 49 % des non-francophones sondés.

Quant à la possibilité d’imposer aux entreprises de 25 employés et plus qu’elles respectent des règles « plus strictes » en matière de langue française, 85 % des francophones sont pour, contre seulement 19 % des anglophones. Ce ne sont par ailleurs que 24 % des anglophones qui appuient l’idée de créer un ministère de la Langue française, même s’ils appuient en grande majorité (94 %) celle d’offrir des cours de français gratuits dans la province.

Les Québécois sont d’ailleurs partagés lorsqu’on leur demande si ce projet de loi sera « un ajout efficace au rempart législatif » actuellement en place pour protéger la langue française, montre l’analyse d’une vingtaine de pages. En effet, 48 % de l’ensemble des répondants québécois estiment que « de meilleures solutions » existent pour protéger la langue de Molière.

Les répondants québécois sont d’ailleurs nombreux (62 %) à croire que ce projet de loi, s’il est adopté, pourrait nuire à la réputation de la province au Canada, au moment où ce coup de sonde fait état d’une perception négative de la démarche de la part de 89 % des citoyens qui demeurent à l’extérieur du Québec.

D’un point de vue économique, un peu plus de la moitié des Québécois (52 %) s’inquiètent de la perspective que ce projet de loi nuise à l’arrivée de nouvelles entreprises dans la province. Un pourcentage qui atteint 44 % en ce qui concerne les répercussions possibles de cette mesure législative sur les entreprises déjà établies dans la province.

D’une génération à l’autre

Des divergences s’expriment également entre les générations, particulièrement sur le plan des mesures à prendre pour protéger la langue de Molière en milieu scolaire. Par exemple, la moitié des francophones de 18 à 34 ans sondés s’opposent à la possibilité d’imposer un nombre de places maximal aux étudiants francophones dans les collèges de langue anglaise qui bénéficient d’un soutien financier de Québec. À l’inverse, 71 % des Québécois francophones de 55 ans et plus appuient cette idée.

« C’est une génération numérique, avance en guise d’explication Gregor Sharp, en référence aux répondants plus jeunes. Ils ont beaucoup accès à du contenu [culturel] anglophone aussi. »

Le coup de sonde montre d’ailleurs que les jeunes sont généralement moins préoccupés par l’avenir du français au Québec que le sont les personnes plus âgées. Ainsi, 54 % des Québécois de 18 à 34 ans s’inquiètent de cette question, contre 72 % de ceux de 55 ans et plus.

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