1500 logements sociaux demandés dans Ahuntsic-Cartierville

1749 ménages sont sur la liste d’attente de l’Office municipal d’habitation de Montréal pour obtenir un logement social dans Ahuntsic-Cartierville
Olivier Zuida Le Devoir 1749 ménages sont sur la liste d’attente de l’Office municipal d’habitation de Montréal pour obtenir un logement social dans Ahuntsic-Cartierville

Des organismes communautaires interpellent les différents paliers de gouvernement pour réclamer la construction de 1500 logements sociaux dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, où la liste de locataires en attente de telles unités s’allonge.

Bien qu’excentré par rapport aux principaux quartiers centraux de Montréal, cet arrondissement n’est pas épargné par la hausse rapide des loyers dans la métropole, qui a fait des logements abordables restants une véritable denrée rare. Une enquête du Devoir en avril dernier démontrait que le loyer d’un 4 ½ dans cet arrondissement s’élevait en moyenne à 1212 $ par mois sur le site de petites annonces Kijiji. Une enquête du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) avançait un chiffre similaire.

Déjà, en 2016, le recensement de Statistique Canada évaluait à 34,3 % le nombre de locataires qui dépensaient plus de 30 % de leur revenu pour se loger. Certains y accordent même plus de 50 % de leur revenu.

« Pour ces ménages, il n’y a qu’une seule alternative, et c’est le logement social », a insisté samedi après-midi la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Marie-Josée Corriveau, lors d’une conférence de presse tenue dans Ahuntsic-Cartierville samedi. Quelques dizaines de citoyens et des représentants de différents organismes communautaires y assistaient.

Signe des besoins dans ce secteur, 1749 ménages sont sur la liste d’attente de l’Office municipal d’habitation de Montréal pour obtenir un logement social dans Ahuntsic-Cartierville, devant Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (1735) et Ville-Marie (1519), entre autres. Et le temps d’attente est souvent de plusieurs années.

Dans ce contexte, de nombreux locataires se retrouvent à devoir opter pour des logements souvent trop petits ou insalubres, tandis que d’autres doivent couper dans leurs dépenses en alimentation pour pouvoir absorber un loyer au-dessus de leur capacité financière, a soulevé la coordonnatrice au Comité logement d’Ahuntsic-Cartierville, Denise Belec.

« Il faut absolument qu’on puisse garantir, dans un pays riche comme le nôtre, que tout le monde puisse être logé convenablement, avec un loyer qui tient compte de sa capacité de payer, sans être obligé de compromettre ses autres droits essentiels », a ainsi martelé Mme Corriveau.

Répondre à la demande

Plusieurs groupes communautaires ont ainsi interpellé Québec et Ottawa samedi pour réclamer la construction de 1500 logements sociaux et communautaires dans l’arrondissement d’ici 2023, incluant 570 unités sur le site Louvain Est.

Le rapport de l’Office de consultation publique de Montréal concernant le développement du futur écoquartier Louvain Est a d’ailleurs souligné l’intérêt de nombreux groupes communautaires de l’arrondissement à ce qu’au moins 50 % de ses unités résidentielles qui y verront le jour soient constituées de logements sociaux et communautaires. Le projet prévoit au total entre 800 et 1000 logements, toutes catégories confondues, sur ce terrain appartenant à la Ville.

La présidente du Comité de pilotage Louvain Est de la table de concertation Solidarité Ahuntsic, Ghislaine Raymond, réclame par ailleurs que ce site soit considéré comme une fiducie d’utilité sociale, afin que celui-ci ne puisse pas être « soumis à la spéculation » immobilière en étant considéré comme un « bien public ».

Les engagements en campagne électorale

 

La mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, indique que cette possibilité est analysée par un bureau de travail partagé sur ce projet, qui implique autant la Ville que le milieu communautaire.

« L’objectif qu’on vise, c’est de faire en sorte que le territoire soit à long terme abordable [...] Donc, on n’a pas envie de vendre un bâtiment qui est abordable pour les premiers acheteurs, mais qui subit de la spéculation ensuite », a évoqué l’élue de Projet Montréal, lorsque rencontrée par Le Devoir en marge de cet événement. Elle indique d’ailleurs que sa formation s’engage, si elle est reportée au pouvoir en novembre, à inclure au moins 50 % de logements sociaux et communautaires dans le développement du site Louvain Est.

Le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre, s’est engagé de son côté à supprimer le Règlement pour une métropole mixte, qui impose l’inclusion de 20 % de logements sociaux dans les projets immobiliers de cinq unités ou plus, de même qu’un pourcentage variable de logements abordables dans certains secteurs en développement. M. Coderre remplacerait ce règlement par une stratégie d’inclusion qui limiterait ses exigences en matière de logements sociaux à 15 % de la superficie des projets de plus grande taille.

« Ce serait l’horreur », a lâché Marie-Josée Corriveau au Devoir samedi. La porte-parole du FRAPRU rappelle que l’ancienne stratégie d’inclusion de logements sociaux, qui était en vigueur pendant le mandat de Denis Coderre, n’a pas été en mesure d’éviter la spéculation immobilière dans plusieurs quartiers centraux.

Elle déplore d’autre part que Projet Montréal concentre pour l’instant ses engagements en matière d’habitation sur les logements abordables, dont la définition fait sourciller plusieurs organismes, au lieu de miser sur des logements sociaux qui sont véritablement accessibles aux moins nantis.

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