L’infirmière qui a insulté Joyce Echaquan radiée par son ordre

Devant le conseil de discipline de l’OIIQ, Mme Rocray avait dit se sentir «honteuse».
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir Devant le conseil de discipline de l’OIIQ, Mme Rocray avait dit se sentir «honteuse».

L’infirmière qui a insulté Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette dans les instants précédant sa mort a été radiée par son ordre professionnel pour une période d’un an.

Dans une décision rendue le 27 septembre, le conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a confirmé la radiation de Paule Rocray pour négligence et violence verbale.

« Il n’y a aucune justification possible au mépris et à la négligence dont elle a fait montre à l’égard de [Joyce Echaquan] », a écrit le conseil dans sa décision. Il juge aussi qu’il est « préoccupant » que Mme Rocray « ne réalise pas que ses propos étaient discriminatoires envers les Autochtones ».

Dans les derniers instants de vie de Mme Echaquan, l’infirmière Rocray a déclaré que sa patiente était une « hostie d’épaisse de tabarnak ». « Ben meilleur pour fourrer que d’autre chose ça. Surtout que c’est nous autres qui payent pour ça », a-t-elle aussi lancé, après avoir dit « c’est mieux mort, ça ».

L’infirmière — qui détient 33 ans d’expérience — avait reconnu en août avoir fait preuve de violence verbale à l’endroit de Joyce Echaquan et avoir été négligente dans les soins qu’elle lui a prodigués, notamment en ne procédant pas à son évaluation à la suite d’une chute. Par cette reconnaissance de culpabilité, Mme Rocray a admis avoir enfreint les articles 37 et 44 du code de déontologie de l’OIIQ. Elle avait nié avoir tenu des propos racistes.

Devant le conseil de discipline, l’avocat de Paule Rocray et celui du syndic de l’OIIQ avaient soumis une recommandation commune d’un an de radiation, soit un an pour le chef de violence verbale et six mois pour le chef de négligence, à être purgés concurremment. Le conseil a retenu cette suggestion.

« Propos outrageants »

Dans sa décision, la présidente du conseil, Marie-Josée Corriveau, note que Mme Echaquan « était dans un grave état de vulnérabilité » lorsqu’elle a été hospitalisée à Joliette. « Vulnérabilité que [Paule Rocray] aurait dû reconnaître d’emblée, plutôt que de la mettre en doute et de lui en faire reproche », poursuit-elle.

Elle ajoute que le conseil de discipline « juge important de souligner que le contexte de travail difficile dans lequel œuvrent les infirmières ne peut d’aucune façon justifier les propos outrageants tenus par [Mme Rocray] envers [Joyce Echaquan] ni la négligence dans les soins qu’elle devait lui apporter, même en période de pandémie ». Le conseil dit d’ailleurs trouver « regrettable » que Mme Rocray « tente de justifier son comportement par la colère ressentie face à ses conditions de travail qu’elle juge inadéquates ».

Le conseil dit d’ailleurs trouver « regrettable » que Mme Rocray « tente de justifier son comportement par la colère ressentie face à ses conditions de travail qu’elle juge inadéquates ».

La décision souligne aussi que Mme Rocray « n’a pas procédé à l’évaluation requise par [l’]état de santé [de Mme Echaquan] à la suite d’une chute », comme le prescrit son code de déontologie. En fait, Mme Rocray a dit s’être questionnée à savoir si sa patiente « était réellement tombée ». Elle a reconnu n’avoir fait aucun examen physique de Mme Echaquan parce qu’elle « était en colère ».

Contrariée de devoir remplir un rapport d’accident, puisque cela lui ferait manquer son heure de dîner, Mme Rocray a dit avoir « explosé ». Elle a aussi fait valoir qu’elle trouvait la situation « injuste ».

Devant le conseil de discipline de l’OIIQ, Mme Rocray avait dit se sentir « honteuse ». « Ce n’est pas moi, ça [d’insulter]. Et je sais que ça va me suivre toute ma vie », avait-elle déclaré. Elle avait d’ailleurs affirmé « ne s’être jamais fâchée en 33 ans de service ». « La seule fois où c’est arrivé, elle a été enregistrée », avait-elle assuré.

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