Quatre autres «anges gardiens» de Snowden se réfugient au Canada

Après une attente de près de cinq ans, Ottawa accorde le statut de réfugié à quatre membres d’une famille sans papiers qui avaient aidé le lanceur d’alerte Edward Snowden lors de sa cavale à Hong Kong.

Supun Thilina Kellapatha, Nadeeka Dilrukshi Nonis et leurs enfants, Sethumdi et Dinath, avaient caché le célèbre lanceur d’alerte en 2013, alors qu’il venait d’être accusé de haute trahison par les États-Unis et qu’il était l’un des hommes les plus recherchés de la planète.

En route vers le Canada depuis Hong Kong, ils devaient atterrir à Toronto mardi après-midi et se diriger ensuite vers Montréal, où l’organisation qui les a parrainés les attend. « C’est la fin d’une période de stress et d’angoisse et d’un chapitre extrêmement dur pour cette famille-là », a indiqué au Devoir le président de l’ONG For the Refugees, Me Marc-André Séguin.

Deux autres personnes sans statut à Hong Kong étaient déjà arrivées au Canada en mars 2019, dont Keana Rodel, une fille de M. Kellapatha issue d’une union précédente. « J’espère qu’ils vont pouvoir grandir ensemble ici, au Canada », avait déclaré la mère de Keana, Vanessa Rodel, lors de leur arrivée.

Il s’agit donc également de retrouvailles pour cette famille éprouvée par une séparation de plusieurs années et des démarches « de très longue haleine », a affirmé leur avocat, Me Guillaume Cliche-Rivard. « Sur le plan émotif, sur le plan humanitaire et de la compassion, c’est une journée extraordinaire », a-t-il ajouté.

Tous les dossiers avaient été déposés en même temps, en janvier 2017, mais ils n’ont pas débouché au même moment. « On a maintes et maintes fois demandé d’accélérer leur dossier, étant donné le contexte. C’est inacceptable que nos programmes de refuge prennent autant de temps », a dit cet avocat en immigration.

M. Kellapatha, sa conjointe et leurs enfants étaient sortis de l’anonymat après la sortie du film fortement médiatisé Snowden. « Quand le monde entier a appris le rôle qu’avaient joué ces gens, ils se sont retrouvés avec une cible dans le dos », explique Me Séguin. C’est à ce moment-là que l’organisme a cherché à les parrainer.

La prochaine étape

 

Maintenant que le volet juridique s’est conclu, c’est le soutien par la communauté qui entre en jeu, indiquent les deux avocats en immigration.

Après avoir franchi les portes desarrivées internationales à l’aéroport Pearson de Toronto, les quatre réfugiés fouleront le territoire en tant que résidents permanents du Canada. Ils se dirigeront ensuite vers Montréal mardi soir, où un appartement a été meublé pour eux « par des bénévoles qui ont travaillé d’arrache-pied », a souligné le président de For the Refugees.

C’est d’ailleurs la première fois de leur vie que les deux enfants accéderont ainsi à un statut, puisqu’ils sont nés de parents sans papiers à Hong Kong. « Ils n’ont jamais eu de passeport ni de droit d’exister », dit Me Cliche-Rivard.

Six des sept anges gardiens qui ont aidé M. Snowden se trouveront ainsi au Québec. Il reste toujours Ajith Pushpakumara, dont la demande n’a pas encore été traitée par Ottawa.

Edward Snowden s’est réjoui de cette victoire jeudi soir sur Twitter. « C’est la meilleure nouvelle que j’ai entendue depuis très, très longtemps. […] Nous devons en ramener un autre à la maison avant de pouvoir dire que nous avons terminé le travail, mais je ne pourrai jamais assez remercier tous ceux qui ont rendu ça possible. »

Déjà, en 2019, dans son autobiographie Mémoires vives, le lanceur d’alerte rendait hommage à ces réfugiés sri-lankais et philippins à Hong Kong qui, avec générosité, avaient partagé sans réserve leurs « ressources limitées » pour lui venir en aide.

À voir en vidéo