Des itinérants en quête d’écoute

Le campement de Frédéric Lefebvre au bord de la rue Notre-Dame, dans l'Est de Montréal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le campement de Frédéric Lefebvre au bord de la rue Notre-Dame, dans l'Est de Montréal.

Des campements de fortune réapparaissent un peu partout dans la métropole. De plus en plus de personnes en situation d’itinérance attendent l’aide de la prochaine administration montréalaise, à l’abri du regard des passants et des policiers.

Frédéric Lefebvre a bâti sa « cabane » non loin de l’ancien campement de la rue Notre-Dame. Quitter la rue n’est pas une option pour lui, car il y vit par choix. C’est d’aide psychologique qu’il a besoin, d’un accès à de l’eau et de plus de visites d’une popote roulante. « Les politiciens devraient comprendre qu’il existe différents types d’itinérants », affirme-t-il. « Chaque personne est différente et chaque personne devrait avoir un suivi différent. Quelqu’un qui est schizophrène n’a pas les mêmes besoins que quelqu’un qui est drogué, ou quelqu’un qui a juste tout perdu d’un coup. »

Les promesses d’offrir plus de logements ne suffiront pas, croit-il, car il en faut plus pour sortir quelqu’un de la rue pour de bon. « Tu donnes un logement à un itinérant et, un mois plus tard, il va le perdre », affirme celui qui a « chambré » à 25 adresses distinctes en près de 40 ans. « On parle souvent de “sans-abri”. J’ai une cabane. Est-ce que je suis sans abri ? »

Plus loin, Léo n’espère lui non plus pas grand-chose de la campagne électorale. Caché depuis six ans sous un viaduc de Montréal, il survit avec un lit, un tapis de carton et des gobelets de café comme décor.

Il a toutefois de bons mots pour la mairesse Plante. Quelques améliorations « à court terme » ont allégé son quotidien, comme l’ajout de refuges temporaires et plus d’argent pour les cantines populaires. Mais les grandes haltes-accueil ne conviennent pas aux gens comme lui, qui pourraient s’en sortir. « Les autres sans-abri peuvent être violents », confie-t-il. « C’est plus sûr d’être seul. Mettre des centaines de personnes dans un immeuble n’est pas la solution. »

Un accès plus direct à de l’argent du gouvernement l’aiderait, quoiqu’il ne voie pas comment il se paierait un vrai toit par les temps qui courent. « Je ne pourrais pas me payer un logement, même si j’étais sur le bien-être social », observe-t-il.

Plus de 3000 personnes vivent sans domicile fixe à Montréal, selon les estimations des organismes communautaires.

Le plan de sept organismes communautaires

 

Un premier plan « à long terme » de lutte contre l’itinérance a été dévoilé la semaine dernière par les sept plus grands organismes communautaires qui répondent aux besoins des personnes en situation d’itinérance. Ils espèrent briser le « cycle d’urgences perpétuelles » qui caractérise actuellement leur travail.

« On a une façon de faire qui date d’une centaine d’années : offrir de la soupe et une nuit à des personnes en situation d’urgence », explique au Devoir Sam Watts, président-directeur général de la Mission Bon Accueil.

Ces solutions « temporaires » ne permettent pas de sortir les gens de la rue, soutient-il avec ses collègues. Ainsi, le nombre de places en hébergement d’urgence diminuera de 600 à 200 d’ici 2026. Les refuges devraient en contrepartie rester ouverts 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Cet horaire est déjà en vigueur aux résidences de l’Hôtel-Dieu.

« Les services fournis doivent être conçus pour répondre aux besoins spécifiques des populations à risque, comme la communauté autochtone, et doivent être conçus de manière à favoriser l’intégration dans les quartiers de la ville où se trouvent les besoins », précisent les organismes dans le document titré « Un Pas de Plus ».

Sam Watts mise sur une étroite collaboration avec le prochain maire ou la prochaine mairesse pour combattre ce fléau qui ne cesse de croître. « Avec le statut de métropole, nous avons les pouvoirs de prendre en main la situation et d’aller chercher les ressources qui sont essentielles pour répondre à la crise », assure-t-il.

La Mission Bon Accueil, la Mission Old Brewery, la Maison du Père, l’Accueil Bonneau, CARE Montréal, Projets Autochtones du Québec et CAP Saint-Barnabé cosignent ce plan quinquennal.

Les promesses des candidats

Valérie Plante : Projet Montréal n’a pas encore dévoilé ni sa plateforme ni ses engagements en matière d’itinérance. La mairesse a toutefois déjà promis la construction de 60 000 logements abordables dans les prochaines années pour faciliter l’accès à la propriété.

 

Denis Coderre : Le chef d’Ensemble Montréal promet d’acheter un hôtel d’une trentaine de chambres pour le reconvertir en hébergement pour personnes itinérantes. Cette acquisition évaluée à 10 millions de dollars serait issue d’un partenariat entre la Ville de Montréal et le secteur hôtelier. Ensemble Montréal réclame aussi la prolongation des mesures hivernales dans les refuges, une augmentation des budgets destinés aux organismes communautaires ainsi qu’une hausse du nombre d’équipes mixtes policiers-intervenants sociaux.

 

Balarama Holness : Le chef de Mouvement Montréal s’engage à « suspendre les ordres d’expulsion des campements de logements temporaires jusqu’à ce que la ville atteigne un niveau suffisant de logements sociaux ». Il prévoit aussi construire 6000 « logements supervisés » pour les personnes vulnérables, notamment les personnes sans abri ou risquant de le devenir.

 

Marc-Antoine Desjardins : Ralliement pour Montréal propose un « chantier multipartite pour enrayer l’itinérance ». Une équipe mixte de policiers et de travailleurs sociaux, « incluant des policiers et travailleurs sociaux autochtones ou formés aux différentes cultures autochtones », permettra de « mieux comprendre les enjeux à la base ». Mettre à jour le Registre municipal sur l’itinérance et réaffirmer la « vocation de réinsertion sociale » des refuges figurent aussi dans le programme du parti.



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