Enquête réclamée à Repentigny sur la discrimination dans les écoles

Des parents noirs de Repentigny estiment que leurs enfants sont victimes de discrimination en raison de la couleur de leur peau dans les écoles du Centre de services scolaire des Affluents. Ils réclament une enquête. De son côté, le centre de service « réfute officiellement toute allégation à l’égard de gestes ou d’incidents racistes ».

L’histoire de René (nom fictif) commence bien. L’élève de l’école secondaire Jean-Baptiste-Meilleur reçoit chaque session des mentions d’excellence et de distinction. « On nous a dit qu’il serait intégré au programme international dès qu’une place serait libérée », raconte sa mère en entrevue au Devoir.

Mais l’appel n’est jamais venu, alors que ses camarades de classe étaient, eux, admis au programme. « Ceux qui passaient devant lui disaient qu’ils ne comprenaient pas, parce qu’il a de meilleures notes », soutient sa mère. Selon elle, les enfants noirs sont stigmatisés. Et elle n’est pas la seule à le croire.

Le Devoir a parlé à une dizaine de parents qui sont convaincus que leurs enfants sont victimes de préjugés à cause de la couleur de leur peau. Au point qu’ils se sont regroupés pour former le comité de parents racisés de Lanaudière.

« Les élèves noirs me disent que, lorsqu’il y a des interventions, les conséquences sont toujours plus lourdes pour eux que pour les blancs, affirme François Ducas, un enseignant noir qui travaillait jusqu’à tout récemment à l’école L’Horizon, à Repentigny. Les conséquences viennent plus rapidement et, aussitôt qu’il y a un petit problème, on appelle la police. »

Questionnée sur ces témoignages, la secrétaire générale du Centre de services scolaire des Affluents, Marie-Josée Lorion, « réfute officiellement toute allégation à cet effet ».

Elle n’a pas le droit de commenter les cas individuels, pour des raisons de confidentialité, mais insiste pour dire qu’il n’y a pas de racisme. « Ce que l’on remarque, c’est que, dans le traitement de certaines plaintes, concernant un classement ou une insatisfaction quelconque, souvent, à la fin de la plainte, lorsqu’on rétablit les faits, les parents sont à court d’arguments et vont alléguer que c’est du racisme […] Mais ce n’est pas du racisme. Il n’y en a vraiment pas. S’il y en avait, on interviendrait, ça, c’est sûr. »

Ce n’est pourtant pas ce que croit Jean, qui préfère ne pas donner son nom de famille pour protéger son enfant. Ce dernier a décidé de retirer son fils de l’école publique La Tourterelle pour l’envoyer au privé. Et ce, dit-il, après un échange « vitriolique » avec la direction, qui l’aurait accusé d’être dans le déni et de ne pas assumer ses responsabilités. Tout cela, dit-il, parce qu’il remettait en question le choix de la direction d’envoyer son fils dans une classe spécialisée.

« Je me voyais mal écouté et j’avais le sentiment que l’école avait étiqueté mon enfant, raconte-t-il. Si j’avais suivi les directives de l’école, on aurait retardé le parcours scolaire de mon fils alors qu’aujourd’hui, à l’école privée, il fonctionne très bien. »

Les élèves noirs me disent que, lorsqu’il y a des interventions, les conséquences sont toujours plus lourdes pour eux que pour les blancs. Les conséquences viennent plus rapidement et, aussitôt qu’il y a un petit problème, on appelle la police.

 

Même son de cloche pour Carole, qui a également demandé l’anonymat pour protéger son enfant dans la suite de son cheminement scolaire. Cette dernière s’opposait à la décision de l’école de le faire redoubler. La direction lui aurait alors dit que son fils ne réussirait pas sa 1re secondaire, qu’il allait décrocher et qu’il n’aurait jamais d’emploi. « J’ai trouvé ça vraiment déplacé comme commentaire », dénonce-t-elle. Une évaluation aurait par la suite démontré qu’il était apte à faire son année scolaire normalement. Carole a donc fait une demande pour changer son fils d’école, estimant qu’il était victime de « racisme systémique ».

Cynthia Allaire, de son côté, raconte que son fils était en situation d’échec en mathématiques, mais qu’il n’a eu droit à aucune ressource pour l’aider. « On me répondait qu’il y avait d’autres enfants qui étaient plus en difficulté que lui », dénonce la mère. Au secondaire, une orthopédagogue lui aurait indiqué que son fils avait perdu l’équivalent de quatre ans en raison de cette « négligence ».

Respect

Nathalie Simon, présidente du comité des parents racisés de Lanaudière et elle-même enseignante au primaire, reconnaît que sa fille a eu de graves « problèmes de motivation » et des difficultés scolaires l’an dernier. Elle cumulait un grand nombre d’absences et a été suspendue à maintes reprises pour cette raison. Mais, selon Mme Simon, l’école fait des « lois différentes » pour sa fille.

Elle dénonce également un manque de respect de la direction à son égard. Ainsi, dans un échange qu’elle a enregistré avec le directeur de l’école, Christian Béliveau, celui-ci l’accuse de se « mettre la tête dans le sable » en refusant de voir les difficultés de sa fille. Lorsque la mère tente de faire valoir ses droits en citant une conversation qu’elle a eue avec un représentant du ministère de l’Éducation, le directeur lui répond : « Ils doivent être tannés de vous entendre. »

Quand on lui demande si les propos du directeur étaient appropriés, la secrétaire générale du centre de services scolaires reconnaît qu’il s’agit d’un « choix malheureux de mots », mais répète que ce n’est pas du racisme. « Quel est le lien avec le racisme ? Il y a des parents qui s’acharnent beaucoup. »

Plusieurs parents disent avoir tenté de porter plainte au centre de services scolaire, mais qu’il n’y avait jamais de suites. Mme Lorion soutient, de son côté, qu’il se peut que certaines plaintes ne soient pas retenues, mais que « chacun a la possibilité de faire une plainte et d’être entendu ».

« Rien n’a changé »

En 2011, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) déposait un rapport sur le « profilage racial et la discrimination systémique » dans le milieu scolaire. « Plus de dix ans plus tard, rien n’a changé », déplore Pierre Richard Thomas, responsable de l’organisme communautaire Lakay Media à Repentigny.

« Tout laisse penser que les jeunes racisés sont plus à risque de faire l’objet de traitements discriminatoires dans le cadre des actions reliées à l’ordre ou la sécurité publique, d’être sanctionnés pour des infractions au code de vie de leur école, d’être dirigés vers des parcours scolaires mal adaptés à leurs besoins ou encore d’être signalés et pris en charge par la DPJ », écrivent les auteurs du rapport. Les jeunes noirs font l’objet d’une « surveillance plus intense », et les mesures punitives viennent plus rapidement, ajoutent-ils.

Ils notent que les jeunes racisés subissent un « étiquetage », en raison d’« attentes à la baisse à leur endroit », ce qui va « réduire le champ des possibilités » pour ces élèves. Ils « tendent à être envoyés dans des classes spéciales » un phénomène jugé « préoccupant ».

Questionnée sur les constats de ce rapport, qui reprennent plusieurs des allégations faites par les parents de la communauté noire de Repentigny, Marie-Josée Lorion demande si le Centre de services scolaire des Affluents y est nommé spécifiquement. En apprenant que ce n’est pas le cas, puisque la CDPDJ aborde le problème de façon plus large, Mme Lorion répète qu’elle « réfute ces allégations ».

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