Un policier coupable d’agression armée envers un homme autochtone à Salluit

Les événements se sont déroulés à Salluit, dans le nord du Québec, le soir du 7 mai 2019.
Photo: Ian Schofield Creative Commons Les événements se sont déroulés à Salluit, dans le nord du Québec, le soir du 7 mai 2019.

Le policier Mathieu Paré, âgé de 28 ans, a été reconnu coupable d’agression armée ayant causé des lésions à un homme autochtone et d’avoir incité sa collègue à faire une fausse déclaration pour se couvrir. Il s’agit du sixième policier à être condamné à la suite de plaintes déposées par des Autochtones depuis 2015, selon une compilation du Devoir.

Les événements se déroulent à Salluit, dans le nord du Québec, le soir du 7 mai 2019. C’est le dernier quart de travail du policier Mathieu Paré, qui s’apprête à être transféré dans une autre communauté. « Au début de [son quart de travail], il mentionne à sa partenaire qu’il veut que ça brasse », relate le juge Jean-Pierre Gervais dans sa décision, rendue jeudi au palais de justice de Val-d’Or.

À la suite d’un appel pour violence, le duo se rend au domicile de Joanasie Angutigirk et arrête l’homme, qui était intoxiqué. Les policiers installent M. Angutigirk sur la banquette arrière de la camionnette et se dirigent vers le poste de police. Mathieu Paré, qui est au volant, sourit à sa collègue en disant : « Hé hé hé », puis freine brusquement. La tête du passager heurte alors la vitre qui sépare l’avant de l’habitacle de l’arrière, ce qui occasionne une blessure au front de M. Angutigirk. Il saigne abondamment, ce qui obligera les policiers à l’emmener à l’infirmerie pour qu’il se fasse faire des points de suture.

Au début de [son quart de travail], il mentionne à sa partenaire qu’il veut que ça brasse

 

Dans la voiture, l’agente Camille Du Sablon « regarde alors son collègue et lui demande : “qu’est-ce que t’as fait” ? Ce à quoi il répond : “je pensais pas que ça allait saigner comme ça” ».

Geste volontaire

De retour au poste, l’agent Paré demande à sa collègue d’indiquer dans son rapport qu’il y avait des enfants dans la rue pour expliquer ce freinage brusque, ajoutant que « anyway, c’est un batteur de femme ». L’agente Du Sablon va plutôt rapporter les événements à ses supérieurs, ce qui mènera au dépôt d’accusations contre Mathieu Paré.

La policière affirme ne pas avoir vu d’enfants, mais reconnaît qu’elle n’avait pas les yeux sur la route au moment du freinage, puisqu’elle s’adressait au passager à l’arrière du véhicule. Le passager tout comme son voisin, qui était en train de fumer sur son balcon, soutiennent eux aussi qu’ils n’ont rien vu sur la route au moment des faits.

L’accusé s’est abstenu de présenter une défense. Revenant sur les faits qui ont été présentés devant lui, le juge Gervais estime qu’il s’agissait d’un « geste volontaire ».

« Ses réactions subséquentes ainsi que sa demande qu’on indique au rapport qu’il y avait présence d’enfants dans la rue et les termes choisis alors ne peuvent que renforcer la conviction du Tribunal en ce sens », ajoute le juge.

Mathieu Paré a été reconnu coupable de voies de fait à l’endroit de Joanasie Angutigirk et d’avoir conseillé à Camille Du Sablon de commettre une infraction criminelle, soit une entrave à la justice en rédigeant un rapport inexact. Les parties reviendront devant le juge le 23 novembre prochain à Val-d’Or pour les observations sur la peine.

En décembre dernier, Le Devoir relatait que 213 plaintes avaient été déposées contre des policiers par des Autochtones depuis 2015. Au terme des enquêtes du SPVM ou du Bureau des enquêtes indépendantes, 17 policiers ont été formellement accusés. Plusieurs de ces dossiers, dont celui de Mathieu Paré, étaient alors toujours devant les tribunaux. Mathieu Paré est donc le sixième policier à avoir été reconnu coupable au terme des procédures. Deux ont été acquittés, deux sont décédés avant la fin du processus judiciaire et un juge a ordonné l’arrêt des procédures dans un autre dossier. Six dossiers sont toujours en cours.


Une version précédente de ce texte, qui indiquait que 231 plaintes ont été déposées contre des policiers par des Autochtones depuis 2015, a été corrigée. Aussi, les parties ne reviendront pas devant le juge le 3 novembre, mais le 23 novembre.

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