La famille d’un homme noir abattu à Repentigny portera plainte pour racisme systémique

Marie-Mireille Bence, mère de Jean-Rene Jr. Olivier, a pris la parole lors de la conférence de presse, le 26 septembre. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Marie-Mireille Bence, mère de Jean-Rene Jr. Olivier, a pris la parole lors de la conférence de presse, le 26 septembre. 

Presque deux mois après la mort de son fils, abattu par des policiers de Repentigny, Marie-Mireille Bence annonce qu’elle déposera prochainement une plainte de racisme systémique auprès de la Commission des droits de la personne et une autre en déontologie policière contre les agents impliqués.

Mme Bence souhaite aller de l’avant parce qu’elle reproche au Service de police de la Ville de Repentigny (SPVR) et au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) un manque de communication et de transparence.

« La justice me doit ce droit à l’information et à la transparence. J’aimerais savoir dans tout ça : pourquoi on a assassiné mon fils avec trois balles dans son estomac ? » a-t-elle dit en conférence de presse, dimanche matin.

Son fils Jean René Junior Olivier, un homme noir de 37 ans, est mort lors d’une intervention policière dans un quartier résidentiel de Repentigny, en août dernier.

Mme Bence avait appelé les services d’urgence en raison de l’état de son fils. À la suite de l’événement, le BEI a ouvert une enquête sur le travail des policiers. Selon le Bureau, les agents du SPVR avaient répondu à un appel concernant « une personne confuse et désorganisée, armée d’un couteau », qui se serait montrée menaçante envers les policiers. Après avoir tenté de le raisonner, ces derniers auraient ensuite tiré plusieurs coups de feu en sa direction et l’auraient atteint mortellement.

Le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Fo Niemi, dit que la famille n’a pas trop confiance en l’enquête du BEI. « Jusqu’à maintenant, il n’y a pas beaucoup d’informations qui circulent. Elle ne connaît même pas le nom des policiers impliqués », a-t-il expliqué.

Le CRARR accompagnera Mme Bence dans ses démarches.

Mme Bence se demande si l’intervention auprès de son fils a été « teintée du racisme systémique, inconscient et institutionnalisé ».

Elle base son questionnement sur un rapport datant de juin, rédigé par des professeurs universitaires et commandé par le SPVR. La recherche conclut qu’une personne issue de la communauté noire est de 2,5 à 3 fois plus susceptible de se faire interpeller par les policiers qu’une personne appartenant à la majorité blanche.

Plan d’action critiqué

La préparation des deux plaintes survient par ailleurs environ une semaine après que le SPVR eut rendu public son plan d’action pour devenir « un service réellement inclusif ». Des organismes de la communauté noire de la ville expriment toutefois des réserves concernant ce document.

Ils reprochent d’avoir été mis de côté dans son élaboration et condamnent le fait que le document évite de reconnaître le racisme anti-noir.

« Ce qu’on demande, c’est que les gens des communautés noires de Repentigny soient inclus dans la recherche de solutions pour essayer de résoudre ce problème », a soutenu le président de Lakay Média, Pierre Richard Thomas.

Pour M. Niemi, les personnes noires de la ville pourraient être impliquées dans un comité consultatif avec la tenue de réunions régulières.

Le Regroupement des résidents noirs de Repentigny déplore aussi que le plan parle de « groupes sociaux » et de la « communauté », sans jamais faire référence aux personnes noires.

« On dirait que nous n’existons pas », a affirmé le président, Pierre Yvenert.

La Ville prévoit mettre en œuvre différentes mesures sur les cinq prochaines années, ce qui paraît « trop long » pour les intervenants qui veulent des actions immédiates.

« C’est comme si, dans cinq ans, nous allions continuer à vivre comme maintenant. Le profilage cause beaucoup de torts dans nos communautés. Nous ne pouvons pas attendre 2026 pour avoir des solutions », a mentionné M. Yvenert.

M. Niemi souhaite une révision en profondeur des politiques, des directives et des pratiques du service policier qui est visé actuellement par une douzaine de plaintes à la Commission des droits de la personne.

Le plan élaboré par l’Agence Uena prévoit cinq objectifs principaux couvrant entre autres la culture organisationnelle, les communications et les ressources humaines. Une cinquantaine d’actions découleront de ces objectifs.

« Notre plan d’action vise un changement organisationnel, basé sur une approche d’équité et de diversité et qui va au-delà du profilage racial. Il a été développé en tenant compte des réalités internes et des préoccupations des organisations présentes sur le territoire », avait expliqué la directrice du SPVR, Helen Dion, plus tôt ce mois-ci dans un communiqué.

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