La direction de Herron pensait recevoir de l’aide du CIUSSS, non des critiques

Les cadres du CIUSSS ont témoigné devant la coroner d’une situation extrêmement difficile au CHSLD Herron, avec des résidents déshydratés, qui n’avaient pas été nourris, qui étaient sales, dans certains cas.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne

Les cadres du CIUSSS ont témoigné devant la coroner d’une situation extrêmement difficile au CHSLD Herron, avec des résidents déshydratés, qui n’avaient pas été nourris, qui étaient sales, dans certains cas.

La propriétaire du CHSLD Herron, Samantha Chowieri, affirme qu’elle a été d’abord soulagée de voir le CIUSSS débarquer dans son établissement, le 29 mars 2020. Elle croyait obtenir enfin de l’aide, alors que la COVID-19 frappait. Mais elle s’est plutôt fait reprocher le traitement réservé à ses résidants, en parlant de « maltraitance ».

Mme Chowieri a débuté mercredi après-midi son témoignage devant la coroner Géhane Kamel, qui enquête sur le décès d’aînés vulnérables lors de la première vague de la COVID-19, au printemps 2020.

Elle a témoigné du fait que son CHSLD, qui éprouvait des difficultés à recruter du personnel, avait demandé de l’aide au CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal le 27 et le 28 mars.

Voilà pourquoi elle était soulagée lorsque des cadres du CIUSSS sont arrivés à Herron le 29 mars. « Quand le gouvernement est arrivé, j’avais espoir pour les résidants », a-t-elle lancé.

Mais elle a vite déchanté. Elle affirme qu’une cadre du CIUSSS lui a ensuite parlé de « maltraitance » envers les résidants, lui a dit que le centre « ne va pas depuis longue date » et lui a demandé si elle était juste là pour faire de l’argent.

Plus tôt dans l’enquête de la coroner, des témoins ont relaté que dès le 29 mars, ils avaient pu voir à Herron des résidants déshydratés, qui n’avaient pas mangé et qui étaient sales.

La coroner a elle-même souligné que Mme Chowieri et son groupe Katasa n’avaient guère d’expérience dans la gestion d’un CHSLD. Ils exploitaient aussi des Résidences privées pour aînés (RPA), mais un seul Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), soit celui de Herron. La clientèle est plus lourde dans un CHSLD que dans une RPA.

La coroner les a comparés à des pompiers recrus qu’on envoie pour éteindre un incendie au World Trade Center.

En plus de déplorer l’attitude du CIUSSS à son endroit, Mme Chowieri a aussi soutenu qu’elle ne savait pas ce que le CIUSSS attendait d’elle et de son organisation, puisqu’il en prenait charge.

Orienté vers le bien-être des résidants

Avant la propriétaire, Mme Chowieri, l’ancien directeur du CHSLD Herron, Andrei Stanica, a assuré qu’il était « orienté vers le bien-être des résidants » et que c’était là sa priorité.

Les cadres du CIUSSS arrivés le 29 mars ont témoigné devant la coroner d’une situation extrêmement difficile, avec des résidants déshydratés, qui n’avaient pas été nourris, qui étaient sales, dans certains cas.

Interrogé à ce sujet, M. Stanica a répondu qu’il n’avait « aucune information d’une situation problématique » vers le 27 ou 29 mars.

La coroner est alors intervenue pour lui dire qu’elle trouvait personnellement « catastrophique » que des personnes âgées vulnérables n’aient ni bu ni mangé, le 29 mars. « Même les animaux sont nourris », lui a-t-elle lancé.

Le témoignage de Mme Chowieri se poursuivra jeudi.

À voir en vidéo