Résultats du scrutin: «Une bonne journée pour les sondeurs»

Un faible taux de participation casse la tête des prévisionnistes. On frisera probablement les 62 ou les 63% cette fois, ce qui reste dans la moyenne faible des dernières décennies.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Un faible taux de participation casse la tête des prévisionnistes. On frisera probablement les 62 ou les 63% cette fois, ce qui reste dans la moyenne faible des dernières décennies.

Pile-poil. La firme Léger a prédit les résultats des élections fédérales à peu près parfaitement. Même en tenant compte d’une marge d’erreur très serrée.

Le 17 septembre, trois jours avant les élections, le coup de sonde de la firme québécoise accordait 32 % des intentions de vote au Parti libéral et 33 % au Parti conservateur. Une semaine plus tôt, les deux partis bataillaient à égalité à 32 % dans les tableaux de Léger, et le 6 septembre à 33 % chacun cette fois.

Au décompte de mardi après-midi, le PLC faisait le plein de 32,24 % des voix, et le PCC de 33,96 %. Les dernières prévisions pour le Bloc (7 % prédits, contre 7,8 % dans l’urne) et pour le Parti populaire du Canada (6 %, contre 5 %) cadraient également. Le score du NPD a été légèrement surévalué (à 19 %, pour un résultat final de 17,7 %). On répète : pile poil, ou tout comme.

« On est très contents, dit Jean-Marc Léger. On travaille tellement fort. C’est aussi ironique que pendant cette campagne électorale, aucune autre maison québécoise n’ait publié de sondage. Personne ne l’a noté. Nous avons été les seuls à publier et c’est notre firme, une firme québécoise, qui a été la plus précise à l’échelle canadienne, comme nous avons été très précis au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique. C’est la clé du succès. »

Pas de fausse modestie, donc, au lendemain de l’intraitable épreuve du réel ? « Surtout pas, répond M. Léger. Une campagne, c’est un moment très délicat, sous pression. Les gens des partis politiques nous haïssent tous. »

Même ceux placés en tête ? « Ah oui, ah oui, assure le sondeur. Ce n’est jamais à leur goût. Si vous saviez le nombre d’appels que j’ai pour des plaintes. Mais quand tout le monde nous hait, c’est bon signe. C’est un peu comme pour les journalistes, quoi. »

Nuancer les ratés

Le reste de la classe des sondeurs n’a pas du tout mal fait. Et des sondages, on en a eu à la pelle. La page Wikipédia consacrée au sujet en liste près de 140 réalisés entre le 15 août et le 19 septembre derniers par une dizaine de firmes provenant effectivement toutes sauf une du Rest of Canada (Nanos, Ekos, Mainstreet, Abacus, Angus Reid, etc.).

 

« C’est une bonne journée pour les sondeurs », dit Claire Durand, professeure titulaire au Département de sociologie de l’Université de Montréal, spécialiste incontournable de cette technique bien particulière pour lire dans les entrailles des citoyens. Elle généralise l’appréciation très positive et passe finalement la pommade sur tout le groupe, ou presque.

Comme M. Léger, Mme Durand corrige aussi l’impression que les sondeurs se trompent souvent quand ils tentent de suivre l’électorat.

La professeure a méticuleusement étudié toutes les élections fédérales depuis 2000, et une seule (en 2004) a enregistré des différences marquées entre les sondages et les urnes.

Il y a eu des ratés, oui, comme aux élections provinciales de 2018 au Québec, quand l’effondrement historique et catastrophique du Parti libéral et la poussée faramineuse de la CAQ ont échappé aux baromètres. Il y avait eu des cas semblables de projections farfelues en Alberta en 2012 et en Colombie-Britannique en 2013, là-bas, avec un écart de 17 points entre le virtuel et le réel.

« En 2018, selon les analyses que nous avons faites, mon collègue André Blais et moi, en administrant un sondage postélection, il semble que les gens ont changé d’idée dans la dernière fin de semaine et même le jour du vote, dit la professeure Durand. Il y a donc eu un glissement du Parti libéral vers la CAQ. L’opinion a changé à la dernière minute. »

Le défi de l’échantillonnage

Cela dit, un faible taux de participation casse la tête des prévisionnistes. On frisera probablement les 62 ou les 63 % cette fois, ce qui reste dans la moyenne faible des dernières décennies.

« Pour un sondeur, il faut alors travailler fort pour identifier les bonnes personnes », dit M. Léger. Lui-même dit bien performer grâce à son panel de référence unique, un bassin de 400 000 adultes canadiens, soit un citoyen sur 100, qui lui permet de construire un échantillon fiable questionné en ligne.

« J’ai investi des millions dans cette réalisation, dit le président Léger. C’est le plus gros panel au pays. Il nous appartient et il est renouvelé en permanence. Nous contrôlons l’échantillon. »

Surtout, au total, pour réduire les chances d’errer royalement, la professeure Durand recommande de consulter le plus de sondages possible pour finalement établir des tendances, des moyennes. Les agrégateurs de sondage (les pages Wikipédia, 338Canada, Qc125, etc.) rassemblent et comparent les données.

Là encore, M. Léger, de la firme Léger, ne peut qu’acquiescer. « Un sondage, c’est une photo de l’événement. Une photo, ce n’est pas assez. Il faut regarder le film de l’événement, plusieurs photos sur plusieurs semaines. »



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