CHSLD Herron: «c’était l’hécatombe» encore les 7 et 8 avril 2020, relate un témoin

Au CHSLD Herron, même rendu au 7, 8 ou 9 avril 2020, c’était « l’hécatombe ». Une de ces journées, il y avait un résidant qui décédait toutes les heures.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au CHSLD Herron, même rendu au 7, 8 ou 9 avril 2020, c’était « l’hécatombe ». Une de ces journées, il y avait un résidant qui décédait toutes les heures.

Au CHSLD Herron, même rendu au 7, 8 ou 9 avril 2020, c’était « l’hécatombe ». Une de ces journées, il y avait un résidant qui décédait toutes les heures, s’est rappelé mardi Alexandre Mercier, du service des ressources humaines du CIUSSS qui était venu sur place.

Une de ses collègues du CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal s’est demandé à voix haute comment ces résidants allaient pouvoir passer le mois.

Le CIUSSS était pourtant arrivé en renfort au CHSLD Herron de Dorval dès le 29 mars. Mais ce sont des cadres qui avaient été déployés au départ, et non des employés terrain, bien que certains de ceux-ci avaient une formation d’infirmière et qu’ils aient dispensé des soins comme préposés, en hydratant les résidants et en les lavant.

Pourtant, encore le 7 avril, lorsqu’il s’est lui-même rendu sur place, M. Mercier a entendu des résidants « crier, râler », qui cherchaient des gens du regard.

Il a décrit la « désorganisation totale de la résidence ». Il fallait littéralement partir un centre d’hébergement à partir de zéro, a lancé le témoin.

La coroner Géhane Kamel, qui mène l’enquête, a demandé pourquoi ces résidants n’avaient pas été transférés dans d’autres établissements, quand on a vu à quel point il y manquait de personnel et d’équipement.

Le témoin a avancé que le CIUSSS ne voulait sans doute pas surcharger les unités de soins intensifs et les urgences des autres établissements, qui étaient aussi aux prises avec un manque de personnel généralisé. Aussi, il ne voulait pas répandre davantage la COVID-19 dans les autres établissements, a-t-il suggéré.

« Ça fait qu’on les a sacrifiés », a conclu la coroner.

M. Mercier a dit croire « assurément » que l’ambiguïté qui a persisté quant à la prise en charge ou la tutelle du CHSLD Herron par le CIUSSS a contribué au chaos.

D’ailleurs, l’interprétation de ce que signifiait cette prise en charge par le CIUSSS et cette tutelle partielle ou pas varie d’un témoin à l’autre.

Un second témoin, spécialisé en prévention des infections, est venu témoigner de plusieurs lacunes qui sévissaient en la matière au CHSLD Herron dès le 30 mars.

C’est d’ailleurs pour cette raison que c’est tout le CHSLD qui a été considéré comme une zone rouge, a-t-elle expliqué. Comme le personnel n’avait pas disposé d’équipement de protection suffisant, au début de la crise, il avait vraisemblablement contaminé des résidants sans le savoir. Par précaution, il était donc préférable de considérer tout l’établissement comme une zone rouge, a-t-elle expliqué.

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