La grogne contre les vaccins et les mesures sanitaires, dès le XIXe siècle

La résistance aux vaccins remonte à l’avènement du premier vaccin, soit l’antivariolique, comme le représente cette caricature d’époque
Photo: Collection Denis Goulet La résistance aux vaccins remonte à l’avènement du premier vaccin, soit l’antivariolique, comme le représente cette caricature d’époque

Le mépris pour les vaccins et l’opposition aux mesures sanitaires ne datent pas d’hier. Les histoires d’épidémies ont toujours été jalonnées de violences et de complotisme, raconte Denis Goulet, spécialiste en histoire de la médecine et des maladies.

Dans sa Brève histoire des épidémies au Québec, le professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal établit que le vaccino-scepticisme apparaît en même temps que l’inoculation à grande échelle du tout premier vaccin – le vaccin antivariolique – à la fin du XIXe siècle.

« Des émeutes éclatent les 28 et 29 septembre [1885] », écrit Denis Goulet dans son ouvrage paru à l’été 2020. « La foule lacère les affiches ordonnant la vaccination ou placardées sur des maisons contaminées. Elle assiège le bureau de santé du faubourg de l’Est, y met le feu, puis se dirige vers l’hôtel de ville et y brise des vitres. La police charge à coups de bâton. »

Les feux de la colère s’allument par la « façon assez brusque » qu’a le gouvernement d’exiger la vaccination. « À cette époque, les vaccins étaient méconnus de la population, et on l’a fait sans information. On a décrété une vaccination obligatoire sans informer les gens du rôle de la vaccination. Évidemment, il n’a pas manqué d’opposants pour mettre en évidence que le vaccin était en fait un poison », explique Denis Goulet.

La répression des autorités, qui retirent les enfants variolés de leur famille pour les confiner dans les hôpitaux, contribue aussi à la méfiance de la population.

Des théories du complot circulent aussi dès le XIXe siècle. Certaines élites canadiennes-françaises, « dont un certain docteur Coderre », rejettent la responsabilité de la variole sur le Bureau de la santé de Montréal, contrôlé par des anglophones.

« Le Bureau de la santé de Montréal voulait affaiblir la race canadienne-française en les empoisonnant par la vaccination, disait-on. Il y a eu plusieurs rumeurs. » Malgré ces émeutes, « la population a quand même été docile face à ce nouveau moyen prophylactique », d’ajouter l’historien. « Pourquoi ? Parce qu’on avait très peur des maladies infectieuses, qui étaient la principale cause de mortalité, tant chez les adultes que chez les enfants, à cette époque-là. »

La résistance aux vaccins reste discrète lors de l’épidémie de grippe espagnole, car aucun vaccin n’était alors disponible contre les virus, contrairement aux bactéries étudiées depuis longtemps. « Les virus ne peuvent être observés qu’avec un microscope électronique, qui va apparaître seulement vers 1938 », relate l’historien.

Cette méconnaissance alimentera à nouveau les complots autour de l’origine dudit virus. Certains évoquent une perturbation atmosphérique, d’autres vont imaginer un empoisonnement par les Allemands dans les tranchées et transportés par les soldats durant la démobilisation.

Notons qu’avant l’avènement de la méthode scientifique, les médecins précédaient par vérification empirique. Ces déductions préscientifiques marqueront le nom des maladies : l’influenza désigne l’influence des astres, tandis que la malaria évoque le mauvais air.

L’Église, vecteur de maladies et de soins

L’Église a longtemps joué un rôle de vecteur de la maladie. « On rejetait l’idée que c’était une cause naturelle pour plutôt invoquer une cause surnaturelle », relate Denis Goulet. La maladie relevait d’un « châtiment divin ».

C’est ainsi que l’évêque de Québec organise des processions dans la ville en pleine épidémie de choléra. Pendant la grippe espagnole, les autorités ecclésiastiques refusent d’abandonner la messe le dimanche. « Le service religieux était jugé plus important que la prévention. »

A contrario, le clergé pèsera lourd dans la formation des premiers infectiologues québécois. Fervents du catholique Louis Pasteur, les pères de l’époque envoient leurs ouailles étudier en France les travaux du pionnier de la microbiologie. Les taux de mortalité considérables à cause de la tuberculose facilitent aussi l’adoption du vaccin dans la population québécoise.

Denis Goulet rappelle qu’au fil de l’histoire, « les gens, en général, ont adopté les règles de propreté et d’hygiène dans la mesure où ils en avaient les moyens ».

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 20 septembre 2021. Pour vous abonner, cliquez ici.

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