Cap sur la grande ville

La néo-Montréalaise Marie-Claude Roux a fait le choix de quitter la Rive-Sud, dans la région de Montréal, pour la métropole lors de la pandémie, attirée par la vie «trépidante» que lui offrait ce changement.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La néo-Montréalaise Marie-Claude Roux a fait le choix de quitter la Rive-Sud, dans la région de Montréal, pour la métropole lors de la pandémie, attirée par la vie «trépidante» que lui offrait ce changement.

Depuis le début de la pandémie, les grands centres urbains québécois ont perdu en popularité. En 2019-2020, 62 900 personnes ont quitté Montréal, souvent attirées par les grands espaces de la banlieue et de la campagne. Des milliers de personnes ont toutefois décidé de faire le chemin inverse, sans regret. Regard sur ce qui rend encore la métropole attirante, malgré tout.

Lucie Masse parle de Montréal avec enthousiasme, en flattant sa chienne Taxi, posée sur ses genoux dans sa maison de Rosemont–La Petite-Patrie.

« On demeure dans un quartier vraiment sympathique, raconte la retraitée de 65 ans. Il y a le cinéma Beaubien pas loin, il y avait des projections de films en plein air cet été. C’est très vivant. On est allées à une manifestation le 1er juillet pour les Autochtones, c’était vivant, c’était jeune. »

À une autre époque, cette ancienne chercheuse en agroenvironnement rêvait pourtant de la vie à la campagne, avec une grande maison et un potager. C’est ce qu’elle a possédé pendant 22 ans, soit une propriété d’un peu plus d’un hectare à Hatley, dans les Cantons-de-l’Est. Mais depuis environ cinq ans, Lucie Masse et sa conjointe, Maya, avaient de nouvelles envies.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Après 22 ans passés à la campagne, Lucie Masse et sa conjointe, qui ont déménagé à Montréal en juin dernier, ont été charmées par la spontanéité qu'offre la vie en ville.

« Plus d’action, de culture, de diversité, de spontanéité. À la campagne, tout est loin, donc c’est difficile de faire des choses spontanées », précise la nouvelle citadine.

C’est donc en juin que les deux femmes ont déménagé à Montréal, après avoir vendu en trois jours leur maison de Hatley. Maya a entrepris un doctorat en histoire de l’art. Leurs attentes à l’égard de la grande ville ont été comblées.

Mme Masse liste les éléments qui suscitent son émerveillement : les pistes cyclables, les rues piétonnes, les ruelles vertes, les plates-bandes végétalisées sur les trottoirs.

Plus d’action, de culture, de diversité, de spontanéité. À la campagne, tout est loin, donc c’est difficile de faire des choses spontanées.

L’effet pandémie

Pour Camille-Léa Simard, son coup de cœur, c’est le Bixi. « L’économie du partage, j’aime vraiment ça. Me promener à vélo et que ça ne coûte presque rien… C’est super simple, super rapide, l’application va bien », souligne la trentenaire originaire de Saguenay.

Elle et son conjoint entretenaient aussi un désir d’urbanité depuis quelques années. Mais c’est la pandémie qui leur a permis de le satisfaire. La salle de diffusion culturelle de son conjoint a dû fermer ses portes, le laissant sans travail. « On voyait davantage de possibilités dans le milieu événementiel et culturel à Montréal. Il a postulé à trois emplois, et il a eu les trois », explique la conseillère en finances personnelles pour une clientèle jeunesse.

Mme Simard n’a même pas eu besoin de quitter son emploi, malgré les plus de 450 km qui séparent son bureau de son nouveau domicile. « J’étais en télétravail depuis un bout de temps, alors mon employeur m’a dit qu’il n’y avait pas de problème à ce que je déménage », dit-elle.

En même temps, la pandémie a incité sa sœur, qui vivait à Montréal, à retourner vivre à Saguenay. Ce jeu de chaises musicales a permis à Camille-Léa Simard de lui louer sa maison et de ne pas la vendre, pour son plus grand bonheur.

On voyait davantage de possibilités dans le milieu événementiel et culturel à Montréal.

Le couple a fait son arrivée à Montréal en juillet 2021, à l’heure d’un assouplissement généralisé des mesures sanitaires. « Beaucoup de choses avaient fermé au Saguenay, alors c’était plus limité pour les sorties, les restaurants. Là, on est servis sur un plateau d’argent », se réjouit celle qui apprécie particulièrement la diversité des commerces de proximité, l’offre de spectacles et le multiculturalisme.

« Je me suis inscrite à un cours d’espagnol. Au Saguenay, j’avais regardé, et il n’y avait pas une très grande offre. Ici, j’avais l’embarras du choix de la journée et du style d’apprentissage », note-t-elle.

Se rapprocher de son fils

En quittant la Rive-Sud pour un quartier central de Montréal, en juillet 2020, Marie-Claude Roux souhaitait pour sa part se rapprocher de son fils. « Je me disais : c’est fou, c’est étrange de faire le chemin contraire à la plupart des gens », se souvient-elle depuis le balcon de son appartement en hauteur de Rosemont-La Petite-Patrie, surplombant une centaine de logements blanc et noir.

Mais cette pharmacienne retraitée n’allait pas bouder la « trépidante » vie montréalaise. « Tout est à découvrir. Je marche beaucoup, j’aime particulièrement les parcs, le Jardin botanique », dit-elle, ravie.

Il n’a pas été facile de se faire des amis en pleine pandémie, reconnaît-elle toutefois. Bien qu’elle croise ses voisins, l’absence d’activités sociales en personne ne lui a pas permis d’apprendre à les connaître réellement. C’est en faisant du bénévolat à l’hôpital Sainte-Justine qu’elle a combattu la solitude.

L’adaptation

Évidemment, un tel changement de mode de vie engendre quelques frustrations. Pour Mme Roux, c’est le trafic. « Ça m’a pris un an pour m’habituer à la circulation. Il y a des vélos qui arrivent de partout, c’est stressant de conduire en ville », juge-t-elle.

Camille-Léa Simard, elle, en a contre le « casse-tête » qu’est la gestion du stationnement de sa voiture dans les rues de la métropole. De son côté, Lucie Masse vit deux difficultés : le bruit incessant et le manque de solitude. « À la campagne, je pouvais marcher deux heures et ne rencontrer personne », se remémore-t-elle avec nostalgie.

Mais rien de tout ça n’ébranle le choix de ces néocitadines. Elles ont toutes l’intention de rester à Montréal à long terme, peu importe le sens du courant.



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