Forte opposition au projet de Ray-Mont Logistiques

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté contre le projet de plateforme de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques.
Photo: Lise Denis Le Devoir Plusieurs centaines de personnes ont manifesté contre le projet de plateforme de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques.

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté contre le projet de plateforme de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques, dans l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve. Les résidents craignent que la circulation et l’entreposage de centaines de conteneurs, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, nuisent à leur santé, leur tranquillité et à la qualité de vie du quartier.

« Plus on en apprend plus j’ai peur pour l’avenir de mon quartier, de ma rue et celui de mes enfants », déplore Marc-André Robertson, propriétaire d’un appartement à seulement 150 m du chantier. « Mes enfants jouent dans la ruelle, faque les containers, le bruit et la poussière, je suis pas trop pour ça. »

Dans une lettre adressée jeudi à Benoit Charrette, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a demandé « d’évaluer la possibilité » de soumettre le projet à un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Mme Plante fait référence à l’article 31.1.1 de la Loi sur la qualité de l’environnement, grâce auquel le ministre peut décider exceptionnellement d’assujettir un projet à un examen si « les enjeux environnementaux que peut susciter le projet sont majeurs et que les préoccupations du public le justifient ».

En mai, plus de 4000 signataires d’une pétition réclamaient déjà l’évaluation des impacts du projet sur l’environnement, la santé et la qualité de vie.

« Ce sont des pas dans la bonne direction, mais il n’y a rien qui s’arrête aujourd’hui avec une pétition et une motion. Nous, ce qu’on veut, c’est un parc nature, puis on va s’arrêter quand on va l’avoir ! » a lancé sous les applaudissements Anaïs Houde, porte-parole de Mobilisation 6600 parc-nature MHM, le mouvement citoyen organisateur de la manifestation.

Un projet digne du « 20e siècle »

Les politiciens présents, d’horizons variés, ont tous insisté sur l’importance du BAPE. Paul St-Pierre Plamondon a réitéré la prise de position du Parti québécois, qui saisira « la semaine prochaine l’assemblée nationale en déposant une motion et en forçant la CAQ à répondre si oui ou non, il y a aura un BAPE. »

Le chef de Québec Solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, était lui aussi présent aux côtes du député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc. « Ce qui nous dérange le plus, c’est la manière dont on est en train d’imposer à un quartier tout entier un projet qui est rétrograde, qui s’inscrit dans une vision du développement de l’économie du 20e siècle. C’est un projet qui est polluant et qui va détériorer la qualité de vie des gens », a-t-il déclaré.

« Ce n’est pas le renouveau d’un lourd passé industriel que l’on souhaite dans l’est de Montréal », a renchéri Soraya Martinez Ferrada, députée libérale sortante d’Hochelaga.

Protéger le vivre-ensemble

« Il y a plein de choses qu’on peut faire avec ce terrain-là. On peut faire un parc nature, attirer des entreprises compatibles avec un milieu de vie, on peut faire du logement ou de l’agriculture urbaine à grande échelle », a énuméré Cassandre Charbonneau-Jobin, membre de Mobilisation 6600 parc-nature MHM et imaginant pour le terrain vague un aménagement répondant plutôt aux besoins communautaires.

« Ce n’est pas parce qu’on est dans un quartier qui n’est pas riche et chic qu’on peut se permettre de gâcher les possibilités », regrette Hélène Lemieux, soulignant le manque d’endroits verts dans le quartier. Ce qui la préoccupe le plus, c’est le vivre ensemble. « On veut partager un espace qui est un espace de vie, et pas habiter dans les interstices d’un espace industriel ».

Contacté par Le Devoir pour réagir à la mobilisation, le directeur général de Ray-Mont Logistiques, Charles Raymond, disait hier être « conscient que le projet de plateforme logistique intermodale peut soulever des questions pour certains résidents du secteur et qu’il est légitime de l’exprimer publiquement. »

L’entreprise a suspendu « volontairement tous les travaux reliés aux opérations en juin dernier afin de miser sur une démarche de concertation avec les gens du quartier et la Ville de Montréal. »

Avec Roxane Léouzon

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