CHSLD Herron: «un match de ping-pong» entre le CIUSS et Herron, dit la coroner

Jeudi, à l’occasion des différents témoignages, les parties se sont attardées aux difficultés de recrutement de personnel, surtout pour les préposés aux bénéficiaires.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jeudi, à l’occasion des différents témoignages, les parties se sont attardées aux difficultés de recrutement de personnel, surtout pour les préposés aux bénéficiaires.

Ce qui s’est passé au CHSLD Herron, du 29 mars au 11 avril 2020, était « un match de ping-pong » entre la direction de cet établissement privé et le CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal, affirme la coroner Géhane Kamel.

« Ils avaient leur salle ; vous aviez votre salle. Et au milieu de tout ça, il y avait des résidants qui étaient en train de quitter », a lancé la coroner.

« Je ne veux pas partir d’ici en ayant l’impression que les gens de Herron sont restés dans leurs bureaux, que le CIUSSS est resté dans son bureau et qu’au milieu de ça, pendant qu’il y a de petites gué-guerres qui sont en train de se passer, bien il y a des gens qui meurent », a ajouté la coroner Kamel.

Le CIUSSS a débarqué à la résidence Herron le 29 mars, après des demandes d’aide émanant de la direction de la résidence privée dans les jours précédents, parce qu’elle n’arrivait pas à trouver du personnel. Il manquait aussi d’équipement de protection.

Les témoins n’ont pas tous la même interprétation à savoir si le CIUSSS était alors pleinement en charge de la résidence Herron ou en tutelle ou s’il était alors « en soutien » aux propriétaires qui avaient demandé de l’aide.

C’est ce qui a fait dire à la coroner : « Vous réalisez aujourd’hui que ce qui s’est passé entre le 29 mars et le 11 avril, c’est un match de ping-pong. »

La coroner mène présentement une enquête sur le sort réservé aux aînés vulnérables durant la première phase de la pandémie de COVID-19, notamment à la résidence Herron de Dorval, où 47 résidants sont décédés.

Jeudi, à l’occasion des différents témoignages, les parties se sont attardées aux difficultés de recrutement de personnel, surtout pour les préposés aux bénéficiaires, de même qu’aux difficultés à obtenir de l’équipement de protection et aux difficultés pour obtenir les clefs des locaux quand le CIUSSS est arrivé sur place.

Une infirmière de profession, venue du CIUSSS comme coordonnatrice pour organiser le personnel sur place, a indiqué qu’elle ne parvenait pas à faire des horaires qui se tiennent, parce que les employés avec lesquels la direction de Herron disait avoir communiqué ne se présentaient tout simplement pas.

Quand un avocat lui a demandé si elle avait la possibilité de contacter elle-même les employés de Herron pour leur demander d’entrer au travail, elle a répondu : « elle disait que c’est ses employés et qu’on n’a pas d’affaire à communiquer avec eux ».

Elle avait aussi demandé les clefs des locaux de Herron et cela lui avait été refusé. C’est sa supérieure du CIUSSS qui a dû intervenir pour qu’elle les obtienne.

Une agente de Herron assure pourtant que même après l’arrivée du CIUSSS, le 29 mars, la direction de Herron tentait par tous les moyens de trouver du personnel, soit par des agences de placement, soit en contactant les employés habituels.

Mais le courant ne passait visiblement pas avec les cadres du CIUSSS qui étaient pourtant venus prêter main-forte. Elle a indiqué que ces cadres n’utilisaient pas le mot « tutelle », mais qu’ils affirmaient qu’ils prenaient en charge la direction de l’établissement, au nom du gouvernement.

L’agente de Herron affirme avoir trouvé ces propos « déplacés » dans le contexte. « Ça n’avait pas sa place », a-t-elle soutenu, disant avoir senti « un petit peu d’arrogance » chez les cadres du CIUSSS, avec une attitude « un peu accusatrice ».

Bien que d’autres témoins avant elle aient affirmé que le 29 mars, des résidants manquaient de soins de base, étaient déshydratés, n’avaient pas mangé, étaient souillés, l’agente de Herron assure que ceux qu’elle a vus n’étaient pas mal en point. Elle en a rencontré six et « les résidants que j’ai vus étaient corrects ». Elle a concédé qu’« il y avait besoin de bras pour distribuer des plateaux » cependant.

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