La chute de Québec

Vue de la prise de Québec le 13 septembre 1759
Photo: Source Gallica.bnf.fr / John Carter Brown Library Vue de la prise de Québec le 13 septembre 1759

En partenariat avec RetroNews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, Le Devoir lance une série qui remonte aux sources médiatiques de la relation France-Québec, de la guerre de la Conquête à la visite du général de Gaulle, en passant par la tournée de Sarah Bernhardt sur les rives du Saint-Laurent. Premier texte.

Le 13 septembre 1759, l’armée française du Canada est brisée devant les remparts de Québec, sur les plaines d’Abraham. Les généraux ennemis, Wolfe et Montcalm, sont mortellement blessés lors de ce combat qui marque la naissance d’un nouveau pouvoir royal britannique sur le territoire de la Nouvelle-France. Dans ses écrits, le général de Gaulle dit de cette bataille qu’elle compte parmi les plus importantes de l’histoire.

Mais qu’en disent à l’époque les gazettes françaises ? Les informations sont fragmentaires, d’autant plus qu’elles transitent par la Grande-Bretagne, dont la flotte a interrompu les communications entre le Canada et la France.

Le 6 octobre 1759, une dépêche de Londres reprise à Paris indique qu’on ne connaît toujours pas très bien l’issue du siège de Québec, qui a débuté à la fin juin avec le débarquement de Wolfe à l’île d’Orléans, en aval de la ville.

Sans nouvelles

« On n’a point reçu de nouvelles de Québec ; et on est fort impatient d’apprendre le succès de l’entreprise formée contre cette Capitale du Canada. On sait que les Français ont auprès de Québec une armée de quatorze mille hommes partagée en deux camps ; et que les troupes que nous y avons débarquées ne montent qu’à huit mille hommes. On craint que les Généraux Amherst, Johnson, Gage et Stanwix, qui ont dû s’y rendre par terre avec des forces supérieures, ne soient pas arrivés assez tôt ; et que les Français n’aient profité de leur retardement, pour combattre le corps peu nombreux qui a débarqué. »

L’auteur de cet entrefilet fait référence à l’invasion britannique du Canada par trois côtés, de Québec à Niagara en passant par le fort Carillon, devenu Ticonderoga. Le général Amherst, qui commande l’armée d’invasion principale, progresse lentement, du fleuve Hudson, dans la province de New York, jusqu’au sud du lac Champlain, sur la route de Montréal. Wolfe doit donc se débrouiller seul avec son corps expéditionnaire, qui est tout de même plus imposant que ne le laisse entendre La Gazette du 6 octobre.

La défaite

La nouvelle de la chute de Québec est diffusée en France plus de deux mois après les événements. Dans La Gazette du 1er décembre 1759, on lit ceci :

« Ils [les ennemis anglais] établirent des batteries de mortiers et des canons qui n’ont pas discontinué de tirer depuis le 12 juillet jusqu’au 18 septembre. » Les dates correspondent avec la durée réelle du bombardement de Québec, mené à partir de la pointe de Lévis, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent. La ville, qui compte moins de 8000 habitants, aurait vu tomber sur elle jusqu’à 50 000 boulets et bombes au cours de l’été.

Le journal poursuit son récit de la campagne : « Le Marquis de Montcalm avait fait occuper un camp à la rive gauche du fleuve, depuis la rivière Saint-Charles jusqu’à la rive droite de la rivière de Montmorency, pour couvrir la place et afin d’ôter aux ennemis un terrain, qui leur aurait été très avantageux pour faire leur descente, et pour se rendre maîtres des deux rives du fleuve. » Cet extrait évoque le camp retranché de Beauport, qui est le théâtre d’un assaut général lancé par Wolfe dans la journée du 31 juillet. Les Britanniques y perdent près de 500 soldats, tués, blessés ou capturés.

La Gazette relate enfin le combat des plaines d’Abraham, qui constitue le tournant du siège de Québec : « L’action fut très vive et très meurtrière de part et d’autre ; et elle aurait été plus heureuse pour nous, sans la perte du Marquis de Montcalm, notre général, du sieur de Senezergues, Brigadier, et du sieur de Fontbonne, lieutenant-colonel, qui commandaient la droite et la gauche. » L’auteur de la dépêche explique ici la défaite par la mise hors de combat des trois principaux officiers français présents à la bataille. Laissée à elle-même, la garnison de Québec rend les armes cinq jours plus tard.

« Québec resta à découvert, lit-on dans La Gazette du 1er décembre 1759. Cette place très vaste, dont toutes les maisons avoient été ruinées et brulées par les boulets, les pots à feu et carcasses que les ennemis n’ont discontinué d’y jeter pendant soixante-quatre jours, n’avait d’autres fortifications qu’une muraille, et en quelques endroits une palissade. Ses vivres étaient épuisés. Dans cet état, le sieur de Ramezay, lieutenant de Roi, qui y commandait, demande à capituler le 18 septembre. »

À voir en vidéo