« Qu’allez-vous faire pour les aînés ? »

Diane Boileau, 65 ans, et son mari, Basile Savopoulos, 72 ans, «arrivent juste» avec leur pension de vieillesse et leur fonds de retraite. «On a travaillé toute notre vie. Et aujourd’hui, on est serrés. Une chance qu’on est deux, sinon on n’y arriverait pas», affirme la dame.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Diane Boileau, 65 ans, et son mari, Basile Savopoulos, 72 ans, «arrivent juste» avec leur pension de vieillesse et leur fonds de retraite. «On a travaillé toute notre vie. Et aujourd’hui, on est serrés. Une chance qu’on est deux, sinon on n’y arriverait pas», affirme la dame.

Ils ont travaillé toute leur vie. Mais leur retraite ne ressemble pas à la vie rêvée qu’on leur faisait miroiter dans les publicités de Liberté 55. Non, ils ne font pas le tour du monde en voilier. Ils traînent au McDonald’s, au Tim Hortons et dans les parcs, car ils n’ont pas les moyens de s’offrir autre chose. Pour plusieurs aînés, retraite rime avec précarité financière. Et ils espèrent que les politiciens vont entendre leur cri du cœur et augmenter leurs revenus de vieillesse pour leur permettre, à défaut de vivre dans le luxe, de subvenir à leurs besoins de base.

« Qu’allez-vous faire pour les aînés ? » C’est la question que voudrait poser Dorothy, 82 ans, aux politiciens. La dame aux cheveux blancs cache son sourire édenté derrière son masque. Ça la gêne de ne pas avoir de dents inférieures ; sa dignité en prend un coup. Et ça lui cause des problèmes de santé, car le fait de ne pas pouvoir mastiquer convenablement lui occasionne des douleurs à l’estomac.

Mais elle n’a pas le choix de s’y faire. Avec un revenu d’environ 1500 $ par mois, la vieille dame n’a pas les moyens de se payer le « luxe » d’aller voir le dentiste. « J’essaie d’économiser un peu pour faire réparer mes dents, mais je n’y arrive pas. J’aurais besoin de lunettes aussi, mais ça coûte des centaines de dollars. Je n’ai pas d’argent pour ça. »

Dorothy n’est pas la seule aînée à avoir de la difficulté à joindre les deux bouts. Diane Boileau, 65 ans, et son mari, Basile Savopoulos, 72 ans, « arrivent juste » avec leur pension de vieillesse et leur fonds de retraite. « Une chance qu’on est deux, sinon on n’y arriverait pas », affirme la dame. Le vieux couple habite dans le même logement du quartier Parc-Extension depuis 33 ans. Ils n’auraient pas les moyens de déménager, même s’ils le voulaient. Une fois toutes les dépenses de base payées — loyer, épicerie, électricité, câble et Internet — , il ne leur reste que 200 $ par mois. « Ce n’est pas du luxe ! plaide Diane. On a travaillé toute notre vie. Et aujourd’hui, on est serrés. On aimerait ça voyager, mais on ne peut pas se le payer. On fait du camping, mais ça aussi c’est cher. Et le reste du temps, on prend des marches. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plusieurs aînés rencontrés par «Le Devoir» ne se sentent pas entendus par les politiciens.

Dans Le Plateau-Mont-Royal, Isabelle Desjardins, une artiste de 72 ans, travaille sur ses fleurs au jardin communautaire. « La pension du fédéral, c’est ce qui me sauve, affirme-t-elle. J’arrive juste, mais c’est parce que j’habite dans une coopérative de logements subventionnés. C’est ça qui fait que je peux survivre. »

Son amie Diane Jutras, 69 ans, arrive au lot qu’elles partagent : elle vient chercher des tomates pour le souper. Elle décrit son mode de vie comme étant de la « simplicité volontaire », même si sa frugalité n’est pas nécessairement un choix. « J’ai vendu ma voiture parce que je n’avais plus les moyens de la garder. J’habite en coop, je partage tout ce que je peux, même ma connexion Internet. Je suis obligée de vivre de façon différente. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «La pension du fédéral, c’est ce qui me sauve, affirme Isabelle Desjardins. J’arrive juste, mais c’est parce que j’habite dans une coopérative de logements subventionnés. C’est ça qui fait que je peux survivre.»

Revendications

La précarité des aînés est au cœur des revendications du Réseau FADOQ. « À l’heure actuelle, une personne qui reçoit seulement les prestations de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément de revenu garanti a un revenu annuel de 18 505 $. Cette somme n’atteint même pas le seuil officiel de la pauvreté au Canada, qui s’établit à environ 21 000 $ dans la région de Montréal », indique l’organisme de défense des droits des aînés dans un document à l’intention des partis politiques.

Dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau s’était engagé à bonifier de 10 % les prestations de la Sécurité de la vieillesse, mais uniquement pour les personnes de 75 ans et plus. Or, la FADOQ « s’indigne » de cette « discrimination », qui crée « deux classes d’aînés », et demande que cette augmentation s’applique à tous les aînés, dès l’âge de 65 ans. Elle réclame également un rehaussement de 50 $ par mois des prestations du Supplément de revenu garanti pour les aînés.

L’organisme demande aussi une meilleure protection des fonds de pension par le gouvernement fédéral. « Les travailleurs ne sont pas responsables des déficits accumulés, plaide la FADOQ. Ils ne devraient donc pas non plus être des victimes collatérales lorsque leurs employeurs font faillite. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Diane Jutras (en premier plan) dans un jardin communautaire

Enfin, dans un contexte de vieillissement de la population, la FADOQ demande l’indexation du Transfert canadien en matière de santé de 6 % annuellement pour permettre « l’élargissement de l’accès aux soins » pour les aînés et un meilleur soutien financier pour les proches aidants.

Bien que plusieurs aînés rencontrés par Le Devoir ne se sentent pas entendus par les politiciens, « six des sept priorités de la FADOQ se retrouvent dans une ou plusieurs plateformes » des partis politiques, évalue la présidente de l’organisme, Gisèle Tassé-Goodman.

Promesses

Le mot « aîné » revient à 39 reprises dans la plateforme du Parti libéral, qui promet d’augmenter de 500 $ par année le supplément de revenu garanti pour les aînés vivant seuls et de 750 $ pour ceux en couple. Il s’engage également à « poursuivre la mise en œuvre de son plan visant à augmenter les prestations de la Sécurité de vieillesse de 10 % l’année prochaine pour les aînés de 75 ans et plus ».

En matière de santé, un gouvernement libéral investirait 9 milliards sur cinq ans pour l’amélioration des services prodigués dans les centres de soins de longue durée pour les personnes âgées. Rappelons que de nombreuses lacunes des CHSLD ont été mises en lumière en raison de la pandémie.

Ils promettent mer et monde pendant les élections, mais après ça, on n’en entend plus parler

Les conservateurs citent 29 fois le mot « aîné » dans leur plateforme. Il n’y a pas d’engagement à augmenter le supplément de revenu garanti ou la prestation de sécurité de vieillesse, mais on promet de mieux protéger les fonds de pension. On veut également aider les personnes âgées qui travaillent à temps partiel pour augmenter leur revenu de retraite en doublant l’allocation canadienne pour les travailleurs, ce qui équivaut, selon le PCC, à une augmentation salariale de 1 $ l’heure pour les aînés à faibles revenus.

Le Parti conservateur mise sur le maintien des aînés à domicile en offrant une prestation de 200 $ par mois aux familles qui s’occupent d’un parent à la maison et des crédits d’impôt pour les frais médicaux. Il s’engage également à « réparer les soins de longue durée » en injectant 3 milliards sur trois ans dans les infrastructures.

Au NPD, le mot « aîné » ne revient que cinq fois dans la plateforme. On promet notamment la mise sur pied d’une « stratégie pancanadienne pour les aînés », un régime public d’assurance médicaments universel incluant les soins dentaires et des crédits d’impôt pour les aidants naturels.

Enfin, au Bloc québécois, on compte 11 fois le mot « aîné » dans la plateforme. S’opposant à la promesse libérale d’augmenter la pension de vieillesse uniquement pour les personnes âgées de 75 ans et plus, le Bloc demande une bonification de celle-ci dès 65 ans. Le Bloc revendique également le droit pour les aînés à faible revenu de travailler davantage sans pénalité, et des transferts en santé.

La pudeur des aînés

Si la FADOQ prend le temps d’analyser les plateformes de chacun des partis, ce n’est pas le cas de tous les aînés rencontrés par Le Devoir. Même si ceux-ci avaient plusieurs préoccupations, rares sont ceux qui affirment voter en fonction des promesses des partis qui concernent les personnes âgées.

Nombre d’entre eux refusent d’ailleurs de dire pour qui ils vont voter, affirmant que c’est quelque chose qui doit rester « secret ». C’est le cas de Dorothy, qui vote pour le même parti depuis toujours — le même que ses parents à l’époque —, indépendamment des performances des chefs et de leurs engagements.

D’autres ne se privent pas pour affirmer leur soutien à Justin Trudeau, « un homme de famille » qui a « aidé tout le monde » pendant la pandémie, ou à Yves-François Blanchet, « qui connaît bien ses dossiers et qui n’a pas la langue de bois ».

Et certains, comme dans toutes les franges de la société, votent pour « le moins pire » en espérant des jours meilleurs. « C’est tout le temps la même chose : ils promettent mer et monde pendant les élections, mais après ça, on n’en entend plus parler », résume Basile Savopoulos.

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