Des résidents du CHSLD Herron étaient alités, dans le noir, une couverture sur la tête

Brigitte Auger a avoué à la coroner qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’elle a vu ce soir-là au CHSLD Herron. Certes, tous les CHSLD et les résidences privées pour aînés manquaient de personnel, à cause de la pandémie, mais pas à ce point, a-t-elle soulevé.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Brigitte Auger a avoué à la coroner qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’elle a vu ce soir-là au CHSLD Herron. Certes, tous les CHSLD et les résidences privées pour aînés manquaient de personnel, à cause de la pandémie, mais pas à ce point, a-t-elle soulevé.

Quand Brigitte Auger est arrivée au CHSLD Herron, le soir du 29 mars 2020, elle a fait le tour des chambres pour vérifier l’état des résidents. Certains étaient couchés dans leur lit, la lumière éteinte, une couverture par-dessus la tête. Même si elle se dit non pratiquante, elle a fait un signe de croix, espérant trouver en chacun « une personne vivante ».

C’est ce que Mme Auger, directrice du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, a raconté jeudi à la coroner Géhane Kamel.

« Dans ma tête, c’est ma mère, c’est ma tante, c’est des gens qui ont besoin d’aide. À chaque fois que j’ouvre la lumière — je vais vous dire il y a des chambres où la lumière était fermée, il y a des gens qui sont couchés, alités, une couverte au-dessus de la tête. Je ne suis pas chrétienne pratiquante, mais dans ma tête, je fais mon signe de croix pour m’assurer… Je veux trouver chaque chambre avec une personne vivante », a résumé Mme Auger à la coroner.

La coroner Kamel enquête sur les décès d’aînés et de personnes vulnérables survenus pendant la première vague de la COVID-19, au printemps 2020, et particulièrement au CHSLD Herron, à Dorval, où 47 personnes sont décédées.

Mme Auger est venue prêter main-forte dans cette résidence, comme d’autres de ses collègues cadres du CIUSSS, même si elle n’avait pas de formation d’infirmière. Elle affirme qu’elle était là « en soutien » à la direction du CHSLD privé non conventionné, et non par mise sous tutelle dès ce moment-là.

La date est importante, parce que la coroner cherche à savoir qui était responsable de trouver du personnel pour ce CHSLD : les propriétaires de Herron ou le CIUSSS ? Le CIUSSS venait-il seulement agir en soutien à Herron, qui l’avait contacté pour demander de l’aide le 29 mars, ou bien le CIUSSS était-il alors devenu le véritable gestionnaire de Herron, comme s’il avait été mis sous tutelle ?

Mme Auger avoue qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’elle a vu ce soir-là. Certes, tous les CHSLD et les résidences privées pour aînés manquaient de personnel, à cause de la pandémie, mais pas à ce point, a-t-elle soulevé.

Elle a eu plusieurs échanges avec la propriétaire du CHSLD Herron, Samantha Chowieri, et ne l’a pas trouvée de mauvaise foi. Elle l’a dépeinte comme une jeune gestionnaire qui n’avait pas beaucoup d’expérience et qui ne connaissait même pas les lieux. Mais elle cherchait aussi à trouver du personnel, a estimé Mme Auger.

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