Infectés ou non, tous les humains ressentent les effets de la pandémie de COVID-19

Le méga-événement qu’est la pandémie laissera des traces dans nos sociétés pour longtemps, estiment des sociologues.
MOHAMMED ABED AGENCE FRANCE-PRESSE Le méga-événement qu’est la pandémie laissera des traces dans nos sociétés pour longtemps, estiment des sociologues.

Que l’on ait été infecté ou pas, presque tous les humains ressentent les effets du coronavirus. Le choc a été si fort que le « retour à la normale prépandémique » n’arrivera sans doute jamais, estiment les sociologues interrogés par Le Devoir.

Aucun autre événement historique ne peut nous éclairer sur la sortie de crise, juge la professeure émérite de l’Université d’Ottawa, Diane Pacom, tant notre société globalisée et moderne diffère de celles qui nous ont précédées.

Même la pandémie de SIDA, « c’était autre chose », dit-elle. « C’était par rapport à une communauté. C’est sûr que globalement, les communautés gaies avaient été affectées, mais on ne se sentait pas concernés comme avec ce qui se passe aujourd’hui. »

Lorsque ce « nouveau normal » a enseveli nos vies en mars 2020, « j’avais un split screen devant moi », raconte Mme Pacom. « D’un côté : la vie telle qu’on l’a connue. De l’autre côté : je ne voyais rien. »

Ce « bouleversement du tissu social » peut se comparer par son importance à une guerre mondiale, estime-t-elle. Ce type de transformation dépasse l’époque dans laquelle elle se déroule et « les séquelles continuent sur plusieurs générations », précise la sociologue.

« Beaucoup d’études ont été faites après des crises plus localisées », mentionne l’experte en psychologie sociale à l’Université de Montréal, Roxane de la Sablonnière en citant les catastrophes de Fort McMurray ou de Lac-Mégantic. « Les répercussions sur la santé mentale, etc., pouvaient se faire sentir jusqu’à huit ans après les crises. »

Diane Pacom croit qu’« on va se remettre », mais ne saurait dire ni quand ni comment. Elle raconte avoir constaté, il y a encore quelques mois, qu’un retour complet à la normale semblait envisageable autour d’elle. « Les gens sont dans le déni, mais je les comprends, c’est too much », lâche-t-elle. « Maintenant, toutes les petites choses auxquelles l’Occident était habitué depuis les Lumières ou presque, c’est fini. »

Vers un nouvel équilibre

Une société dans un « état stable » est « très rare » dans l’histoire, indique Roxane de la Sablonnière. Plusieurs changements avaient cours avant la pandémie, rappelle-t-elle, seulement à un rythme plus lent. L’entrée du téléphone cellulaire dans nos vies, par exemple, « n’a pas causé de brisure dans l’équilibre de la société », même si elle l’a profondément transformée.

La crise de la COVID-19 a plongé nos pays dans un « état de rupture » qui ne laisse pas le temps aux individus de s’adapter. Les habitudes prises au fil des semaines s’estomperont, mais plusieurs éléments resteront, évalue-t-elle, comme les masques ou le télétravail à temps partiel. « Il y a certains éléments qui vont changer, mais la société va s’adapter. Un nouvel équilibre va se créer. […] On ne sera pas constamment dans un contexte où il y aura un changement. » Autrement dit, la normalité reviendra un jour, mais sera différente d’avant, et surtout, elle évoluera plus lentement.

Parmi les choses qui demeureront, Diane Pacom pense que nos sociétés auront gagné un nouveau « rapport à la vulnérabilité ». « Du jour au lendemain, on a perdu tous nos atouts d’une société qui se disait au-dessus de tout. »



À voir en vidéo