CHSLD Herron et COVID-19: le manque de collaboration de la direction est soulevé

Deux mises en demeure ont été adressées au CHSLD Herron, rapporte la présidente du CIUSSS.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Deux mises en demeure ont été adressées au CHSLD Herron, rapporte la présidente du CIUSSS.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal rapporte avoir eu peu de collaboration avec le CHSLD Herron, lorsqu’il a été appelé en renfort, au plus fort de la crise de la COVID-19, au printemps 2020.

La présidente-directrice générale du CIUSSS, Lynne McVey, a affirmé à la coroner Géhane Kamel qu’il avait fallu envoyer deux mises en demeure à la direction du CHSLD pour obtenir des choses essentielles.

La coroner enquête sur les décès de personnes âgées et vulnérables dans les milieux d’hébergement survenus lors de la première vague de la COVID-19 et s’attardait, mardi, au cas du Centre d’hébergement et de soins de longue durée Herron, à Dorval.

Le CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux) avait été appelé en renfort au CHSLD Herron, où la situation était préoccupante.

Devant la coroner, Mme McVey a témoigné du fait qu’arrivée sur place, l’équipe du CIUSSS n’avait pas les clefs de certaines salles du CHSLD, n’avait pas la liste des employés, ni les horaires, ni la liste des résidants, ni les numéros de téléphone des familles des résidants, ni la liste des médicaments, ni les dossiers médicaux.

Le CHSLD Herron est un établissement privé, mais non conventionné. Les résidants payaient entre 4500 $ et 6000 $ par mois, a-t-elle précisé.

Deux mises en demeure ont dû être adressées à Herron, a-t-elle rapporté.

Mme McVey a aussi témoigné du fait que la direction du CHSLD lui disait que tel nombre d’employés allaient rentrer au travail, mais que ce n’était pas ce que son équipe sur place constatait.

On lui avait aussi rapporté que la direction du CHSLD Herron disait à ses employés de ne pas rentrer au travail.

Et la direction aurait même prévenu qu’elle refuserait de payer pour le salaire des travailleurs que le CIUSSS affectait à Herron et qui provenaient d’agences de placement.

Le 10 avril, un autre membre de la direction du CIUSSS a pu rencontrer la propriétaire du CHSLD Herron, qui a parlé de confusion et de manque de communication. Et elle a obtenu les clefs et les listes demandées.

Mais, dans la nuit du 10 au 11 avril, Mme McVey a appelé la police, après avoir constaté qu’il n’y avait pas eu 13 décès durant une période donnée, mais bien 31. « Comment ça se fait que le CIUSSS n’avait pas été prévenu ? » a-t-elle lancé.

Ce sont des médecins, mandatés pour examiner la situation, qui se sont rendu compte de la disparité quant à ces informations.

Mme McVey dit avoir appelé la police devant le nombre de décès qui était beaucoup plus élevé que rapporté au tableau, devant le refus du propriétaire de payer le salaire des travailleurs que le CIUSSS dépêchait au CHSLD, devant les difficultés qu’elle a eues avec la direction du CHSLD, au point de devoir lui adresser deux mises en demeure et devant les informations qu’elle apprenait depuis que le CIUSSS était sur place.

« La préoccupation que j’avais, c’est quelle autre information qu’on n’avait pas et qu’on allait découvrir », a-t-elle répondu à la coroner qui l’a questionnée au sujet de cet appel à la police.

Du 12 au 25 avril, par exemple, le CIUSSS y a dépêché 188 employés, a-t-elle précisé.

Levier demandé

C’est le 30 mars que le problème de dotation en personnel du CHSLD Herron avait été jugé assez critique pour qu’elle demande au bureau du sous-ministre d’obtenir un levier pour y intervenir de façon plus importante — un levier dont elle ne disposait pas, puisqu’il s’agissait d’un CHSLD privé non conventionné.

Après une conversation entre elle et la directrice de la santé publique de Montréal, docteure Mylène Drouin, le 7 avril, une ordonnance a été émise et elle a pu disposer du levier demandé, le 8 avril, en invoquant un article de la Loi sur la santé publique.

Avant Mme McVey, la docteure Drouin avait indiqué qu’elle avait reçu un courriel le 3 avril de la Direction nationale de la santé publique, évoquant une problématique à Herron. Mais elle l’avait interprété comme « un signalement » et non une invitation à émettre une ordonnance, tel que demandé au bureau du sous-ministre par Mme McVey.

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