Fête du Travail: des organisations syndicales manifestent contre les inégalités sociales

Armés de banderoles, des militants ont dénoncé ce qu'ils considèrent être des attaques contre les travailleurs.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Armés de banderoles, des militants ont dénoncé ce qu'ils considèrent être des attaques contre les travailleurs.

La pluie n’a pas trop refroidi les ardeurs revendicatrices d’une trentaine d’organisations syndicales, communautaires et militantes de la région de Montréal. Elles se sont associées lundi, le temps d’une manifestation pour la fête du Travail, pour dénoncer les inégalités sociales et ce qu’elles croient être des attaques contre les travailleurs.

« On en a marre de l’exploitation », laisse tomber au Devoir Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal métropolitain pour la CSN. « On en a marre de l’accroissement des inégalités sociales dans notre société. » Autour d’elle, au pied de l’obélisque de la place Charles-de-Gaulle, au parc La Fontaine, plus d’une centaine de personnes revendiquent, comme elle, une société plus juste.

Les militants s’en prennent notamment à l’adoption de lois spéciales qui enlèvent le droit de grève aux travailleurs et qui, à leur avis, sont dictées par le patronat.

Les organisations fustigent aussi le projet de loi 59, une réforme en santé et sécurité du travail déposée par le ministre québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet. Elles affirment que le texte de loi représente une attaque frontale des acquis historiques en santé et sécurité du travail, notamment en ce qui concerne les mécanismes de prévention. Cette pièce législative est une refonte de deux lois qui datent de 1979 et 1985 en matière d’accidents du travail et de maladies professionnelles, ainsi qu’en matière de santé et sécurité du travail.

Dominique Daigneault affirme que le gouvernement doit retourner à la table à dessin, mener de réelles consultations publiques et amender son projet de loi. « La vie, la santé, la sécurité des travailleurs, ça n’a pas de prix et ça doit passer avant toute volonté malheureuse de vouloir économiser sur cet enjeu-là », soutient-elle.

Pour sa part, le Mouvement Action-Chômage de Montréal profite de la manifestation de la fête du Travail pour dénoncer le fait que les emplois précaires, mal payés et à temps partiel se multiplient, que le marché du travail devient de plus en plus dérégulé et que la liberté syndicale est sapée par des lois spéciales et des décrets. « Le marché du travail évolue, on parle maintenant d’une économie de la demande, d’une gig economy avec les Uber de ce monde », explique un des porte-parole du mouvement, Jérémie Dhavernas. « Les travailleurs autonomes, qui n’en sont peut-être pas réellement, sont en fait des salariés déguisés en travailleurs autonomes pour avoir moins de droits et moins de protections. »

Les protestataires ont emprunté, après quelques discours, la rue Sherbrooke et manifesté jusqu’au centre-ville. Leur rassemblement s’est terminé sans heurts devant le bâtiment d’un hôtel en grève, en signe de solidarité, coin Sainte-Catherine et Saint-Laurent.

Le militantisme à l’heure de la pandémie

Privé de rassemblements et calmé par des prestations d’urgence de pandémie, le mouvement militant pourrait reprendre de la vigueur dans les mois à venir. D’autant plus que la fin des mesures d’aide laisse présager une avancée de la pauvreté, estime Jérémie Dhavernas. « La PCRE, pour nous, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. C’est-à-dire que c’est une mesure temporaire. Qu’est-ce qui va se passer dans un an, quand les mesures temporaires annoncées jusqu’en 2022 vont prendre fin ? On va se ramasser avec un régime qui ne couvre personne et qui appauvrit les plus précaires. »

Le militantisme est déjà en croissance à Montréal depuis le début de la pandémie, selon plusieurs protestataires sur place. « C’est de plus en plus difficile de se loger. Le coût de la vie est de plus en plus cher. Les salaires ne suivent pas », tente d’expliquer Sébastien Roy, infirmier et militant avec La Riposte syndicale. « C’est sûr qu’à un certain point, les gens vont vouloir militer. »

« Aucun gain n’est possible sans que les travailleurs et les travailleuses se mobilisent », assure pour sa part Dominique Daigneault.

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo