L’arrestation à tort de Mamadi III Fara Camara n’était pas du profilage racial, estime un juge

Mamadi III Fara Camara (au centre) à sa sortie du Palais de Justice de Montréal, en février
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Mamadi III Fara Camara (au centre) à sa sortie du Palais de Justice de Montréal, en février

Le rapport du juge Louis Dionne sur l’arrestation, la détention et la mise en accusation de Mamadi Camara, lors de l’agression du policier Sanjay Vig à Montréal, conclut qu’il n’a pas fait l’objet de profilage racial.

« Nous sommes d’avis que dans les circonstances particulières de cette affaire, M. Camara n’a pas fait l’objet d’un traitement différencié fondé sur sa race, sa couleur ou son origine ethnique », conclut le juge Dionne dans son rapport.

Le 28 janvier 2021, Mamadi III Fara Camara avait été intercepté par l’agent Sanjay Vig, lors d’une opération pour contrer l’usage du cellulaire au volant. Il lui avait remis un constat d’infraction.

En retournant à son véhicule, l’agent avait été agressé par-derrière, frappé à la tête, frappé à plusieurs reprises ensuite, puis désarmé. L’agent Vig avait couru pour se réfugier dans un immeuble à logements et, de là, avait lancé un code d’appel.

Des témoins de la scène avaient également téléphoné au 911, voyant l’agent Vig en difficulté. Et M. Camara aussi avait appelé.

Sur les lieux, M. Camara avait affirmé à un policier que c’était lui qui avait été intercepté par l’agent Vig.

« Lorsque les collègues de l’agent Vig arrivent à son secours, ce dernier leur mentionne que la personne à qui il a donné son dernier constat d’infraction est le suspect. Il est certain qu’il s’agit de M. Camara », rapporte le juge Dionne.

M. Camara a ensuite été arrêté par les policiers. Des accusations ont été déposées contre lui le 29 janvier.

Le 2 février, un enquêteur des crimes majeurs récupère les images de la caméra de surveillance du ministère des Transports. Leur visionnement sème un doute sur la culpabilité de M. Camara.

Le 3 février, le Directeur des poursuites criminelles et pénales demande un arrêt des procédures contre Mamadi III Fara Camara. Il y avait eu erreur sur la personne.

Recommandations

Dans son rapport, le juge Dionne formule plusieurs recommandations, parmi lesquelles l’obligation de donner une formation continue sur la garde et la rétention d’armes à feu. Il demande au ministère de la Sécurité publique d’élaborer une pratique policière balisant et encadrant cette formation.

Il souligne aussi que la mise en place d’une structure d’enquête pour gérer les cas graves, par la section des crimes majeurs, aurait été avantageuse dans ce cas. En conséquence, il recommande au ministère de la Sécurité publique de développer son propre modèle de gestion des cas graves.

Le juge recommande à l’École nationale de police de revoir la formation sur l’interception à risque élevé d’un véhicule et de l’adapter à la situation en milieu urbain.

Il recommande aussi au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de voir à ce que la rédaction du journal des activités opérationnelles soit effectuée par un policier d’expérience, voire un officier.

Réactions

La Ville de Montréal et le Service de police de la Ville de Montréal ont « pris acte » du rapport. La police montréalaise relève avec satisfaction que la thèse du profilage racial a été écartée dans ce cas-ci. Elle note aussi qu’il est bien écrit que l’agent Vig avait les motifs nécessaires pour procéder à l’interception de M. Camara.

Le SPVM s’engage à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour donner suite au rapport, notamment en ce qui concerne la révision de certaines pratiques mises en cause.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, note que des 18 recommandations du rapport, 12 s’adressent au SPVM, 2 à l’École nationale de police et 4 à son ministère. Elle retient particulièrement la recommandation touchant la formation continue pour les patrouilleurs, des enquêteurs et des superviseurs d’enquête.

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