Le patrimoine religieux de Laval navigue entre l’histoire et la modernité

Yves Casgrain
Collaboration spéciale
L’église Sainte-Rose-de-Lima, dessinée par le célèbre architecte Victor Bourgeau
Photo: Vincent Girard L’église Sainte-Rose-de-Lima, dessinée par le célèbre architecte Victor Bourgeau

Ce texte fait partie du cahier spécial Patrimoine religieux

Les Journées du patrimoine religieux offrent l’occasion de parfaire nos connaissances de l’histoire religieuse de la ville de Laval, qui navigue entre le riche historique de son patrimoine bâti et la modernité de celui-ci. Coup d’œil sur un territoire encore trop méconnu.

Selon le Conseil du patrimoine religieux (2003), l’île de Laval compte 42 établissements religieux (églises et chapelles), dont 31 ont été construits après 1945. Sur tous ces lieux de culte, 28 sont catholiques, 3 sont des synagogues et 11 des églises chrétiennes. Lors des Journées du patrimoine religieux de cette année, le public aura l’occasion de visiter huit églises catholiques ainsi que le Musée Délia-Tétreault de la communauté des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception. « Un nouveau circuit permettra aux citoyens de visiter toutes les églises participantes, explique Ana Manescu, urbaniste et coordonnatrice à la régie patrimoine de la Division art et culture de la Ville de Laval. Grâce à une application mobile, ils pourront obtenir la liste des activités proposées. Les visiteurs pourront également prendre connaissance des éléments patrimoniaux intéressants qui se trouvent dans l’environnement immédiat. »

Photo: Sophie Poliquin L’église Saint-Maurice de-Duvernay, dont les plans ont été dessinés par l’architecte Roger D’Astous.

On trouve aussi à Laval un temple bouddhiste et une dizaine de mosquées. Avec ses 442 648 habitants, la ville accueille un fort pourcentage d’immigrants, soit 28,5 % de sa population totale (2016). Attachés à leurs traditions, ils jouent un rôle important dans le dynamisme des lieux de culte lavallois. La participation aux Journées du patrimoine religieux étant volontaire et ouverte à tous, Ana Manescu souhaite que davantage de lieux de culte autres que catholiques s’intègrent dans les futures Journées du patrimoine religieux des prochaines années.

Vestiges du passé

Un des joyaux du patrimoine religieux de Laval ouvert au public cette année est sans nul doute l’église Sainte-Rose-de-Lima, dessinée par le célèbre architecte Victor Bourgeau (1809-1888). Érigée en 1856, elle est la troisième église de l’ancien village Sainte-Rose. De style néoclassique, elle possède une façade monumentale. À l’intérieur de cette église classée immeuble patrimonial en 2012, le mobilier liturgique et le décor intérieur sont d’une grande beauté.

Depuis deux ans, ce grand vaisseau érigé près de la rivière des Mille Îles connaît une effervescence inhabituelle. Dans le cadre du réaménagement de la berge des Baigneurs, dont une partie jouxte le terrain de l’église de Sainte-Rose-de-Lima, des fouilles archéologiques ont été réalisées afin de mieux connaître l’ensemble paroissial. En 2015, la firme Archéos a été mandatée afin de réaliser une « étude de potentiel archéologique ». Cette dernière a démontré qu’il y avait un fort potentiel à ce chapitre, dont les visiteurs pourront avoir un aperçu lors des Journées du patrimoine.

Par exemple, en 2019, des travaux d’excavation à l’école Villemaire (ancien établissement scolaire des Frères de Saint-Gabriel construit sur le terrain de l’ancien cimetière paroissial) ont fait remonter à la surface des ossements humains. Cette découverte a ouvert la voie à des fouilles archéologiques d’une grande ampleur. En 2020 et 2021, les archéologues ont dégagé une partie du mur de la deuxième église de Sainte-Rose ainsi que l’ancien cimetière. « Nous savons qu’il y avait 8000 sépultures inhumées en 100 ans, et 60 % des tombes contiennent le reste de bébés et d’enfants de moins 5 ans », raconte l’archéologue Justine Tétreault.

Outre le cimetière, les archéologues ont dégagé un intrigant puits dans l’enceinte du cimetière. « Un aîné nous a expliqué que, lorsqu’il était enfant, des paroissiens venaient à la messe à cheval. Il y avait au côté de l’église un endroit où les gens pouvaient laisser leurs chevaux. C’est justement là où se situait l’abreuvoir. Plus tard, nous avons saisi que le puits avait été construit après la fermeture du cimetière », relate l’archéologue.

Des centaines d’artefacts, comme des « bouts de chapelets, des croix, des boutons de linge, des attaches de bretelles », ont aussi été déterrés. « Ces objets nous donnent une idée des gens qui fréquentaient cet endroit et de ce qui était important pour eux », précise-t-elle.

Une conférence durant les Journées du patrimoine religieux, animée par Pierre D’Amico et Anne-Julie d’Amico, portera sur les résultats des fouilles archéologiques et sur l’histoire du lieu de culte.

L’île Jésus

À l’autre bout du spectre, Laval permet aussi d’apprécier le patrimoine religieux moderne, étant donné que plusieurs villages y avaient été érigés avant d’intégrer la nouvelle ville de Laval, fondée en 1965. Ce fut le cas de la municipalité de Duvernay. Avant de devenir une partie de Laval, Duvernay s’est développée vers la fin des années 1950. Le besoin de construire une nouvelle église s’est manifesté. C’est ainsi que Duvernay s’est dotée, en 1962, de l’une des premières églises dites modernes : l’église Saint-Maurice-de-Duvernay, qui fait partie des églises qui accueilleront le public lors des Journées du patrimoine religieux.

Les plans de l’église Saint-Maurice-de-Duvernay ont été dessinés par l’architecte Roger D’Astous. « C’est l’un des plus grands architectes québécois du XXe siècle ! » lance Francine Vanlaethem, professeure émérite à l’École de design de l’UQAM. « C’est le seul architecte québécois à avoir travaillé un an dans l’atelier de l’architecte américain Frank Lloyd Wright, auteur de plus de 400 œuvres. Une partie de ses œuvres figurent sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. »

Dès qu’on observe la façade de ce lieu de culte exceptionnel, on remarque la forme non traditionnelle du clocher. Celui-ci repose sur une immense poutre qui traverse toute l’église. La poutre intègre un vitrail créé par l’artiste Jean-Paul Mousseau.


Pour plus d’information, télécharger l’application mobile Parcourir Laval.

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